Mickaël Thompson – La gestion de l’eau et des coûts de production sont clef dans un environnement rude

Michael est situé dans région à faible pluviométrie («  Dryland ») au nord du Kansas à la frontière du Nebraska. Sur des sols limoneux considérés comme très dégradés il fait des cultures en semis direct sur couvert sur environ 2700 acres(1100ha) et possède environ 2000 acres (800ha) de pâtures. Il possède un troupeau de 200 mères de plusieurs races anglaises (Black angus, Red Angus, British White…). Ses animaux évoluent sur ses pâtures et ses couverts végétaux.

La gestion de l’eau est l’élément clef pour la réussite de la ferme. Les pratiques adoptées et adaptées au fils des années montrent des résultats très concluants.

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Michael dans son blé

L’importance du sol dans les Drylands (région à faible pluviométrie)

La pluviométrie annuelle est d’environ 22 inch (558mm)/an. Les pluies ont généralement lieu en  Avril, Mai, Juin et en Septembre. Les premiers gels peuvent arriver à la fin octobre.

La gestion de l’eau et de l’humidité des sols est primordiale. Le challenge au quotidien est de pouvoir infiltrer chaque millimètre de pluie et de pouvoir la stocker pour une utilisation ultérieure par la culture.

Produire des cultures et pâturer dans ces conditions demandent une gestion précise de l’environnement. Selon Michael, chaque  millimètre d’eau doit être transformé en dollars. Ils ne peuvent pas se permettre de gaspiller cette ressource.

Les sols agricoles sont  en majorité limoneux. Les sols sont considérés comme extrêmement dégradés. Lorsque le semis direct a démarré sur la ferme les sols avaient moins de 1% de matière organique. Aujourd’hui, après 20 dans de semis direct et un peu moins de 10 ans d’utilisation de couverts d’intercultures, pâturés ou non, ils arrivent à un peu moins de 2% de MO.

Le semis direct n’était pas suffisant. Il permettait seulement de conserver un ressource –son sol- trop dégradé. Ce n’était pas suffisant. Lorsqu’il a commencé à utiliser les couverts végétaux et par la même occasion à les faire pâturer un grand changement  à lieu. Il est passé de la conservation d’une ressource dégradée (son sol) à la régénération de ses sols. Il reconstruit ses sols. Les taux de matières organiques augmentent. Les cultures sont plus saines et vigoureuses.
Aujourd’hui il peut se permettre d’être économiquement plus rentable tout en utilisant moins d’intrants. Une philosophie primordiale pour Michael lorsque le plus grand facteur limitant (pluie) est imprévisible.

Semis direct

L’agriculteur produit deux cultures sur sa ferme, du blé et du maïs. Le soja n’est pas rentable car les rendements ne sont pas toujours bons à cause du manque de pluie en fin de cycle. Le sorgho grain ou le millet ont des rendements pratiquement équivalents mais ils sont toujours moins chers à la vente. Les génétiques actuelles en maïs pour des régions à faible pluviométrie  sont plutôt bonnes et fiables selon l’agriculteur.

La rotation typique est la suivante : Blé – couvert été – Maïs – Couvert d’hiver si humidité suffisante –  Maïs – Couvert de printemps- destruction du couvert en juillet pour gérer l’eau avant le retour du blé/ suivant les choix et les parcelles il remettra la parcelle en rotation avec le blé ou fera une ou deux saisons de couverts pâturés.

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Même parcelle, itinéraire technique du blé identique, deux rendements en blé différents. A gauche : précédent couvert de printemps pâturé + couvert d’été pâturé à deux reprises. A droite : couvert de printemps pâturé détruit chimiquement en juillet, pas de couverts d’été. La gestion de l’eau dans ce contexte pédoclimatique très singulier est à anticiper en avance

Le rendement espéré en blé est de 50bu/acre(3.1T/ha). La seule fertilisation est faite avant le semis en incorporation dans le sol de 50 UN d’azote 28%. Il ne fait généralement pas d’apports au printemps.
Le seule herbicide est fait avant le semis. Il fait généralement un glyphosate. Il ne fait pas de fongicides.

Pour toutes ses cultures il essaie de limiter l’utilisation de produits phytosanitaires, pour limiter ses coûts de production et surtout pour essayer de favoriser au maximum la vie du sol pour sa culture.  Il ne fait plus de fongicides ou d’insecticide sur sa ferme.

Pour le maïs il sème à 30inch (76 cm) d’écartement avec son semoir direct case IH 1230. Cette année il a semé à 2-2.25 inch (5 à 6 cm) de profondeur  car l’humidité du sol était très satisfaisante. Certaines années, il peut semer plus profond  lorsqu’il n’y a pas assez d’humidité.

Les rendements espérés sont de 100 à 120 bu/acre (6,2 à 7,5 T/ha).

La fertilisation azotée liquide est appliqué au-dessus de la ligne de semis. Il met 70U N (32% -UAN) mélangées à 10U N de soufre. C’est la seule fertilisation qu’il fait en temps normal. Si la pluviométrie de l’année et très bonne il peut envisager de faire un deuxième apport.

Il ne fait pas d’apports de micro-fertilisants comme du zinc ou du manganèse. Les couverts de printemps ou d’été sont des plantes à pivots (radis, tournesol etc..), elles sont censées aller chercher ces nutriments en profondeur et les remettre en jeu dans  le sol.

Le Haney test (test sur la biologie du sol) est utilisé pour évaluer les restitutions en N de ses couverts, des résidus de cultures et de la minéralisation du sol. Même si cette technique est controversée, il aime utiliser cet outil pour mieux gérer ses parcelles.

