Robert Kinkead – Grazing Wisdom : Eleveur sans troupeau et pâturage tournant

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Le parcellaire de Robert Kinkead : 57 paddocks sur 95 ha

A 72 ans Robert Kinkead a toujours travaillé avec des bovins viandes. Après avoir travaillé avec différents systèmes (notamment des feed-lots) il a commencé il y a 12 ans à vraiment s’intéresser au pâturage. Après quelques tâtonnements, sur la façon de diviser ses parcelles il trouve un système sur lequel il peut pâturer 7 mois de l’année, sans posséder son propre troupeau et sans avoir d’animaux pendant l’hiver.

« Stockman Grass Farmer »  Quésako ?

Robert Kinkead est ce que l’on appelle un « Stockman grass farmer »à Harringston dans le Missouri.  Il reçoit une partie du troupeau d’un éleveur de l’état du Kansas pendant 7 mois, il est payé sur cette période par l’autre éleveur pour garder le troupeau. Il lui renvoi tout le troupeau à la fin de la période, cela est prédéfini avec le propriétaire.

Robert Kinkead reçoit le troupeau début avril et le renvoi à la fin Octobre. Durant cette période il pratique le pâturage tournant avec des paddocks à taille fixe, qu’il  peut diviser si nécessaire.

Il reçoit entre 100 et 125 vaches suitées, soit 200 à 250 animaux qui pâturent en même temps. Les vêlages ont lieu en Février, chez le propriétaire du troupeau. Tous les soins aux animaux sont réalisés avant que les animaux arrivent sur sa ferme.  Son travail consiste  seulement à gérer le pâturage pour fournir une herbe en quantité et en qualité pour le troupeau. Il ne fait que très peu de taches en dehors de cela, l’année dernière il a seulement manipulé 4 animaux, un peu malades, pour les soigner.

Il est payé 2$/vache suitée /jour. Pour 100 vaches avec 100 veaux, cela correspond à 200$/jour,  soit 6000$/mois pendant 7 mois/an. Il fournit en minéraux et les pâtures. Le propriétaire paye le vétérinaire et pour les autres dépenses. Selon lui les charges sont élevées au démarrage d’un système comme celui-ci mais l’investissement sur le long terme est très intéressant.

Les pâtures :

Les 235 acres (95 hectares) de pâtures sont d’un même tenant. Il a divisé son exploitation en 57 parcelles de 3 à 6 acres (1.2 à 2.4 ha) chacune.  Le mélange est principalement de la fétuque et du trèfle violet qu’il sème à la volée tous les 3-4 ans.

 Le pâturage est effectué pendant 7 mois de l’année, de début Avril à la fin Octobre

La santé du sol en premier :

« Si tu fais attention à la vie du sol,  le sol prendra soin de toi »

 Il essaie à tout prix d’imiter la nature pour essayer d’en tirer un maximum de bénéfices. Sur ses anciennes pâtures, en 8 ans il réussit à passer de moins de 2 % de MO à 5.6% de MO, sur les 15 premiers centimètres de sol. Tout cela sans fertilisants chimiques ou amendements, seulement grâce au changement du management du pâturage. Il avoue qu’il aimerait avoir encore plus de matière organique dans ses sols. Il commence à suivre la matière organique plus en profondeur, pour voir comment cela évolue et comment cela influe sur ses pâtures.

2Robert Kinkead regarde si les vers de terres et insectes du sol ont redémarré en cette fin de février anormalement très chaud

Il a installé des nichoirs pour diminuer la pression en mouches et autres insectes sur sa ferme. Avant leur installation il n’y avait pas ou très peu d’oiseaux bénéfiques pour son troupeau dans ses parcelles. Il a donc commencé à rajouter une petite quantité de nichoirs. Ils ont tous été colonisés dès la première année. Il en a rajouté de plus en plus et à chaque fois il y avait de plus en plus d’oiseaux. Il a maintenant plusieurs centaines de nichoirs sur sa ferme, et le résultat l’impressionne car il n’observe plus de problèmes de mouches ou d’insectes sur son troupeau. Cela ne signifie pas que ces parasites ne sont pas présents, mais les oiseaux régulent les populations à un niveau acceptable.

