Greg Judy – Pâturage tournant toute l’année, gestion naturelle du troupeau, limitation des intrants, régénération des sols et création de nouvelles sylvo-pâtures

Greg Judy est un des leader des Etats-Unis sur les réflexions de gestion du pâturage et des bovins viandes. Il réalise de nombreuses conférences à travers les Etats-Unis pour présenter son travail sur sa ferme. Sur sa ferme il utilise le pâturage tournant intensif pour entre autres régénérer les sols. Il a une gestion du troupeau sans utilisation de produits vétérinaires.

Greg est situé dans la région de Ozark dans le Missouri. La pluviométrie est d’environ 1000 mm/an avec des hivers froids et des étés très chauds et humides. Les parcelles sont vallonnées, avec des sols peu profonds à faible potentiel de production.

Greg, Jacob (en charge de la ferme) et un ou deux stagiaires font tourner au quotidien et toute l’année dans ses prairies un troupeau de bovins (naisseur/engraisseur). Tous les bovins finis à l’herbe sont vendus en vente directe. Un troupeau d’ovins viandes est aussi présent sur la ferme. Depuis peu un couple gère la production de poules pondeuses et de porcs sur la ferme, deux ateliers que Greg faisait lui-même auparavant.

Le texte qui suit est issu de deux rencontres à la ferme de Greg Judy (hiver et printemps) et de quelques unes de ses conférences auxquelles j’ai assisté durant l’hiver  2016-2017

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Greg Judy regarde l’activité biologique sous les restes de foin distribué à la pâture cet hiver

 

« L’herbe c’est mieux que de l’or car elle peut être mangée »

Un seul groupe de bovins

Greg possède un seul groupe de bovins viande. En effet, il ne sèvre pas les animaux depuis 12 ans. Depuis deux ans il ne sépare pas les taureaux et les autres mâles du troupeau. Les mâles du troupeau  ne sont pas castrés.

Au final un seul groupe de plus de 350 têtes évolue sur la ferme. Cette pratique permet de simplifier le travail au quotidien. De plus, il peut utiliser ce troupeau pour avoir un plus gros impact positif des animaux sur les zones qu’il souhaite restaurer.

Les demandes en qualité nutritionnelles de chaque animal du troupeau sont différentes. Le choix est de fournir une alimentation de qualité à tous les individus du troupeau au quotidien. Pour cela les animaux sont déplacés plusieurs fois par jour pour qu’ils puissent tous pâturer le premier tiers de l’herbe qui est le plus riche.  Lors de ma visite en pleine pousse printanière les animaux sont déplacés 4 à 6 fois par jour, tous les jours de la semaine. Il avance le plus rapidement possible les animaux pour avoir le moins d’herbe qui monte à graine. En 7 jours ils ont pâturé environ 300 acres (120ha) avec un peu plus de 350 bovins. Même si certaines vaches vêlent à cette période ils continuent à avancer.

Il n’y a pas de fils arrière. Les animaux restent toujours dans le nouveau paddock donné car la meilleure herbe a déjà été consommée.
Les animaux ont toujours accès à un abreuvoir. Les seuls retours en arrière des animaux sont pour aller à l’abreuvoir. Un même abreuvoir peut être utilisé au maximum pour 3 jours de rotation.

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Deuxième déplacement de la matinée vers 11h. Les animaux savent que la rotation allait arriver, les animaux se sont présentés tous seuls devant le paddock.

 

Infrastructure

L’infrastructure est assez limitée. Tous les contours des parcelles sont clôturés en High Tensil et électrifiés un fil sur deux. Il n’y a pas ou très peu de clôtures intérieures, ni de couloirs de circulation. Greg veut limiter tout blocage occasionné par des portes, fils intérieurs etc. Ceci permet de circuler plus facilement et le plus vite possible sur toute la ferme. Le système est plus flexible. Tous les paddocks (plusieurs par jour) sont posés avec du fils polywire électrifié et des piquets de clôtures plastiques amovibles.

Le fil du bas des clôtures extérieures est le fil pour la terre, il ne fait donc pas d’entretien de l’herbe sous la clôture.

Tout le système d’eau est assuré par des lacs collinaires qui alimentent des abreuvoirs par gravité. Pour que toute l’eau du lac ne gèle pas, il creuse le plus profond possible pour avoir une eau non gelée même en hiver. Dans les abreuvoirs il ajoute à chaque nouvelle utilisation de l’hypochlorine pour donner de l’eau de qualité aux bovins. Les lacs sont clôturés lorsqu’ils sont intégrés dans un paddock, car les bovins ne doivent pas avoir accès directement à cette eau.

