Greg Judy – Pâturage tournant toute l’année, gestion naturelle du troupeau, limitation des intrants, régénération des sols et création de nouvelles sylvo-pâtures

Greg Judy est un des leader des Etats-Unis sur les réflexions de gestion du pâturage et des bovins viandes. Il réalise de nombreuses conférences à travers les Etats-Unis pour présenter son travail sur sa ferme. Sur sa ferme il utilise le pâturage tournant intensif pour entre autres régénérer les sols. Il a une gestion du troupeau sans utilisation de produits vétérinaires.

Greg est situé dans la région de Ozark dans le Missouri. La pluviométrie est d’environ 1000 mm/an avec des hivers froids et des étés très chauds et humides. Les parcelles sont vallonnées, avec des sols peu profonds à faible potentiel de production.

Greg, Jacob (en charge de la ferme) et un ou deux stagiaires font tourner au quotidien et toute l’année dans ses prairies un troupeau de bovins (naisseur/engraisseur). Tous les bovins finis à l’herbe sont vendus en vente directe. Un troupeau d’ovins viandes est aussi présent sur la ferme. Depuis peu un couple gère la production de poules pondeuses et de porcs sur la ferme, deux ateliers que Greg faisait lui-même auparavant.

Le texte qui suit est issu de deux rencontres à la ferme de Greg Judy (hiver et printemps) et de quelques unes de ses conférences auxquelles j’ai assisté durant l’hiver  2016-2017

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Greg Judy regarde l’activité biologique sous les restes de foin distribué à la pâture cet hiver

 

« L’herbe c’est mieux que de l’or car elle peut être mangée »

Un seul groupe de bovins

Greg possède un seul groupe de bovins viande. En effet, il ne sèvre pas les animaux depuis 12 ans. Depuis deux ans il ne sépare pas les taureaux et les autres mâles du troupeau. Les mâles du troupeau  ne sont pas castrés.

Au final un seul groupe de plus de 350 têtes évolue sur la ferme. Cette pratique permet de simplifier le travail au quotidien. De plus, il peut utiliser ce troupeau pour avoir un plus gros impact positif des animaux sur les zones qu’il souhaite restaurer.

Les demandes en qualité nutritionnelles de chaque animal du troupeau sont différentes. Le choix est de fournir une alimentation de qualité à tous les individus du troupeau au quotidien. Pour cela les animaux sont déplacés plusieurs fois par jour pour qu’ils puissent tous pâturer le premier tiers de l’herbe qui est le plus riche.  Lors de ma visite en pleine pousse printanière les animaux sont déplacés 4 à 6 fois par jour, tous les jours de la semaine. Il avance le plus rapidement possible les animaux pour avoir le moins d’herbe qui monte à graine. En 7 jours ils ont pâturé environ 300 acres (120ha) avec un peu plus de 350 bovins. Même si certaines vaches vêlent à cette période ils continuent à avancer.

Il n’y a pas de fils arrière. Les animaux restent toujours dans le nouveau paddock donné car la meilleure herbe a déjà été consommée.
Les animaux ont toujours accès à un abreuvoir. Les seuls retours en arrière des animaux sont pour aller à l’abreuvoir. Un même abreuvoir peut être utilisé au maximum pour 3 jours de rotation.

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Deuxième déplacement de la matinée vers 11h. Les animaux savent que la rotation allait arriver, les animaux se sont présentés tous seuls devant le paddock.

 

Infrastructure

L’infrastructure est assez limitée. Tous les contours des parcelles sont clôturés en High Tensil et électrifiés un fil sur deux. Il n’y a pas ou très peu de clôtures intérieures, ni de couloirs de circulation. Greg veut limiter tout blocage occasionné par des portes, fils intérieurs etc. Ceci permet de circuler plus facilement et le plus vite possible sur toute la ferme. Le système est plus flexible. Tous les paddocks (plusieurs par jour) sont posés avec du fils polywire électrifié et des piquets de clôtures plastiques amovibles.

Le fil du bas des clôtures extérieures est le fil pour la terre, il ne fait donc pas d’entretien de l’herbe sous la clôture.

Tout le système d’eau est assuré par des lacs collinaires qui alimentent des abreuvoirs par gravité. Pour que toute l’eau du lac ne gèle pas, il creuse le plus profond possible pour avoir une eau non gelée même en hiver. Dans les abreuvoirs il ajoute à chaque nouvelle utilisation de l’hypochlorine pour donner de l’eau de qualité aux bovins. Les lacs sont clôturés lorsqu’ils sont intégrés dans un paddock, car les bovins ne doivent pas avoir accès directement à cette eau.

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Clôture, le fils du bas est connecté à la terre

Mob Grazing, de l’herbe de qualité au quotidien mais pas que…

Le nombre conséquent de mouvements par jour permet une meilleure homogénéité de l’impact des bovins sur toute la surface de la ferme. Cette homogénéité est caractérisée par une meilleure répartition des déjections, un meilleur impact sur toute la flore, un meilleur piétinement de la flore non consommée etc…Tout en cherchant à donner la meilleure herbe pour ses bovins il cherche aussi à construire ses sols par un meilleur impact de ses animaux.

