Jack Erisman – Travail du sol minimum en AB

Jack Erisman est en agriculture biologique depuis 1990. Il exploite 2000 acres (800ha) en grande culture : soja, maïs, seigle, blé pluri-annnuel Kernza et de temps en temps un peu d’avoine ou de maïs pop-corn. Il possède un troupeau de bovins viandes naisseur engraisseur de 120 vaches Murrey Grey. Les pâtures sont intégrées dans la rotation des cultures.  Les animaux pâturent lors de la saison de pousse de l’herbe et restent dehors au foin pendant l’hiver.

Ses sols sont des limons argileux avec  3% de MO en moyenne et un minimum de 2% et quelques rares parcelles à 4%.

Après 27 ans d’agriculture biologique,  il espérait avoir des niveaux de matière organique plus élevés et une vie biologique plus présente. Même s’il pratique du travail du sol minimum (maximum 5-10 cm) il souhaite à présent intégrer autant que possible le semis direct pour les cultures de vente. Il souhaite par ce biais continuer de développer la machine biologique de ses sols pour plus de fertilité et un meilleur contrôle des adventices.

Rotation des cultures

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Échantillon des différentes cultures produites sur la ferme

La rotation de culture qu’il pratique est celle la plus répandue dans la région :

Maïs/Couvert de Seigle/Soja/Seigle ou Avoine (pour récolte)/ Prairie temporaire de 2-3 ans (semée l’hiver dans la céréale) ou couvert de vesce

Fertilisation

Il ne fait aucune fertilisation N, P, K. Il fait de temps en temps si nécessaire des apports de micronutriments (surtout du soufre et du magnésium). Avant de passer en bio il avait beaucoup travaillé sur les équilibres des éléments minéraux du sol.

En développant encore plus la vie biologique de ses sols grâce au semis direct, il espère que les équilibres minéraux et la fertilité de ses sols se réguleront naturellement.  Beaucoup d’agronomes des Etats-Unis développent ce concept. Il espère suivre le bon chemin.

Maïs

Il sème trois types d’hybrides de maïs : Blue corn (Maïs pour la consommation humaine à épis bleu), Yellow Corn (maïs pour alimentation animale),  White corn (Maïs pour la consommation humaine à épis blanc). Ces maïs ont pour objectif de finir en consommation humaine. Il signe des contrats pour la plus part de ses ventes.
Le Blue Corn (épis bleu-noir) a un cycle de développement un peu plus long, mais il répond très bien quand il n’y a pas de fertilisation azotée.
Dans sa conduite et sa forme, le maïs White Corn (grains blancs) est très semblable au maïs traditionnel Yellow Corn.

Les rendements espérés sont :

  • Blue corn : 100bu/acre (7T/ha) , en contrat il vend ce maïs de 12 à 18$/bu ( 12 à 18euros/acre)
  • Yellow corn : 125-150 bu/acre (8.5-10T/ha)
  • Les voisins en conventionnel : 180 bu/acre (12T/ha)

Les maïs sont implantés soit derrière prairie soit après un couvert de vesce. La prairie ou le couvert sont détruits avec un ou deux passages à 5-10 cm à l’aide d’une fraise rotative, ou  avec deux passages très superficiels de disque. Il n’a aucun problème de repousse dans le maïs.
Les prairies sont pâturées jusqu’au dernier moment. La destruction a lieu une ou deux semaines avant les semis.

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Les voisins sèment le maïs, les bovins à l’engraissement sont encore en train de pâturer une parcelle qui sera un champ de maïs dans deux trois semaines

L’itinéraire classique

Il sème le maïs à 90 cm d’espacement.

L’itinéraire de gestion des adventices est le suivant :

  • 3 jours après semis : herse
  • 8 jours après semis : houe rotative
  • 15 jours  après semis (pas toujours ) : houe rotative
  • Deux ou trois  binages en suivant si nécessaire avant la fermeture de la canopée
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La fraise rotative utilisée à 5-10 cm pour détruire les prairies

L’itinéraire prévu en semis direct

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Le couvert de vesce avant semis du maïs

Cette année il souhaite implanter dans une vesce à pleine floraison le maïs Blue Corn. Il n’utilisera pas de fertilisants starter, ni de fertilisation de fond, il compte sur l’azote du couvert. Le couvert sera détruit au rouleau faca à un autre moment que le semis. Il sera détruit avant ou après le semis en fonction de  la période de floraison du couvert.

Le but est de supprimer tous les passages pour désherber.

Il suit l’itinéraire établi par Jeff Moyer du Rodale Institute.

Des essais de semis à 15 cm du maïs seront réalisés. Selon lui, les écartements actuels en maïs sont les écartements utilisés à l’époque pour permettre le passage des chevaux pour le binage.
Si la récolte ne se fait pas facilement au cueilleur à maïs il le fera à la barre de coupe à céréale.

Soja

Depuis plus de 20 ans, le soja est semé  (15 cm entre rang) avec du seigle (57kg/ha)  en culture compagne. Le  seigle est semé à la volée  en amont du disque semeur du soja et est appuyé au sol par un rouleau cage.