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Clôture, le fils du bas est connecté à la terre

Mob Grazing, de l’herbe de qualité au quotidien mais pas que…

Le nombre conséquent de mouvements par jour permet une meilleure homogénéité de l’impact des bovins sur toute la surface de la ferme. Cette homogénéité est caractérisée par une meilleure répartition des déjections, un meilleur impact sur toute la flore, un meilleur piétinement de la flore non consommée etc…Tout en cherchant à donner la meilleure herbe pour ses bovins il cherche aussi à construire ses sols par un meilleur impact de ses animaux.

Avant de commencer cette technique appellée « Mob Grazing », Greg a longtemps pratiqué le Management Intensive Grazing (MIG) aussi appelé High Density Grazing. Cependant, cette technique n’était pas adaptée à son contexte climatique et de flore. En effet, cette pratique un peu plus semblable au système de la Nouvelle-Zélande avait tendance à laisser moins de résiduels d’herbe, des entrées sur des paddock avec de l’herbe plus basse et moins mâture, les temps de retour sur parcelles étaient plus court et il était difficile de construire assez de stocks sur pieds pour l’hiver.
En passant du MIG vers le Mob Grazing il a pu multiplier par 4 le nombre d’animaux présents sur la ferme toute l’année. Il n’a actuellement pratiquement plus besoin de foin pour l’hiver.

Il explique notamment que lorsqu’il faisait du MIG, en été dès que la pluie cessait pour quelques semaines la prairie se mettait en dormance et il fallait attendre la prochaine pluie pour espérer une pousse d’herbe. En sachant qu’il n’y avait pas forcément assez de résidus au sol pour permettre au sol d’infiltrer l’eau, l’efficacité de production de biomasse produite/mm d’eau pluie était moins bonne.
Aujourd’hui avec le Mob Grazing, il peut anticiper et passer l’été avec beaucoup moins de risques de se retrouver sans herbe à pâturer. En été, les temps de retour par parcelles peuvent être de 45 à 60 jours selon l’année.

En pâturant seulement un tiers de la plante à chaque rotation le résiduel de sortie de paddock est de plus en plus important à chaque nouvelle rotation. Les prairies à dominance de fétuque peuvent alors plus facilement pousser en été car elles ont plus de réserves en biomasse aérienne et racinaire. De plus, le stock sur pied pour l’hiver est élaboré par la même occasion. Le stock sur pied de l’hiver se construit donc dès le début du printemps. La fétuque est l’une des seules plantes de ses prairies qui reste verte et de bonne qualité durant l’hiver.

En pâturant des plantes plus hautes la qualité n’est pas forcément impactée et le coefficient de transformation n’est pas forcément impacté. En effet, les plantes sont en majorité pâturées avant qu’elles montent à graine. Le rapport énergie/protéine est alors idéal selon l’agriculteur. Lorsque l’herbe était pâturée trop jeune avec le MIG, la plante avait trop de protéine et pas assez d’énergie. L’animal n’arrivait pas à digérer, les performances animales n’étaient pas forcément les meilleures.

Les prairies de Greg sont extrêmement diversifiées. Selon lui avec le Mob Grazing la diversité de flore de ses pâtures a vraiment été améliorée. Les légumineuses, graminées estivales en C4 ( plantes endémiques : indian grass, switch grass, little blue stem et big blue stem) et autres dicotylédones sont très présentes.

En théorie, à l’échelle d’un paddock, sur toute la biomasse 1/3 est mangée par les bovins, 1/3 est couché au sol pour nourrir le sol, et 1/3 est du stock sur pied pour la suite de la pousse.

Il ne fertilise pas ses prairies depuis plusieurs années.

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Le troupeau dans un des paddocks de la journée

Gestion naturelle du troupeau

Greg a une gestion générale et sanitaire de son troupeau qu’il qualifie de « naturelle ». Il n’utilise pratiquement aucun produit vétérinaire sur ses animaux. Il essaie au plus de s’inspirer de l’organisation des troupeaux de bisons qui pâturaient aux Etats-Unis avant l’arrivée des colons.

