Dennis et Becky Mc Donald – Pâturage tournant depuis plus de 30 ans

5Dennis et ses vaches

Dennis Mc Donald pratique le pâturage tournant depuis plus de 30 ans. Grâce à cette gestion de l’herbe il a pu doubler le nombre d’animaux présents sur sa ferme toute l’année en comparant à un système de pâturage continu sans gestion d’herbe. La sélection qu’il effectue depuis le début sur son cheptel lui permet d’avoir des animaux très bien adaptés au pâturage toute l’année. Les animaux sont déplacés quotidiennement de paddock en paddock au fil des saisons. Dennis fait partie des pionniers du pâturage tournant dans le nord du Missouri. Il est au quotidien à la recherche de nouvelles techniques et connaissances pour faire évoluer son système.

Gestion générale du pâturage : «  J’ai deux fois plus d’animaux sur ma ferme comparé à un système en pâturage continu »

Dennis gère sur 3 sites différents  2  troupeaux  différents de vaches avec veaux (125 et 100 vaches) pour la vente de broutards. Sur le troisième site il a le troupeau d’engraissement à l’herbe de quelques taurillons et boeufs.  Il compte environ 2.5 acres (1ha)/vache avec son veau/an. Dans son système, une personne peut faire le travail quotidien en 5 heures.

La pluviométrie est d’environ 990 mm (39inch). Les sols ont 4% de MO.

Il n’utilise pas de fertilisants depuis de nombreuses années.

Le temps de retour sur les parcelles est de 30 jours au printemps, 100 jours  en été et 120-150 jours en hiver.

La pousse de l’herbe démarre à la mi-mai et finit à la mi-octobre. Pour l’hiver il prévoit une balle de foin par vache avec son veau.  Le reste de la consommation est du stock sur pied préparé tout au long de la saison de pousse.

Les prairies sont majoritairement composées de fétuques qui possèdent l’endophyte toxique pour les ruminants. Cette graminée est très agressive car elle ne laisse que très peu de place pour les autres plantes des mélanges prairiaux. Il est donc obligé de faire pâturer cette plante. Il a aussi un peu de trèfle violet qu’il ressème tous les 2-3 ans et quelques graminées estivales endémique.

Il fait partie de l’école qui pâture l’herbe haute. C’est-à-dire 1/3 de la plante pour la vache, 1/3 de la plante pour le sol et 1/3 pour la plante. Après avoir passé de nombreuses années en pâturant bas, il a décidé de remonter la hauteur d’entrée (de 40 à 60 cm de haut)  et de sortie des paddocks (15 cm minimum). Aujourd’hui il trouve que son système est plus résilient lors des périodes de sécheresse mais aussi lors des périodes plus humides. L’eau n’est donc plus un gros problème. Il n’a plus de problèmes de portance dans ses parcelles avec une herbe plus haute. Notamment car l’augmentation de résidus au sol permet de mieux balancer les variations d’eau (en excès ou en manque). Pour lui cette variation de hauteur de « coupe »,  a permis de changer drastiquement le cycle de l’eau dans ses parcelles.

Depuis de nombreuses années Dennis n’a pas utilisé un seul fertilisant sur ses prairies.

Il pratique le strip grazing, il n’a donc pas de taille de paddock fixe. Il s’adapte en fonction de la pousse de la saison. Sa ferme est divisée en couloirs avec un fil high tensile. Puis il redivise avec une clôture temporaire en fil polywire (fil avant et arrière) pour donner la taille finale du paddock.

Sur les lignes fixes des couloirs, une ligne sur deux possède le système d’eau enterré pour alimenter l’abreuvoir. Les lignes sont placées profondément pour éviter le gel. Sur cette même ligne, il y a à distance égale un système d’attache rapide pour brancher l’abreuvoir. L’abreuvoir est déplacé à chaque changement de paddock.

Sur les lignes intérieures fixes de clôtures qui n’ont pas le système d’eau, il commence à planter des arbres pour fournir dans le futur de l’ombre et des fruits (châtaignes, glands etc..) pour ses animaux.

Il donne des minéraux à la pâture dans une auge qu’il déplace en même temps que les vaches. Il y a  principalement du sélénium, phosphore et du calcium. Le mélange est spécialement adapté  à sa ferme. Les recommandations sont issues d’un nutritionniste qui s’est basé sur les analyses chimiques de ses sols.