L’espacement réduit permet une fermeture rapide de la canopée et le seigle a pour but de rentrer en compétition des adventices. Le contrôle jusqu’à la fermeture de la canopée est très bon et permet d’avoir un contrôle maximal des adventices

Le seigle  se développe  et végète dans le soja puis disparait avant la récolte.

Les rendements espérés sont de 30-40 bu/acre (2-2.5T/ha), les voisins en conventionnels font entre 60-80 bu/acres (4-5.5T/ha).

Cette année à cause des conditions climatiques il a récolté en février une parcelle. D’après les analyses, la qualité n’a pas trop changé, les tests de germination sont de 95%. Il y avait un tout petit peu de perte de rendement.

Du semis direct pour le soja

Sur prairie

L’année dernière  il a semé du soja dans une prairie vieillissante qui va être détruite cette année.
Il a semé en direct puis broyé au broyeur horizontal la prairie quand le soja a commencé à émerger. Le rendement était de moitié à celui de l’année en conduite traditionnelle. Il souhaite re-essayer cette année mais en faisant  un léger passage de fraise rotative après semis.

Sur du seigle

Il souhaite implanter du soja en semis direct dans un couvert de seigle à pleine floraison. Le soja sera semé à 15 cm et le couvert  sera laissé vivant. Selon lui, le soja n’est pas impacté par la présence du seigle. De plus le couvert continuera à faire un très bon contrôle des adventices.
Pour rappel, c’est un seigle pour la vente et semé après la récolte du soja. Il n’y aura donc pas de problèmes s’il y a des repousses.

Seigle

Il ne souhaite pas mettre de blé dans sa rotation. Car des repousses de seigle devraient être triées à cause du seigle dans le soja.

Un léger discage (5cm) ou passage d’outils à dent est utilisé avant le semis.

Lors des moissons tardives il peut être amené à semer du seigle très tard (jusqu’en février). Il sèmera donc à la volée  sans travail du sol sur sol gelé. Le seigle pousse très bien, mais les rendements sont généralement moins bons.

Il fait parfois du foin de seigle. Ce n’est pas très facile à faire et il n’a pas forcément la meilleure qualité, mais cela correspond aux besoins des animaux en hiver.  Le seigle fait 1m20-1m50 lorsqu’il le fauche.

Kernza

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Les parcelles en Kernza sont très propres

Il est l’un des premiers agriculteurs à avoir semé ce « blé pluri-annuel » appelé Kernza (Thinopyrum intermedium). Ce blé est issu d’un croisement de graminées pérennes. Cette culture permet de faire du grain pour la consommation humaine, du pâturage et du foin.  Il a sursemé en trèfle incarnat dans la graminée.

Jack a eu des rendements en grains de 300 lbs/acre (300kg/ha). Il vend le blé 2$/lbs (4€/kg). La récolte a lieu 6 semaines après la récolte de blé.
Les chercheurs  espéraient plus de rendement entre 500kg/ha et 1T/ha. Mais le climat est peut être un peu trop humide ( 1000mm/an) pour cette graminée.

Lorsqu’il ne moissonne pas, il fait généralement une coupe de foin par an. Il n’a pas eu encore l’opportunité de pâturer car il n’avait pas accès à l’eau sur ces  parcelles.

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Le blé Kernza a été sur semé en trèfle

Les bovins

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Le troupeau de Murrey Grey avec des croisements de Black Angus (robe chocolat)

Il possède un troupeau de bovins naisseur/engraisseur de Murrey Grey. Certains croisements sont fait avec de la Black Angus. Il préfère cette race  de robe claire car elles sont beaucoup plus aptes à résister aux chaleurs estivales.

Il a 120 mères. Il finit à l’herbe environ 70 bovins de 18 à 24 mois (certains en 30 mois).

Les vêlages ont lieu fin juin. Selon lui, c’est le mieux car dans la nature beaucoup d’animaux naissent à cette période.  Il pense que cela correspond donc aux mieux aux besoins des animaux. Il sèvre à 10 mois.

Conclusion

Jack a 27 ans d’expériences en agriculture biologique. Selon lui, il n’a toujours pas trouvé la bonne manière de cultiver en bio. Le semis direct est un axe principal à développer. Dans les années à venir, il souhaite au maximum utiliser cet outil pour plus de fertilité et un meilleur contrôle des adventices. Il compte tout de même garder certains outils de travail du sol car il n’a toujours pas trouvé la solution pour sortir d’une prairie sans travail du sol.

Jack fait toutes ses expérimentations sur des parcelles entières de plusieurs hectares. C’est une démarche personnelle  qui peut lui coûter cher. Mais il pense que ce sont des étapes indispensables pour un avenir plus fertile de son exploitation.

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2 thoughts on “Jack Erisman – Travail du sol minimum en AB

  1. bonsoir super reportage dans quel region se trouve l exploitation ?.pour visiter c est possible a quel periode de l année pour un groupe d agri ?

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    1. Bonjour, Jack est dans l’Illinois aux Etats-unis. Pour contacter l’agriculteur envoyez moi un message en privé.
      Merci,
      Sylvain

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