Tous les bisons évoluaient dans un même groupe, les animaux n’étaient pas vaccinés, vermifugés, ne recevaient pas d’antibiotiques et bien d’autres produits.
Les mâles n’étaient pas castrés, ils restaient dans la même « meute » avec les vaches. Une certaine hiérarchie/organisation de groupe était présente entre les taureaux, les vaches et génisses. Selon les récits des premiers colons les troupeaux évoluaient calmement sans combats vers de nouveaux herbages au quotidien.
C’est sur ces idées que Greg Judy a souhaité travailler avec son troupeau. Tout d’abord il simplifie son travail et diminue ses coûts de production. Ensuite, pour la vente directe de ses produits, il peut espérer vendre un produit assez unique à ses clients.

Greg ne sèvre pas ses veaux depuis plus de 12 ans. La lactation de ses mères est moins importante au début comparé à des vaches normales, mais la production de lait est plus longue. Le lait fourni  jusqu’à la fin pour les veaux est de très bonne qualité et très riche. Pour l’agriculteur, ceci permet au veau d’obtenir une sorte de « concentré »quotidien qui améliore le GMQ.  Le sevrage se fait donc naturellement sans intervention de l’homme.
L’agriculteur fait remarquer que les mères qui donnent trop de lait (critère de sélection pour la plus part des Organismes de Sélection de bovin), donnent des veaux qui ne grossissent pas dans son mode de gestion. Car ces veaux ne vont pas beaucoup pâturer. Les animaux resteront petits et ne gagneront pas en masse. Il ne garde pas ce type de mère.

Greg ne fait plus de vaccins ou de vermifuge. Selon lui, beaucoup de maladies sont des maladies issues de problèmes d’animaux qui ont été sur des parcelles avec une mauvaise gestion : terre nue, herbe de mauvaise qualité, temps de retour par paddock trop court (voir tout simplement pas de pâturage tournant). Après plusieurs années de sélection il obtient des animaux qui ont des GMQ intéressants sans utiliser ces produits pharmaceutiques.

Lors des vêlages ils continuent les nombreuses rotations quotidiennes des animaux. Les animaux qui vêlent suivent, à leur rythme. Ils ne travaillent pas avec de fils arrière, donc la vache qui vient de vêler rejoindra à son rythme le troupeau. Selon l’agriculteur, ce n’est pas une gestion facile tous les jours, mais le résultat est-là.

Il ne castre pas les mâles à l’engraissement. L’agriculteur dit que l’on ne fait pas la différence en goût des animaux castrés ou non. De plus, une grande partie de ses animaux sont vendus en vente directe, la qualité et le goût de la viande doivent donc être au rendez-vous. Aucuns problèmes à signaler selon l’éleveur. Il ne pense pas avoir de perte de GMQ. Comme le troupeau se comporte comme une « meute » les mâles respectent une certaine hiérarchie de groupe. Le groupe reste très calme et il n’y a aucun problème de comportement dangereux. Lors de ma visite nous étions 8 personnes au milieu du troupeau à faire des aller-retours dans le paddock. Tous les animaux  continuaient à pâturer tranquillement (y compris les mâles et taureaux), voir à venir vers nous.

Depuis 2-3 ans il ne retire pas les taureaux des troupeaux. Selon lui, si une femelle se fait saillir en hors saison, ce n’est pas la faute au taureau, c’est la faute à la femelle qui est tombée en chaleur à la mauvaise période. Avec ce système, il vont obtenir des cycles de 11 mois au lieu de 12 mois. Les vêlages devraient être étalés sur une plus grande période.

Selon l’agriculteur, la consanguinité ne sera pas un problème dans l’élevage.

Il apporte des minéraux à la parcelle. Les animaux choisissent eux même les minéraux dont ils ont besoin. En effet le bac a minéraux est divisé en plusieurs compartiments. Chaque compartiment est rempli d’un seul minéral.

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Vaches et veaux au bac à minéraux

 

Génétique

Le croisement utilisée par Greg correspond à de la Red Angus/Hereford/Sanapol/Barzona. Cette génétique issue de la Louisiane (sud des Etats-Unis très chaud et humide) lui permet d’avoir des animaux adaptés aux fortes températures et à l’humidité de l’été du Missouri.

Les vaches et taureaux recherchés sont des petits gabarits avec un poids d’environ 1000-1100 lbs/vache (450-500kg/vache).