Avant de commencer cette technique appellée « Mob Grazing », Greg a longtemps pratiqué le Management Intensive Grazing (MIG) aussi appelé High Density Grazing. Cependant, cette technique n’était pas adaptée à son contexte climatique et de flore. En effet, cette pratique un peu plus semblable au système de la Nouvelle-Zélande avait tendance à laisser moins de résiduels d’herbe, des entrées sur des paddock avec de l’herbe plus basse et moins mâture, les temps de retour sur parcelles étaient plus court et il était difficile de construire assez de stocks sur pieds pour l’hiver.
En passant du MIG vers le Mob Grazing il a pu multiplier par 4 le nombre d’animaux présents sur la ferme toute l’année. Il n’a actuellement pratiquement plus besoin de foin pour l’hiver.

Il explique notamment que lorsqu’il faisait du MIG, en été dès que la pluie cessait pour quelques semaines la prairie se mettait en dormance et il fallait attendre la prochaine pluie pour espérer une pousse d’herbe. En sachant qu’il n’y avait pas forcément assez de résidus au sol pour permettre au sol d’infiltrer l’eau, l’efficacité de production de biomasse produite/mm d’eau pluie était moins bonne.
Aujourd’hui avec le Mob Grazing, il peut anticiper et passer l’été avec beaucoup moins de risques de se retrouver sans herbe à pâturer. En été, les temps de retour par parcelles peuvent être de 45 à 60 jours selon l’année.

En pâturant seulement un tiers de la plante à chaque rotation le résiduel de sortie de paddock est de plus en plus important à chaque nouvelle rotation. Les prairies à dominance de fétuque peuvent alors plus facilement pousser en été car elles ont plus de réserves en biomasse aérienne et racinaire. De plus, le stock sur pied pour l’hiver est élaboré par la même occasion. Le stock sur pied de l’hiver se construit donc dès le début du printemps. La fétuque est l’une des seules plantes de ses prairies qui reste verte et de bonne qualité durant l’hiver.

En pâturant des plantes plus hautes la qualité n’est pas forcément impactée et le coefficient de transformation n’est pas forcément impacté. En effet, les plantes sont en majorité pâturées avant qu’elles montent à graine. Le rapport énergie/protéine est alors idéal selon l’agriculteur. Lorsque l’herbe était pâturée trop jeune avec le MIG, la plante avait trop de protéine et pas assez d’énergie. L’animal n’arrivait pas à digérer, les performances animales n’étaient pas forcément les meilleures.

Les prairies de Greg sont extrêmement diversifiées. Selon lui avec le Mob Grazing la diversité de flore de ses pâtures a vraiment été améliorée. Les légumineuses, graminées estivales en C4 ( plantes endémiques : indian grass, switch grass, little blue stem et big blue stem) et autres dicotylédones sont très présentes.

En théorie, à l’échelle d’un paddock, sur toute la biomasse 1/3 est mangée par les bovins, 1/3 est couché au sol pour nourrir le sol, et 1/3 est du stock sur pied pour la suite de la pousse.

Il ne fertilise pas ses prairies depuis plusieurs années.

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Le troupeau dans un des paddocks de la journée

Gestion naturelle du troupeau

Greg a une gestion générale et sanitaire de son troupeau qu’il qualifie de « naturelle ». Il n’utilise pratiquement aucun produit vétérinaire sur ses animaux. Il essaie au plus de s’inspirer de l’organisation des troupeaux de bisons qui pâturaient aux Etats-Unis avant l’arrivée des colons.

Tous les bisons évoluaient dans un même groupe, les animaux n’étaient pas vaccinés, vermifugés, ne recevaient pas d’antibiotiques et bien d’autres produits.
Les mâles n’étaient pas castrés, ils restaient dans la même « meute » avec les vaches. Une certaine hiérarchie/organisation de groupe était présente entre les taureaux, les vaches et génisses. Selon les récits des premiers colons les troupeaux évoluaient calmement sans combats vers de nouveaux herbages au quotidien.
C’est sur ces idées que Greg Judy a souhaité travailler avec son troupeau. Tout d’abord il simplifie son travail et diminue ses coûts de production. Ensuite, pour la vente directe de ses produits, il peut espérer vendre un produit assez unique à ses clients.

Greg ne sèvre pas ses veaux depuis plus de 12 ans. La lactation de ses mères est moins importante au début comparé à des vaches normales, mais la production de lait est plus longue. Le lait fourni  jusqu’à la fin pour les veaux est de très bonne qualité et très riche. Pour l’agriculteur, ceci permet au veau d’obtenir une sorte de « concentré »quotidien qui améliore le GMQ.  Le sevrage se fait donc naturellement sans intervention de l’homme.
L’agriculteur fait remarquer que les mères qui donnent trop de lait (critère de sélection pour la plus part des Organismes de Sélection de bovin), donnent des veaux qui ne grossissent pas dans son mode de gestion. Car ces veaux ne vont pas beaucoup pâturer. Les animaux resteront petits et ne gagneront pas en masse. Il ne garde pas ce type de mère.