Concernant les taurillons, il n’arrive pas à finir rapidement ses animaux dû au champignon endophyte de la fétuque. Il n’engraisse alors que quelques bovins par an. Il finit à l’herbe les taurillons en 34 mois. Il  est en train d’essayer de l’enrubannage pendant l’hiver pour essayer de les finir en 28 mois et ainsi éviter un hiver supplémentaire.

1Le premier lot de vaches et veaux, quelques minutes après le changement de paddock

Vêlage d’automne : « Dans mon contexte j’ai de bien meilleurs résultats avec les vêlages d’automne »

Tous les vêlages sont réalisés en septembre-octobre.  Les résultats techniques de cette pratique sont bien meilleurs que les vêlages de printemps. Ces résultats sont liés à son contexte climatique et aux gros problèmes d’endophytes  dans la fétuque.

En effet, à l’automne les températures sont beaucoup plus agréables pour les vêlages. L’herbe est en qualité et quantité suffisante durant la période cruciale de 30 jours avant et 70 jours après les vêlages. A contrario lorsque cette opération avait lieu en juin, l’herbe était de qualité au démarrage, mais dès le mois de juillet, les fortes températures  d’été font chuter la qualité de l’herbe. En septembre les conditions corporelles (5) sont bien meilleures à la sortie de l’été. A la sortie de l’hiver toutes les vaches ne récupèrent pas toutes à la même vitesse.  De plus, lors de la reproduction la qualité de la semence des taureaux est bien meilleure, donc les vaches prennent plus facilement.

Le sevrage qui a lieu en juin/juillet se fait dans un environnement avec un stress minimal et des températures agréables, avec de la pousse fraiche d’herbe. Le sevrage traditionnel des veaux de printemps aurait lieu en mars, sur de l’herbe stockée sur pied depuis l’automne dernier. De la neige et  de très basses températures peuvent être encore présentes à cette période de l’année.

Pâturage pendant l’hiver : « Dans ce business tu ne peux pas te permettre de dépenser beaucoup d’argent »

6 Le deuxième lot, juste après le changement de paddock. Les vaches mangent en premier le très bon foin déroulé quelques jours avant

Le prix d’un veau sevré étant relativement bas, il faut à tout prix être économe. Il ne peut pas se permettre de dépenser beaucoup d’argent.  L’alimentation des animaux pendant l’hiver doit donc être gérée parfaitement.

Dennis fait pâturer ses animaux tout l’hiver. Il prévoit pour toute la période hivernale, une seule balle de foin (1 bale = 1200 pounds = 540kg) par vache et son veau. La majorité de l’alimentation est alors fournie par les stocks sur pied d’herbe.

Lors de ma visite en février pour son lot de 100 vaches avec veau, il prévoyait 40 pounds (18 kg)/vache+veau/jour. Les 40 pounds correspondent à 30 pounds (13kg)  pour la vache et 10 pounds (5kg) pour le veau. Cela fait une demande en alimentation pour le troupeau de 100 x 40  = 4000 pounds / jour. (1800 kg / jour)

A cette période ses paddocks font 1.5 acres  (0.6ha) ce qui correspond à un stock sur pied total de 2800 pounds (1270 kg) auquel il ajoute une balle de foin de 1200 pounds (540kg). Il fournit quotidiennement sur ce paddock 2800+1200 = 4 000 pound (1800 kg).  En sachant qu’il laisse un résiduel (herbe restante pour la future pousse) de 1000 pounds (450kg). Les besoins du troupeau (4000 pounds) et de la prairie sont alors bien respectés pour la journée.

Il prépare ses stocks sur pied dès le démarrage des premières rotations au printemps. A la fin de la pousse de l’herbe à l’automne il obtient environ 120 jours de stock sur pied. C’est en grande majorité de la fétuque. La qualité du stock sur pied est de 12-13 % de protéine et de 60% de TDN (digestibilité). Le foin qu’il donne généralement est à  9% de protéines et 50% de TDN (digestibilité). La qualité du stock sur pied est donc généralement meilleure que celle du foin.

La ration journalière maximale en foin durant l’hiver est d’environ 25 à 30 % du besoin journalier. Le reste de la consommation est du stock sur pied.  Il est très important pour la vache de ne jamais dépasser ce niveau de foin dans la ration quotidienne, car souvent la qualité du foin est inférieure à la qualité du stock sur pied.