« We have to be the predator of our herd » : Nous devons être le prédateur de notre troupeau

Ce troupeau demande une gestion particulière et une anticipation des problèmes. Au démarrage beaucoup d’animaux n’ont pas bien réagi à ce mode de gestion. Selon l’agriculteur, ce n’est pas de sa faute. C’est l’animal qui n’est pas adapté à son mode de gestion. Il ne sert à rien de dépenser de l’argent dans ces animaux ne répondent pas à ses attentes. Les animaux sont donc sortis du troupeau.

Les premières années un grand travail de tri des animaux est réalisé. Il faut garder les animaux qui s’adaptent et sortir ceux qui font perdre de l’argent.

« We like to throw money in problem » : Nous aimons gaspiller de l’argent dans nos problèmes

Greg essaye de construire à chaque étape un animal avec le minimum de coût de production. Gaspiller de l’argent pour un problème ne fait pas vraiment parti de sa philosophie. Il préfère résoudre le problème en réfléchissant sur l’intégralité de son système.

Selon Greg le frein principal pour faire appliquer cette gestion « naturelle » (pas de sevrage, le taureau dans le troupeau, pas de médecine etc..) provient surtout de l’agriculteur. Le plus gros pas à franchir vient de la mentalité de l’agriculteur et non de la technique en elle-même. Aujourd’hui Greg et Jacob n’ont pas envie de revenir en arrière.

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Au premier plan un futur taureau qui sera vendu. Ce taureau évolue calmement au milieu des vaches, veaux et génisses et des hommes

 

Quelques mesures

Le pH de l’urine (taureaux, veaux, génisses, vaches) est pris plusieurs fois par semaine  pour évaluer la qualité des pâtures et adapter la rotation. Ils font un ou deux relevés par semaine. Ils utilisent un simple papier pH. Il font le prélèvement sur de l’urine qui vient d’être déposé sur un feuille d’herbe.

Les taux de sucre (unité :  degrés Brix) sont aussi suivis pour évaluer la qualité du fourrage des nouveaux paddocks. Le pH de l’eau est aussi mesuré dans chaque abreuvoir, ils utilisent un simple papier pH.

Nichoirs pour contrôle parasitaire

Un meilleur contrôle des mouches et des insectes parasites est en partie assuré par les quelques 450 nichoirs installés dans les pâtures. Ils sont tous espacés à plus ou moins tous les 100feet (30 m).
L’agriculteur dit vouloir généraliser cette pratique sur toute la ferme car l’impact est notable et positif.

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Des nichoirs pour un meilleur contrôle des parasites

Sylvo-pâture

Avant l’arrivée de colons aux Etats-Unis, dans la région du « mid-west » les bisons évoluaient dans un écosystème hybride entre les prairies et les forêts : la savane. Un milieu avec des prairies productives et quelques arbres (50% de canopée). Dans la continuité d’un élevage « naturel » Greg souhaite recréer plus de savanes. Nous pouvons aussi appeler cet écosystème : sylvo-pâtures.

L’herbe à l’ombre des arbres contient moins de lignine. L’herbe est donc plus digestible pour les bovins. Greg a observé que ses animaux apprécient et recherchent cette herbe dans les paddocks.

Lors de ma visite en Mai à  chaque changement de nouveau paddock les veaux vont manger en premier les feuilles de certains arbustes.

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Ces arbustes sont une composante importante des pâtures. Les veaux mangent en premier cet arbuste à chaque changement de paddock.

 

Le projet

L’éleveur souhaite louer d’anciennes pâtures laissées à l’abandon et ré-ouvrir ces milieux pour installer de nouvelles pâtures. Il espère ainsi trouver un équilibre entre arbres et prairies.
Il n’a pas pour l’instant comme projet de planter des arbres sur ses pâtures actuelles. Il préfère limiter les investissements. Il laisse certains arbres qui poussent naturellement dans ses parcelles.

Ses plus vielles sylvo-pâtures ont 3 ans. Il en créé de nouvelles chaque année.

Comment

Pour ré-ouvrir certaines anciennes savanes à l’abandon qui ont été envahies par la forêt Greg utilise essentiellement les animaux, du foin, une tronçonneuse et un peu d’huile du coude pour installer de nouvelles pâtures. Il ne sème pas de prairies.