Greg ne fait plus de vaccins ou de vermifuge. Selon lui, beaucoup de maladies sont des maladies issues de problèmes d’animaux qui ont été sur des parcelles avec une mauvaise gestion : terre nue, herbe de mauvaise qualité, temps de retour par paddock trop court (voir tout simplement pas de pâturage tournant). Après plusieurs années de sélection il obtient des animaux qui ont des GMQ intéressants sans utiliser ces produits pharmaceutiques.

Lors des vêlages ils continuent les nombreuses rotations quotidiennes des animaux. Les animaux qui vêlent suivent, à leur rythme. Ils ne travaillent pas avec de fils arrière, donc la vache qui vient de vêler rejoindra à son rythme le troupeau. Selon l’agriculteur, ce n’est pas une gestion facile tous les jours, mais le résultat est-là.

Il ne castre pas les mâles à l’engraissement. L’agriculteur dit que l’on ne fait pas la différence en goût des animaux castrés ou non. De plus, une grande partie de ses animaux sont vendus en vente directe, la qualité et le goût de la viande doivent donc être au rendez-vous. Aucuns problèmes à signaler selon l’éleveur. Il ne pense pas avoir de perte de GMQ. Comme le troupeau se comporte comme une « meute » les mâles respectent une certaine hiérarchie de groupe. Le groupe reste très calme et il n’y a aucun problème de comportement dangereux. Lors de ma visite nous étions 8 personnes au milieu du troupeau à faire des aller-retours dans le paddock. Tous les animaux  continuaient à pâturer tranquillement (y compris les mâles et taureaux), voir à venir vers nous.

Depuis 2-3 ans il ne retire pas les taureaux des troupeaux. Selon lui, si une femelle se fait saillir en hors saison, ce n’est pas la faute au taureau, c’est la faute à la femelle qui est tombée en chaleur à la mauvaise période. Avec ce système, il vont obtenir des cycles de 11 mois au lieu de 12 mois. Les vêlages devraient être étalés sur une plus grande période.

Selon l’agriculteur, la consanguinité ne sera pas un problème dans l’élevage.

Il apporte des minéraux à la parcelle. Les animaux choisissent eux même les minéraux dont ils ont besoin. En effet le bac a minéraux est divisé en plusieurs compartiments. Chaque compartiment est rempli d’un seul minéral.

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Vaches et veaux au bac à minéraux

 

Génétique

Le croisement utilisée par Greg correspond à de la Red Angus/Hereford/Sanapol/Barzona. Cette génétique issue de la Louisiane (sud des Etats-Unis très chaud et humide) lui permet d’avoir des animaux adaptés aux fortes températures et à l’humidité de l’été du Missouri.

Les vaches et taureaux recherchés sont des petits gabarits avec un poids d’environ 1000-1100 lbs/vache (450-500kg/vache).

« We have to be the predator of our herd » : Nous devons être le prédateur de notre troupeau

Ce troupeau demande une gestion particulière et une anticipation des problèmes. Au démarrage beaucoup d’animaux n’ont pas bien réagi à ce mode de gestion. Selon l’agriculteur, ce n’est pas de sa faute. C’est l’animal qui n’est pas adapté à son mode de gestion. Il ne sert à rien de dépenser de l’argent dans ces animaux ne répondent pas à ses attentes. Les animaux sont donc sortis du troupeau.

Les premières années un grand travail de tri des animaux est réalisé. Il faut garder les animaux qui s’adaptent et sortir ceux qui font perdre de l’argent.

« We like to throw money in problem » : Nous aimons gaspiller de l’argent dans nos problèmes

Greg essaye de construire à chaque étape un animal avec le minimum de coût de production. Gaspiller de l’argent pour un problème ne fait pas vraiment parti de sa philosophie. Il préfère résoudre le problème en réfléchissant sur l’intégralité de son système.

Selon Greg le frein principal pour faire appliquer cette gestion « naturelle » (pas de sevrage, le taureau dans le troupeau, pas de médecine etc..) provient surtout de l’agriculteur. Le plus gros pas à franchir vient de la mentalité de l’agriculteur et non de la technique en elle-même. Aujourd’hui Greg et Jacob n’ont pas envie de revenir en arrière.

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Au premier plan un futur taureau qui sera vendu. Ce taureau évolue calmement au milieu des vaches, veaux et génisses et des hommes

 

Quelques mesures

Le pH de l’urine (taureaux, veaux, génisses, vaches) est pris plusieurs fois par semaine  pour évaluer la qualité des pâtures et adapter la rotation. Ils font un ou deux relevés par semaine. Ils utilisent un simple papier pH. Il font le prélèvement sur de l’urine qui vient d’être déposé sur un feuille d’herbe.

Les taux de sucre (unité :  degrés Brix) sont aussi suivis pour évaluer la qualité du fourrage des nouveaux paddocks. Le pH de l’eau est aussi mesuré dans chaque abreuvoir, ils utilisent un simple papier pH.

Nichoirs pour contrôle parasitaire

Un meilleur contrôle des mouches et des insectes parasites est en partie assuré par les quelques 450 nichoirs installés dans les pâtures. Ils sont tous espacés à plus ou moins tous les 100feet (30 m).
L’agriculteur dit vouloir généraliser cette pratique sur toute la ferme car l’impact est notable et positif.