Il juge cependant très important de garder un peu de foin en hiver car la fibre permet de produire plus de chaleur corporelle à la vache. Il lui faut donc un peu de foin tous les jours pour tenir tout au long de l’hiver. Le froid de l’hiver dans sa région peut être vraiment rude pour ses vaches.

Pendant plus de  7 ans il n’a pas produit de foin sur sa ferme. Il est plus intéressant de ramener de la fertilité sur sa ferme, et ses coûts de productions du foin  sont plus élevés que le prix auquel il peut acheter le foin.

Cependant, il reste flexible dans ses pratiques. Ce printemps 2016, il avait plus d’herbe que nécessaire. Il a donc jugé utile de faire faire son foin par l’entrepreneur sur des parcelles où il pouvait avoir du foin de très bonne qualité. Il a réussi à avoir un foin à 14-16% de protéine avec une digestibilité de 60% pour 15$/balle de foin. Il est très content d’avoir saisi cette opportunité. Ceci lui a permis de donner du foin de qualité tout l’hiver.

Les boules sont toujours déroulées sur le paddock quelques jours avant le passage des bovins.  Cette pratique permet d’éviter le piétinement des bovins à un seul endroit, de répartir la fertilité et d’éviter la concurrence sur l’alimentation entre les bovins.

4Le stock sur pied d’un futur paddock

La vache idéale «  Une vache doit s’adapter à mon management sinon je la vends »

9Une vache avec un gabarit de référence selon l’agriculteur

Pour Dennis, une vache idéale est de petit gabarit, avec un poids de 1000-1100 pounds (450-500kg).
En sortie d’hiver elles pèsent un peu moins mais elles reprennent rapidement un bon état corporel.

La génétique est très importante. Depuis le début de la mise en place de son système il a sélectionné sur les propres animaux qu’il a produit sur sa ferme. Il n’y a pas eu d’introduction de génétique de l’extérieur. Il a donc pu sélectionner les taureaux, génisses et vaches qui s’adaptaient au pâturage tournant toute l’année. Le gabarit, les taux de réussites pour des vêlages d’automne et la capacité à garder de la condition corporelle en hiver sont dans les facteurs principaux qu’il a pris en compte pour créer son propre troupeau.

Le matériel : « L’eau et les clôtures sont les éléments les plus importants de la rentabilité de ma ferme »

3Le quad prêt pour aller changer les vaches de paddock

Selon lui, l’eau et les clôtures sont les éléments les plus importants de sa ferme. Ces deux éléments permettent notamment d’avoir plus d’animaux pour une même surface et de pouvoir pâturer toute l’année de l’herbe.

Pour sa ferme, ce sont les deux éléments où le retour sur investissement est le plus intéressant.

Le système d’eau est enterré profondément pour éviter tout gel pendant l’hiver. A intervalle régulier, il y a un raccord rapide au circuit d’eau pour l’abreuvoir.  Il base chaque nouveau paddock en fonction d’un point de branchement. En quelques secondes l’abreuvoir est branché au réseau, même pendant les longs mois d’hiver aux températures négatives. L’abreuvoir est déplacé à chaque changement de paddock.

Les clôtures sont en high tensil, un fil et les redécoupages de paddock sont fait avec du polywire. Le tour de la ferme est en grillage à mouton.

Il possède un tracteur qui lui permet de dérouler les balles de foin dans les parcelles. Il possède un pick-up dans lequel il met le quad pour aller sur un des trois sites. Il a aussi quelques remorques et bétaillères.

7Le quad tire l’abreuvoir qui est transporté dans le bac à minéraux

Conclusion

Dennis a aujourd’hui de très bons résultats techniques et économiques. Après 30 ans de travail sur la gestion du pâturage il a aujourd’hui un système qui lui permet de fournir quotidiennement à ses quelques 500 têtes de l’herbe en quantité et en qualité. La gestion des coûts d’alimentation en hiver avec des vêlages à l’automne est depuis plusieurs années une réussite sur sa ferme. Avec son système de clôtures et d’abreuvement il peut faire évoluer efficacement ses vaches férues d’herbe.  L’éleveur  a une très grande expérience derrière lui. La volonté de faire évoluer au quotidien son système est palpable, un bel exemple à suivre.

27 février 2017 – Missouri

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