3Nichoir, ils sont tous disposés sur les lignes fixes des clôtures

Quand certains paddocks montent en graine il roule au rouleau faca/rouleau crimper les pâtures. Ceci  imite le mieux le piétinement des bovins, donc imite au mieux un « processus naturel ». La tonte ou la fauche produit selon lui un trop fort relargage de carbone.

De plus, lorsque la matière organique est couchée  elle fait un bon matelas pour éviter le soleil de toucher le sol. L’évaporation diminue  et les autres impacts négatifs du soleil sur la vie du sol sont estompés. Il utilise au minimum cet outil, car c’est un signe qu’il ne va pas assez vite dans la rotation de ses animaux.

4Le rouleau faca/rouleau crimper. Les pneus servent à étaler les bouses ce qui permet de diminuer la présence de mouches.

Rotation :

Il pratique une rotation qu’il lui permet de faire 3 paddocks en 2 jours. Le temps par paddock est successivement de 12h-18h-18h. Il appelle cela la rotation M.E.N : Morning Evening Noon (Matin Soir Midi) : 6h-18h-12h. Ces trois rotations en deux jours permettent de ne pas donner à l’animal de repères d’heure de   rotation dans la journée. Selon lui, les animaux ne vont donc pas penser à attendre la nouvelle herbe bien fraiche du nouveau paddock.  Ceci les incite à manger et à être pleines toute la journée. L’herbe est donc mieux valorisée et moins sélectionnée.

« Plus il y a de mouvement du troupeau, plus je peux avoir une forte concentration d’animaux, plus je peux avoir une pratique de restauration de mes sols. »

Il fait partie de « l’école qui fait pâturer l’herbe haute ». Le premier tiers est pâturé par la vache, le deuxième tiers est pour le sol et le dernier tiers est pour la repousse et les racines.

Au printemps lors des plus belles pousses il a des temps de retour de 28 jours. En été, les temps de retour les plus longs sont de 50-60jours.

Robert Kinkead règle sa vitesse d’avancement en regardant toujours en arrière la pousse des anciennes pâtures pour continuer à avancer et adapter la vitesse de rotation. C’est pour lui un élément clef pour réussir à passer l’été sereinement.

Il prépare son stock sur pied pour l’été dès la première rotation. Il augmente le résiduel au fur et à mesure.

La rotation et la matière organique du sol permettent d’avoir de l’alimentation de meilleure qualité et en quantité suffisante pour les vaches suitées. Il est aussi capable de tenir plus longtemps une sécheresse que ses voisins. Il a notamment réussi à tenir à de nombreuses reprises les sécheresses jusqu’au retour des pluies sans nourrir avec du foin, alors que ses voisins nourrissaient au foin depuis longtemps.  C’est de la flexibilité et des économies d’argent considérable, seulement en étant attentif à la croissance de l’herbe.

Sur-semis :

Robert Kinkead travaille depuis peu sur les sur-semis, pour répondre à plusieurs objectifs : réduire les risques de maladies sur les bovins, produire plus de biomasse toute la saison pour nourrir les animaux et son sol.

 Il souhaite tout d’abord diluer ses prairies qui sont en grande partie avec de la fétuque.  Dans un premier temps il veut  plus de légumineuses dans son mélange. Mais il veut aussi  limiter le risque d’avoir de la fétuque infestée par les champignons ascomycète endophyte (Neotyphodium coenophialum), qui a fait de grandes dégâts sur les troupeaux du mid-west américain. Ce champignon n’est pas encore présent dans son secteur, mais il préfère diluer le risque en diversifiant le mélange prairial.