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Des nichoirs pour un meilleur contrôle des parasites

Sylvo-pâture

Avant l’arrivée de colons aux Etats-Unis, dans la région du « mid-west » les bisons évoluaient dans un écosystème hybride entre les prairies et les forêts : la savane. Un milieu avec des prairies productives et quelques arbres (50% de canopée). Dans la continuité d’un élevage « naturel » Greg souhaite recréer plus de savanes. Nous pouvons aussi appeler cet écosystème : sylvo-pâtures.

L’herbe à l’ombre des arbres contient moins de lignine. L’herbe est donc plus digestible pour les bovins. Greg a observé que ses animaux apprécient et recherchent cette herbe dans les paddocks.

Lors de ma visite en Mai à  chaque changement de nouveau paddock les veaux vont manger en premier les feuilles de certains arbustes.

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Ces arbustes sont une composante importante des pâtures. Les veaux mangent en premier cet arbuste à chaque changement de paddock.

 

Le projet

L’éleveur souhaite louer d’anciennes pâtures laissées à l’abandon et ré-ouvrir ces milieux pour installer de nouvelles pâtures. Il espère ainsi trouver un équilibre entre arbres et prairies.
Il n’a pas pour l’instant comme projet de planter des arbres sur ses pâtures actuelles. Il préfère limiter les investissements. Il laisse certains arbres qui poussent naturellement dans ses parcelles.

Ses plus vielles sylvo-pâtures ont 3 ans. Il en créé de nouvelles chaque année.

Comment

Pour ré-ouvrir certaines anciennes savanes à l’abandon qui ont été envahies par la forêt Greg utilise essentiellement les animaux, du foin, une tronçonneuse et un peu d’huile du coude pour installer de nouvelles pâtures. Il ne sème pas de prairies.

Dans un premier temps Greg ouvre la canopée à la tronçonneuse. Il enlève tous les buissons et arbres envahissants. Il laisse environ 20 à 30 arbres/acre soit 40-60 arbres/ha. La sélection des arbres est faite en fonction des objectifs et de la situation de la parcelle. Pour pouvoir dérouler le foin il empile les branches et récolte du bois de chauffage et du bois à scier.  Pour éviter les repousses d’arbres ou arbustes coupés, il applique dans les 3 heures après la coupe un mélange de diesel + crespo (herbicide) sur la souche.

Ensuite il relance la machine biologique du sol en ayant un impact positif maximal avec les animaux et du foin.

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Cette parcelle a été ré-ouverte cet hiver. Il y a eu un pâturage de foin pendant l’hiver et un pâturage au printemps
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Au sol, dans la pousse de la première année : des résidus de foin et la pousse spontanée de plantes qui seront pâturées

Pendant l’hiver il déroule au sol entre 1 et 3 balles de foin/acre soit 2 à 6 balles à l’ha. Cet hiver ils l’ont fait sur 33 acres (13 ha). Les bandes  de foin sont éparpillées à la fourche. Ceci permet de mettre du carbone sur toute la parcelle. Les vaches viennent ensuite manger ce foin. Les déjections des animaux (=activateur biologique) sont homogènement réparties.

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Répartition du foin pendant l’hiver avant pâturage. Photo issue d’une conférence

En hiver, les vaches sont à l’entretien. Leurs besoins alimentaires sont donc très limités. Il achète alors du foin de basse qualité à 15$-20$(15-20€) la balle de 1000-1200 lbs (450-550kg). Le gaspillage est d’environ 30 à 40%. Avec cette technique les animaux et le sol sont nourris ! Il essaie par la même occasion de rééquilibrer le ratio champignon/bactérie du sol vers 50%/50%. Dans une forêt, le ratio est plus important en champignons.
Dans toutes les parcelles dégradées (savane ou pâture) qu’il souhaite régénérer (matière organique, vie biologique, productivité) il utilise cette combinaison : animaux (activateur biologique) + foin (carbone)

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Fort chargement sur un paddock pendant 10 minutes. La taille du paddock fait environ la taille du troupeau

En été, il met un maximum d’animaux sur une petite surface pendant une période très limitée. Par exemple sur la photo au-dessus, avec 3 personnes ils ont mis tout le troupeau (350 bêtes), sur des nouveaux paddocks (avec fils avant et arrière) toutes les 10 minutes. Pendant 4-5 heures ils ont réalisé ce travail puis ont remis les animaux sur une pâture.  Ils ont commencé le matin vers 11 h car c’est à cette période que le taux de sucre dans les plantes (°Brix) commence à augmenter. Cette parcelle n’avait pas eu d’animaux d’élevage depuis plus de 70 ans

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Sylvo-pâture de 3 ans. Cette parcelle était remplie de buissons au démarrage. Cette parcelle a été pâturé 20 jours avant la prise de cette photo

Sur la photo du dessus, la sylvo-pâture a eu ce mode de gestion depuis 3 ans :

  • Pâturé 3 fois pendant la saison de pousse de l’herbe/an
  • Pâturé 1 fois pendant l’hiver/an
  • Les animaux ont été présents 4 fois dans ce bois/an pendant 3 ans. Il y a donc eu 12 passages depuis l’ouverture de cette nouvelle sylvo-pâture

Dans cette nouvelle sylvo-pâtures il ne connait pas encore la production de biomasse ou le GMQ des animaux. Ce qu’il a pu observer c’est que les animaux ont un comportement très calme lorsqu’ils rentrent dans ces nouvelles parcelles.