L’efficacité d’utilisation de l’azote est de 0.5 à 0.7 U N /bu de maïs. C’est un très bon résultat. Ses voisins qui travaillent encore le sol sont aux alentours de 1 à 1.25 U N /bu.

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Maïs sur maïs. Un couvert n’a pas pu être semé car il n’y avait pas d’humidité dans le sol au moment de la récolte

Couvert végétaux

Michael utilise depuis pratiquement 10 ans des couverts végétaux d’interculture qui seront pâturés ou non.
Pour l’agriculteur les couverts ont été l’élément majeur de la réussite dans son environnement difficile. Il a réussi à avoir plus de résidus au sol pour garder l’humidité et construire des sols.

Il investit au maximum 15 à 20$/acre  (30 à 40$/ha) dans la semence de ses couverts. Ce sont principalement des mélanges. Il ne veut pas dépenser trop d’argent dans la semence car leur réussite est très dépendante de l’eau qu’il aura. Le faible pourcentage de légumineuses dans ses mélanges permet d’abaisser le coût final.

Pour les couverts de printemps après un maïs et avant un blé il sème : avoine, orge, lin, pois, navet, radis. Ce couvert est généralement pâturé en juin – juillet. Ce couvert est détruit en juillet pour commencer à stocker de l’eau pour le futur blé qui sera semé en septembre-octobre.

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Couvert de printemps, un mélange qui sera pâturé le lendemain de la photo (début juin)
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Vue générale du couvert de printemps

Les couverts d’été après un blé et avant un maïs sont composés de : cow pea (type de soja à cycle long), mung bean (soja vert), Sorgho Sudan, Millet, Radis, Navet, Tournesol. Selon les années et les conditions Il peut être éventuellement semé après un couvert de printemps.

Pâturage

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Le troupeau sur la prairie de vêlage

Le troupeau de 200 vaches pour la vente de veaux sevrés est un élément clef du système.

L’utilisation de bovins dans les parcelles a permis de développer une meilleure vie biologique dans ses sols. Michael a surtout observé au fils des années des plantes plus saines et vigoureuses. C’est selon lui grâce à une meilleure nutrition de la plante.

En juin-juillet les couverts de printemps sont pâturés. Puis les animaux sont transférés sur les couverts d’été. Dans les couverts d’été, les broutards peuvent avoir des GMQ de 2.5 lbs (1,25 kg)/jour/tête.  Ce résultat est aussi possible lors du deuxième pâturage du couvert d’été.  Il rentre généralement dans le paddock lorsque le couvert est à hauteur de hanche et sort lorsque le couvert est à hauteur de genoux.

En octobre les animaux sont généralement sur les résidus de culture.

Les couverts d’été sont généralement de nouveau pâturés de novembre à janvier.

De janvier au mois d’avril ils utilisent généralement les pâtures et quelques couverts d’hiver. Ensuite, les animaux sont mis sur les pâtures. L’alimentation en foin est raisonnée pour limiter les dépenses en alimentation.

Les pâtures sont gérées généralement en pâturage tournant, suivant la période de l’année et la main d’œuvre disponible. Cette pratique a permis de régénérer la flore et la productivité des pâtures.
Dans sa région, la pâtures mal gérées sont dominées par un herbe appelée Buffalo Grass. C’est un graminée qui se reproduit par stolon et ne fait pas trop de biomasse aérienne.

Cependant, grâce au pâturage tournant il a réussi à inverser la flore sans semer de nouveaux mélanges. Il a de plus en plus de plantes natives qui apparaissent, comme des graminées pérennes  estivales en C4 (Switch Grass, Indian Grass, Little Blue stem et Big blue stem) et des légumineuses.  Cette gestion de l’herbe avec des temps de retour par paddock qui peuvent aller jusqu’à un an sont très prometteuses selon l’agriculteur. Il observe notamment des vaches avec des conditions corporelles bien meilleures tout au long de l’année.

Laisser  de bon résiduels d’herbe en sortie de paddock des prairies et surtout des couverts est primordial selon l’éleveur. Trop souvent ses voisins ne laissent pas assez de résiduels, car ils veulent  transformer toute la biomasse végétale en viande à  un instant T. Cependant, pour toute la suite de la rotation et pour le sol il est nécessaire de laisser assez de résidus pour que l’effet du couvert soit plus long.

Dans le futur, Michael envisage de faire plus de pâturages et moins de cultures. L’effet des animaux sur ses sols l’intéresse fortement. Il pense notamment mettre plus de pâture pour laisser plus de temps à la biologie du sol de se mettre en place et faire par la même occasion moins de perturbations sur le système sol (semis, récolte, engrais, herbicides etc..) chaque année.

Conclusion

Michael Thompson est dans un contexte pédo -climatique très complexe. L’ajout de couverts végétaux et du pâturage dans ses rotations en semis direct ont permis de régénérer ses sols très dégradés. Produire autant voir plus avec moins d’intrants tout en régénérant  les sols est un but majeur sur l’exploitation.

L’innovation et l’expérimentation sont  importants pour Michael. Il dit : «  Je ne suis pas effrayé de ne pas réussir quand j’expérimente quelque chose de nouveau » .

Le succès de l’agriculteur ses dernières années a été possible selon lui  :

– Par la présence de plus de résidus au sol qui permettent une meilleur gestion de l’eau

–  En laissant pousser les couverts le plus longtemps possible

– En transformant chaque goutte d’eau en dollars

 

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