Il fait des sur-semis de trèfle violet tous les 3 ans au début du gel-dégel de fin d’hiver. Ceci dilue la fétuque dans le mélange prairial et stimule la croissance de l’herbe.
Depuis peu, Il met dans ce mélange de l’avoine de printemps (50 kg/ha) pour continuer à stimuler la croissance de l’herbe. Il estime le coût de l’avoine de printemps à 7$/acres (14$/ha).

Pour pallier à la réduction de la pousse d’été il a semé à la volée dans la prairie des plantes annuelles d’été. Il a semé du millet (20 pounds/acre) pour un coût de 2$/acre (4$/ha). Le couvert repousse après pâturage. Il a aussi fait du sorgho sudan grass (sorgho multicoupe).

Il souhaite à l’avenir semer des plantes de couvert hivernal comme du seigle ou du triticale pour avoir des couverts plus importants à la fin  et en début de la saison de pâturage.  Dans certains paddocks Il a et va aussi  sur-semer à la volée des mélanges  de plantes pérennes d’été pour avoir un mélange prairial pluriannuel hiver/été. Pour l’instant il n’a pas eu l’opportunité de faire pâturer ces essais, affaire à suivre.

5Sur-semis à la volée en fin d’hiver d’avoine et de trèfle violet dans la prairie

Clôture :

Pour tout ce qui est clôture et matériel il essaie de s’approvisionner par des ressources locales. Pour toutes les clôtures et poteaux il a réutilisé des poteaux métalliques d’une entreprise locale de matériel de très haute tension. C’est de la matière non utilisable pour cette entreprise, car elle possède des défauts. C’est  une ressource bon marché et qui lui convient pour faire des clôtures propres.

A l’intérieur tout est clôturé avec un fils high tensil. L’extérieur est clôturé en grillage à mouton ou en barbelé.

Abreuvoirs :

Ses abreuvoirs  sont en majorité un point central accessible par 6 paddocks. Si un paddock est redécoupé en deux, l’accès à l’abreuvoir est toujours possible par la même entrée/sortie.

Matériel :

Il possède un tracteur mais il avoue que son petit-fils sur la ferme voisine l’utilise plus que lui. Il ne s’en sert que pour rouler la fétuque si nécessaire ou pour renforcer quelques poteaux avec la frontale si nécessaire. L’utilisation reste très minimale.

Il possède un quad pour se déplacer sur les paddocks et en rediviser certains. A 72 ans,  ce matériel  lui permet de faciliter son quotidien.

7Le quad

Il possède aussi un pick-up pour faire diverses tâches et faire les semis à la volée des graines. L’épandeur et relié directement à la batterie de la voiture.

8Le pick-up avec l’épandeur pour les semis à la volée

Conclusion :

A 72 ans, Robert Kinkead est un jeune stockman grass farmer avec plus d’une idée derrière la tête. Son système est très bien pensé à l’origine (conception +contrat avec le propriétaire des animaux), ce qui lui permet de se concentrer au quotidien sur la gestion de la pousse de l’herbe. Les performances animales sont atteintes chaque année. Le travail qu’il effectue pour développer la fertilité de ses sols donne de très bons résultats.  Un sol en bonne santé, des animaux en bonne santé et un agriculteur en grande forme.

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2 thoughts on “Robert Kinkead – Grazing Wisdom : Eleveur sans troupeau et pâturage tournant

  1. Super intéressant! je suis maintenant lectrice assidue 🙂 est-ce que tu envisages de traduire tes posts en anglais? J’enseigne dans une école d’agriculture bio au Danemark (www.globalorganicfarmer.com) et je voudrais faire profiter mes collègues et mes élèves de tes reportages très inspirants… que ce soit les pâturages d’herbe haute, l’agroforestrie, le semis direct en bio… des pistes super importantes pour le développement des systèmes de production. Merci!

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    1. Bonjour,
      Merci !
      J’ai dans le but d’écrire quelques articles en anglais. Cependant, écrire ça prend du temps, donc je ne sais pas trop quand je vais le faire. J’espère très prochainement !
      Merci !

      Sylvain

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