Selon Greg le plus important pour réussir l’implantation d’une sylvo-pâture :

Utiliser le plus de foin possible par unité de surface et avoir le plus d’impact positif (pâturage en rotation courte) des animaux  

L’hiver

La période hivernale nécessite une gestion de précision. La majeure partie du coût de production d’un animal est à cette période. Dans un système traditionnel bovin viande en hiver (alimentation en foin dans un corral fixe)  Greg dit que 80 % du coût de l’animal correspond à cette période.

Pour passer la période hivernale, ils utilisent majoritairement des stocks d’herbe sur pied (stock pile).

Il utilise du foin pendant l’hiver. Cette source de carbone est surtout utilisée car elle permet de construire des sols plus rapidement.

Aucun foin n’est produit sur la ferme. L’achat de bottes à 15$-20$/botte est largement inférieure au coût de production du foin que Greg ferait si il avait son matériel. De plus, chaque botte de foin rapporte du carbone et une partie de fertilisants (N,P,K,S…). Une technique économe.

Les stocks sur pieds sont créés dès les premières pousses de l’herbe au printemps. La gestion des résiduels en sortie de paddocks sont donc très importants à gérer.  Généralement, en janvier les animaux sont encore sur des stocks sur pieds. La fétuque est très bien pour ce type de gestion car elle reste verte l’hiver même après de fortes périodes de gel et de neige.

Louer les terres le moins cher possible

Greg est situé dans une zone où l’élevage est en très fort déclin depuis une cinquantaine d’années. Les terres sont peu à peu laissées à l’abandon. Ces terres sont pour Greg une source possible de création de pâtures qu’il souhaite louer le moins cher possible.

Selon l’agriculteur le coût de la location de terre est très significatif sur les coûts de production. Il cherche alors à réduire ce coût.

Greg préfère louer toutes ses terres et investir dans les animaux, les clôtures et les systèmes d’eau.

Greg cherche les terres qui ont été le moins bien entretenues, sans bonnes clôtures, ou système d’eau. Ceci lui permet de négocier des prix de location très bas. Il peut ensuite installer du matériel neuf et fonctionnel, qu’il pourra retirer et réutiliser ailleurs si le bail se termine.

Pour créer ce type de contrat il insiste sur l’importance de créer un lien social avec les propriétaires. La compréhension du propriétaire est nécessaire pour que l’éleveur ait « carte blanche » dans son travail et obtenir des locations longue durée.

Diversifier les sources de revenus

La résilience de cette entreprise repose aussi sur la diversité de sources de revenus.
En effet, en plus de l’atelier bovin, des ovins sont aussi présents. Le même mode de gestion « naturel » est suivi pour ce troupeau de quelques centaines de brebis. L’atelier est très apprécié sur la ferme car il permet une finition des animaux dans l’année. La circulation de l’argent est donc plus rapide.

A partir du bois récolté lors de l’entretien de la ferme ou de l’ouverture de nouvelles sylvopâtures, plusieurs produits sont vendus :

  • Champignons Shii-take produit sur les bûches : 8-9000$/an de revenu sont réalisés
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Le bois coupé dans les sylvo-pâtures est inoculé en champignons shii-take et mis en production sur ce site
  • Bois scié avec leur scie mobile
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Thuya plicata (Red Cedar) scié et prêt pour la vente
  • Bois de chauffage

Un couple vient de s’installer sur la ferme et produit des porcs et des œufs.
Ils finissent 50 porcs/an. Les porcs de race Red Wattle ou Berkshire sont dans les bois et sont aussi utilisés dans la démarche de régénération de certaines parcelles. Les porcs sont déplacés une fois par semaine. Les paddocks pour 25 porcs font 1 acre. Ils sont délimités par deux fils polywire.

Pour finir des porcs au gland de chênes l’agriculteur a remarqué qu’il ne fallait pas pousser très fort  le GMQ au démarrage pour pouvoir arriver lors des glandées avec des animaux qui peuvent valoriser une plus grande quantité de ces fruits peu onéreux.

Des poules pondeuses (250) en rotation sur pâture sont aussi présentes.

Avant l’installation de ces jeunes, Greg gérait ces deux ateliers (porc et poules).

La biodiversité a énormément augmenté ces dernières années sur la ferme. Il y a beaucoup plus de cerfs et d’animaux chassables. Il vend donc des autorisations de chasse sur ses parcelles.

Conclusion

Greg a mis en place un système bovin viande basé sur le pâturage tournant. Les nombreux changements quotidiens permettent au troupeau d’avoir toujours de l’herbe de qualité. Ce mode de gestion a un impact très positif sur la régénération des sols.

La gestion « naturelle » du troupeau est un challenge réussi sur l’exploitation.
Des sylvo-pâtures ont été créées en utilisant seulement des animaux, du foin et de la main d’œuvre. Les résultats actuels sont très prometteurs.

La gestion de la période hivernale grâce à des stocks d’herbe sur pied, et un peu de foin permettent à l’entreprise de gérer ses coûts de production. Les investissements très limités dans la location des terres permet de faire encore plus d’économies.
La diversification des sources de revenus permet à l’exploitation d’être encore un peu plus résiliente au quotidien.