Dans un premier temps Greg ouvre la canopée à la tronçonneuse. Il enlève tous les buissons et arbres envahissants. Il laisse environ 20 à 30 arbres/acre soit 40-60 arbres/ha. La sélection des arbres est faite en fonction des objectifs et de la situation de la parcelle. Pour pouvoir dérouler le foin il empile les branches et récolte du bois de chauffage et du bois à scier.  Pour éviter les repousses d’arbres ou arbustes coupés, il applique dans les 3 heures après la coupe un mélange de diesel + crespo (herbicide) sur la souche.

Ensuite il relance la machine biologique du sol en ayant un impact positif maximal avec les animaux et du foin.

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Cette parcelle a été ré-ouverte cet hiver. Il y a eu un pâturage de foin pendant l’hiver et un pâturage au printemps
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Au sol, dans la pousse de la première année : des résidus de foin et la pousse spontanée de plantes qui seront pâturées

Pendant l’hiver il déroule au sol entre 1 et 3 balles de foin/acre soit 2 à 6 balles à l’ha. Cet hiver ils l’ont fait sur 33 acres (13 ha). Les bandes  de foin sont éparpillées à la fourche. Ceci permet de mettre du carbone sur toute la parcelle. Les vaches viennent ensuite manger ce foin. Les déjections des animaux (=activateur biologique) sont homogènement réparties.

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Répartition du foin pendant l’hiver avant pâturage. Photo issue d’une conférence

En hiver, les vaches sont à l’entretien. Leurs besoins alimentaires sont donc très limités. Il achète alors du foin de basse qualité à 15$-20$(15-20€) la balle de 1000-1200 lbs (450-550kg). Le gaspillage est d’environ 30 à 40%. Avec cette technique les animaux et le sol sont nourris ! Il essaie par la même occasion de rééquilibrer le ratio champignon/bactérie du sol vers 50%/50%. Dans une forêt, le ratio est plus important en champignons.
Dans toutes les parcelles dégradées (savane ou pâture) qu’il souhaite régénérer (matière organique, vie biologique, productivité) il utilise cette combinaison : animaux (activateur biologique) + foin (carbone)

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Fort chargement sur un paddock pendant 10 minutes. La taille du paddock fait environ la taille du troupeau

En été, il met un maximum d’animaux sur une petite surface pendant une période très limitée. Par exemple sur la photo au-dessus, avec 3 personnes ils ont mis tout le troupeau (350 bêtes), sur des nouveaux paddocks (avec fils avant et arrière) toutes les 10 minutes. Pendant 4-5 heures ils ont réalisé ce travail puis ont remis les animaux sur une pâture.  Ils ont commencé le matin vers 11 h car c’est à cette période que le taux de sucre dans les plantes (°Brix) commence à augmenter. Cette parcelle n’avait pas eu d’animaux d’élevage depuis plus de 70 ans

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Sylvo-pâture de 3 ans. Cette parcelle était remplie de buissons au démarrage. Cette parcelle a été pâturé 20 jours avant la prise de cette photo

Sur la photo du dessus, la sylvo-pâture a eu ce mode de gestion depuis 3 ans :

  • Pâturé 3 fois pendant la saison de pousse de l’herbe/an
  • Pâturé 1 fois pendant l’hiver/an
  • Les animaux ont été présents 4 fois dans ce bois/an pendant 3 ans. Il y a donc eu 12 passages depuis l’ouverture de cette nouvelle sylvo-pâture

Dans cette nouvelle sylvo-pâtures il ne connait pas encore la production de biomasse ou le GMQ des animaux. Ce qu’il a pu observer c’est que les animaux ont un comportement très calme lorsqu’ils rentrent dans ces nouvelles parcelles.

Selon Greg le plus important pour réussir l’implantation d’une sylvo-pâture :

Utiliser le plus de foin possible par unité de surface et avoir le plus d’impact positif (pâturage en rotation courte) des animaux  

L’hiver

La période hivernale nécessite une gestion de précision. La majeure partie du coût de production d’un animal est à cette période. Dans un système traditionnel bovin viande en hiver (alimentation en foin dans un corral fixe)  Greg dit que 80 % du coût de l’animal correspond à cette période.

Pour passer la période hivernale, ils utilisent majoritairement des stocks d’herbe sur pied (stock pile).

Il utilise du foin pendant l’hiver. Cette source de carbone est surtout utilisée car elle permet de construire des sols plus rapidement.

Aucun foin n’est produit sur la ferme. L’achat de bottes à 15$-20$/botte est largement inférieure au coût de production du foin que Greg ferait si il avait son matériel. De plus, chaque botte de foin rapporte du carbone et une partie de fertilisants (N,P,K,S…). Une technique économe.