Selon Greg pour réussir en élevage dans des systèmes basés sur l’herbe il faut à tout prix construire des sols en bonne santé grâce au mob-grazing et du carbone.

Seven Sons Farm – Poules pondeuses sur pâture, porcs dans les bois et bovins à l’herbe

La Seven Sons Farm produit sur 550 acres (220ha) 400 porcs sur pâtures et sous-bois, engraisse 150 bovins à l’herbe et élève 6 000 poules pondeuses grâce à 10 employés à pleins temps et 10 à 14 à temps partiel. Cette ferme familiale, située dans l’Indiana, a d’abord été montée par Lee & Beth Hitzfield, parents des 7 enfants. Agés de 18 à 31 ans ils ont aujourd’hui tous repris la ferme.  Au fils des années ils ont réussi à combiner technique agricole et marketing pour une ferme très viable sur le plan économique, social et environnemental.

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Deux des sept frères dans un des poulaillers mobile

Le travail est réparti de sorte que chaque frère ait une tâche attribuée ainsi qu’une certaine marge de manœuvre et un pouvoir décisionnel. Chaque atelier est officiellement géré et détenu par un frère, ils ont donc chacun leur indépendance. Chaque entreprise vend sa production à la structure de commercialisation/marketing de la ferme.

Poules pondeuses

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Les 3 serres côte à côte pour 3 000 poules pondeuses

Les 6 000 pondeuses sont séparées en 2 lots de 3 000 poules. Les animaux sont déplacés quotidiennement sur de nouvelles pâtures grâce à leurs serres mobiles construites sur mesure. L’hiver le bâtiment n’est pas déplacé mais les poules ont accès à de nouvelles pâtures tous les 2-3 jours.

De l’herbe fraiche au quotidien

Le plus important est de pouvoir fournir aux animaux un environnement sain. Le déplacement sur de l’herbe fraîche au quotidien est primordial. Ceci permet une meilleure gestion sanitaire et augmente le taux d’herbe consommée par les poules dans la ration quotidienne.

La hauteur d’herbe nécessaire est d’environ 6-8 inch (16-20 cm) minimum. Ceci permettra une repousse de l’herbe rapide. Si d’autres animaux (types bovins) viennent pâturer ensuite, le chargement est réduit de moitié. Le choix du pâturage ou non par les bovins est fonction de la disponibilité et de la pousse de l’herbe.

Sur 25 acres (soit 10ha) ils accueillent 3 000 poules pondeuses par an. Sur ces pâtures 3 rotations sont réalisées. Les animaux reviennent à 3 reprises sur le même paddock, la serre n’est pas forcément posée au même endroit.

Les clôtures amovibles spéciales volailles sont posées en carrés de 50 mètres de côtés. Cette surface représente 2 à 3 jours de pâture et encercle les serres amovibles déplacées quotidiennement à l’intérieur de ce paddock.

Démarrage des poules

Les pondeuses proviennent de naisseurs états-uniens. Selon un des frères, ne pas transporter les poussins lors de leurs trois premiers jours dans des camions améliore la ponte par la suite. Il préfère donc attendre et recevoir les poules à 17 semaines, prêtes à pondre.

L’Isa Brown est la race élevée cette année, ceci varie en fonction de l’approvisionnement. Ils renouvellent entre 2000 et 3000 poules/an sur les 6000 poules de la ferme.

Prédateurs

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Le chien de garde et les poules sur la pâture

Les prédateurs terriens et aériens n’ont pour l’instant pas été problématiques. Un chien de garde est néanmoins présent dans un lot ainsi que des oies chinoises dans l’autre lot. Le chien n’a pas été dressé pour ce rôle, il est donc difficile de déterminer si sa présence est efficace ou non.  Les oies sont normalement agressives et bruyantes à l’approche d’un intrus.

Alimentation

Ils comptent environ 0,27 lbs/poule/jour (0.135g/poule/jour) en moyenne pour toute l’année. En hiver ils sont plus à 0,35 lbs/poule/jour (0.175g/poule/jour). Le mélange est ajusté à plusieurs reprises tout au long du cycle de production pour garder des œufs de même calibre.

Le travail au quotidien

Le matin une première ronde, vers 9-10h, permet de s’assurer que tout se passe bien.

Les déplacements vers de l’herbe fraîche ont généralement lieu vers 12h. Grâce à un tracteur et un câble, les serres montées sur des glissières en forme de ski sont déplacées facilement.

La collecte des œufs a lieu vers 15h. Au même moment, les pondoirs sont condamnés pour éviter leur salissement par les animaux. Ils seront ré-ouverts le soir après 22h lorsque la lumière artificielle est éteinte et les poules « dorment ». Après le coucher du soleil les pondoirs sont réouverts par une personne. Le matin les poules pourront y pondre dès que le jour se lève. Un système automatique simple d’ouverture des pondoirs le soir est en réflexion. La nuit les poules sont généralement sous la serre amovible, cependant les déplacements entre l’extérieure et l’intérieure sont toujours possibles. Les filets amovibles électrifiés sont la seule protection de la nuit.

Le travail total est estimé à 3 heures/jour pour 3000 poules.  Certains jours demandent plus de travail que d’autres. Ce temps ne comprend pas le lavage des œufs.

Les clôtures sont déplacées tous les 2 ou 3 jours.
Les mangeoires et l’eau sont remplies deux fois par semaine.

Les oeufs sont lavés à deux reprises par semaine.

Des serres amovibles faites sur mesure

Les serres amovibles construites par la Seven Sons Farm constituent une sorte de révolution dans le monde de la poule pondeuse sur pâture. En effet, leur design permet une utilisation quotidienne qui allie les objectifs de base de cette production avec un gain de temps et d’efficacité sur de nombreux points.

Chaque bâtiment peut contenir environ 1000 poules pondeuses. L’hiver lorsque les mouvements de la serre sont moins importants, ils  mettent seulement 500 poules pondeuses par bâtiment. Ceci permet de donner aux animaux un peu plus d’espace dans la serre car ils se déplacent moins, la gestion sanitaire est aussi meilleure.

L’orientation de la serre n’est importante qu’en hiver. Afin de capter davantage de chaleur et de lumière par le côté, les cages sont disposées selon un axe est-ouest.

L’armature de la serre est soudée sur des « skis » : des tubes ronds galvanisés qui glissent sur le sol.

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Les glissières soudées sur l’armature de la serre

Chaque serre est composée de :

  • 20 nourrisseurs
  • 1 abreuvoir vertical pour 12 poules,
  • une unité de pondoir pour 45 poules pondeuses.

Tous ces éléments sont accrochés à l’armature de la serre et ne touchent pas le sol de sorte que seuls les skis soient en contact avec celui-ci.  Lors des déplacements de la serre tous ces éléments sont aussi déplacés. La charge de travail est donc minimisée et l’efficacité améliorée.

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L’intérieur de la serre

Les pondoirs permettent d’obtenir des œufs propres. Ils ont un sol qui est légèrement incliné ce qui fait que dès que la poule sort du pondoir, l’œuf roule vers un endroit non accessible pour elle. Le clapet de protection est simplement relevé lors de la récolte des œufs.

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Récolte des œufs, le clapet de protection s’ouvre pour accéder aux œufs lors du ramassage

Le système d’eau est assez simple. Grâce à la gravité l’eau circule vers les deux séries de pipettes de chaque côté de la serre. L’utilisation de pipettes verticales est privilégiée en période hors gel. Pendant l’hiver ces pipettes verticales gèlent à l’extrémité, où la boule d’eau se forme. Ils utilisent donc des pipettes horizontales pendant l’hiver dans lequel un flux d’eau constant circule.

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Les pipettes

Sur toute la serre un maximum de perchoirs ont été placés pour permettre une répartition homogène des poules et des déjections sous la serre.

Un système d’éclairage est ajouté aux serres. A l’aide d’un panneau solaire fixé sur le toit de la serre une batterie est rechargée. Un automate permet d’allumer la lumière le matin et le soir pour fournir 14 à 16 heures de « lumière » dans la journée. Les 4 à 5 ampoules sont fixées au centre de la serre.

Une bâche plastique est fixée sur le toit. Elle fournit 90% d’ombre.  Sur les côtés une bâche amovible permet la gestion de la circulation de l’air sous la serre.

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Ajustement du flux d’air à l’intérieur de la serre

La serre est facilement déplacée par leur tracteur de 40 chevaux. La puissance nécessaire n’est pas forcément très importante, il faut surtout de l’adhérence au sol pour pouvoir passer même dans des conditions humides.

Lavage des œufs

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Laveuse d’oeufs

Ils ont investi dernièrement dans une machine à laver les œufs. Cette machine permet de laver/calibrer/emballer entre 80 et 100 œufs/minute par 4 personnes. Cette machine achetée à 45 000 US$ auprès de la National Poultry Equipment permet de gagner en temps et main d’œuvre grâce à son débit important. Ils espèrent ainsi la rentabiliser en 2 ans avec une utilisation d’au minimum 10 ans. L’ancienne machine avait un coût de production de 0.30cts/douzaine d’œufs. La nouvelle est à environ 0.10 cts/douzaine d’œufs.

 http://www.nationalpoultryequipment.com/model_20csg.htm

Ils regrettent de n’avoir pas investi plus tôt dans cette machine. Même si la production d’œufs sur pâture est basé sur de la technologie simple et peu onéreuse, ils pensent qu’il ne faut surtout pas hésiter à investir dans ce type de machine. Elle permet de diminuer les coûts de production, d’être plus efficace, d’obtenir un produit propre et des lots d’œufs homogènes. Un gage de qualité difficile à garantir sans cette machine.

Vente

Les œufs sont vendus 3$ (3€) la douzaine aux grossistes et 4,75$ (4,75€) en vente en direct au consommateur.

Conclusion pour la production d’oeufs

Selon notre jeune éleveur, pour réussir en production d’œufs sur pâture il faut à tout prix penser à :

  • Avoir de la lumière pour fournir les besoins nécessaires de 14-16h de lumière quotidienne
  • Utiliser des poules hybrides pour avoir des taux de pontes réguliers et élevés  (90% de taux de ponte)
  • Investir dans du matériel de lavage efficace
  • Chercher à être efficace dans les tâches du quotidien (collecte, alimentation, rotation etc..)