Les stocks sur pieds sont créés dès les premières pousses de l’herbe au printemps. La gestion des résiduels en sortie de paddocks sont donc très importants à gérer.  Généralement, en janvier les animaux sont encore sur des stocks sur pieds. La fétuque est très bien pour ce type de gestion car elle reste verte l’hiver même après de fortes périodes de gel et de neige.

Louer les terres le moins cher possible

Greg est situé dans une zone où l’élevage est en très fort déclin depuis une cinquantaine d’années. Les terres sont peu à peu laissées à l’abandon. Ces terres sont pour Greg une source possible de création de pâtures qu’il souhaite louer le moins cher possible.

Selon l’agriculteur le coût de la location de terre est très significatif sur les coûts de production. Il cherche alors à réduire ce coût.

Greg préfère louer toutes ses terres et investir dans les animaux, les clôtures et les systèmes d’eau.

Greg cherche les terres qui ont été le moins bien entretenues, sans bonnes clôtures, ou système d’eau. Ceci lui permet de négocier des prix de location très bas. Il peut ensuite installer du matériel neuf et fonctionnel, qu’il pourra retirer et réutiliser ailleurs si le bail se termine.

Pour créer ce type de contrat il insiste sur l’importance de créer un lien social avec les propriétaires. La compréhension du propriétaire est nécessaire pour que l’éleveur ait « carte blanche » dans son travail et obtenir des locations longue durée.

Diversifier les sources de revenus

La résilience de cette entreprise repose aussi sur la diversité de sources de revenus.
En effet, en plus de l’atelier bovin, des ovins sont aussi présents. Le même mode de gestion « naturel » est suivi pour ce troupeau de quelques centaines de brebis. L’atelier est très apprécié sur la ferme car il permet une finition des animaux dans l’année. La circulation de l’argent est donc plus rapide.

A partir du bois récolté lors de l’entretien de la ferme ou de l’ouverture de nouvelles sylvopâtures, plusieurs produits sont vendus :

  • Champignons Shii-take produit sur les bûches : 8-9000$/an de revenu sont réalisés
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Le bois coupé dans les sylvo-pâtures est inoculé en champignons shii-take et mis en production sur ce site
  • Bois scié avec leur scie mobile
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Thuya plicata (Red Cedar) scié et prêt pour la vente
  • Bois de chauffage

Un couple vient de s’installer sur la ferme et produit des porcs et des œufs.
Ils finissent 50 porcs/an. Les porcs de race Red Wattle ou Berkshire sont dans les bois et sont aussi utilisés dans la démarche de régénération de certaines parcelles. Les porcs sont déplacés une fois par semaine. Les paddocks pour 25 porcs font 1 acre. Ils sont délimités par deux fils polywire.

Pour finir des porcs au gland de chênes l’agriculteur a remarqué qu’il ne fallait pas pousser très fort  le GMQ au démarrage pour pouvoir arriver lors des glandées avec des animaux qui peuvent valoriser une plus grande quantité de ces fruits peu onéreux.

Des poules pondeuses (250) en rotation sur pâture sont aussi présentes.

Avant l’installation de ces jeunes, Greg gérait ces deux ateliers (porc et poules).

La biodiversité a énormément augmenté ces dernières années sur la ferme. Il y a beaucoup plus de cerfs et d’animaux chassables. Il vend donc des autorisations de chasse sur ses parcelles.

Conclusion

Greg a mis en place un système bovin viande basé sur le pâturage tournant. Les nombreux changements quotidiens permettent au troupeau d’avoir toujours de l’herbe de qualité. Ce mode de gestion a un impact très positif sur la régénération des sols.

La gestion « naturelle » du troupeau est un challenge réussi sur l’exploitation.
Des sylvo-pâtures ont été créées en utilisant seulement des animaux, du foin et de la main d’œuvre. Les résultats actuels sont très prometteurs.

La gestion de la période hivernale grâce à des stocks d’herbe sur pied, et un peu de foin permettent à l’entreprise de gérer ses coûts de production. Les investissements très limités dans la location des terres permet de faire encore plus d’économies.
La diversification des sources de revenus permet à l’exploitation d’être encore un peu plus résiliente au quotidien.

Selon Greg pour réussir en élevage dans des systèmes basés sur l’herbe il faut à tout prix construire des sols en bonne santé grâce au mob-grazing et du carbone.

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