Les frères de la Seven Sons Farm ont beaucoup réfléchit à l’amélioration de cette activité. Leur efficacité technique permet d’avoir un cheptel conséquent et de vendre à un prix rémunérateur grâce à un conditionnement et un marketing performants.

 

Bovins à l’herbe

Blake s’occupe des bovins. Il ne finit que des bovins à l’herbe car le manque de surface les force à produire des animaux qui peuvent espérer une forte valeur ajoutée. Les bovins proviennent de différents élevages. Il peut donc engraisser de la Black Angus, du Hereford, des croisements Angus X Hereford etc…

Le troupeau est déplacé au quotidien sur de nouveaux paddocks de prairies ou de couverts végétaux.

Sur les 150 bovins finis par an, aucun ne reçoit de concentrés. L’hiver, du foin de bonne qualité est donné aux animaux.

Le système est en cours d’évolution, notamment suite à un travail avec l’éleveur et conseiller en pâturage tournant, Jim Gerrish (je conseille de lire/écouter ses conférences et livres). Il souhaite notamment arrêter l’engraissement pendant l’hiver. En effet, l’engraissement a lieu toute l’année dans le but de répondre à la demande. Néanmoins, l’engraissement hivernal est coûteux. La ration à base de foin coûte plus cher à l’agriculteur que l’herbe pâturée.

A titre d’exemple, nourrir 4 bovins au foin pendant l’hiver coûte $300 tandis que le stockage en chambre froide de 4 bovins transformés ne coûte que $30. Il semble donc beaucoup plus rentable de terminer le maximum de bêtes à l’herbe lorsque celle-ci est disponible et d’abattre avant l’hiver. Le foin n’est quasiment plus nécessaire et le travail hivernal s’en trouve grandement facilité.

Blake suit la croissance de l’herbe de ses pâtures et répertorie sur des cartes de pâturage. Il peut ainsi prévoir à l’avance en fonction de la saison, l’évolution de sa rotation.

Le GMQ sur l’année est d’environ 2 lbs/jour (1kg/jour).

Blake n’aime pas parler de hauteur de pâturage. Selon lui, c’est plus le stade de la plante qui est important contrairement à la hauteur d’herbe pour suivre la production des prairies. En effet, une fétuque (épiant à 3 feuilles) et un ray grass (épiant à 2-3 feuilles) épient à des hauteurs d’herbe différentes.  Un fétuque peut faire 30 cm et être seulement au stade 3 feuilles et ne pas avoir épié alors qu’un ray grass peut faire 10 cm et épier. Le meilleur stade de la plante (équilibre énergie/protéine, teneur en fibre) est atteint selon lui, juste au moment de la dernière feuille pointante.  Il faut donc observer l’évolution de l’herbe dans chaque paddock et savoir reconnaitre correctement les flores. Le suivi du taux de sucre au refractomètre (degrés Brix) est un outil qu’il utilise pour affiner son évaluation de la maturité.

Des annuelles pâturées

Blake fait pâturer des parcelles d’annuelles pour augmenter le GMQ de ses animaux, et ainsi produire plus de kg viande/ha.

Pour pâturer de l’herbe de qualité en début d’année, des sur-semis de graminées annuelles (blé ou seigle) sont réalisés dans les pâtures pérennes d’été (mix de luzerne, trèfles, graminées estivales). Environ 21 jours de pâturage sont gagnés sur la saison grâce à ces semis.   Lors de notre visite, les bovins pâturaient du blé qui avait épié. Selon Blake, ce blé épié à environ 18-20% de protéine, a un très bon rapport en fibre et un très bon rapport énergie/protéine. Attendre pour avoir le meilleur ratio énergie/protéine, permet d’avoir de très bons GMQ car l’alimentation est équilibrée. Les graminées annuelles ont des taux largement supérieurs aux graminées pérennes d’hiver (18°Brix pour le blé et 11°B pour les graminées pérennes).

Il fait aussi pâturer du sorgho fourrager avec du cow peas (légumineuse ressemblant au soja) qu’il sème dans  des parcelles qui ont eu un couvert d’hiver pâturé. Ces parcelles ne reçoivent que des plantes annuelles. Elles sont intégrées dans des rotations avec les parcelles « sacrifiées » en hiver par le stockage des bovins ou porcins.

Dans leur rotation, les serres amovibles ne peuvent pas suivre le rythme de déplacement de bovins pour avoir un effet déparasitant significatif. Pour cela, ils utilisent une centaine de vielles poules pondeuses  des années précédentes .Une cabane a été placée sur une remorque pour que les poules aient une protection pour la nuit.   Elles sont placées sans filets dans les paddocks précédents. Ils ne donnent pas de nourriture. Elles sont donc forcées d’aller chercher des vers et insectes pour se nourrir. Ce petit troupeau suit à la même vitesse de rotation les bovins et a un effet positif sur la gestion des parasites. Une vidéo explicative de cette activité : https://www.youtube.com/watch?v=ZJAheGRp_Uo&list=PL8F3WxJA_ll8qtpVKWxVz9cy_y9WQAuaI

Conclusion bovins

Pour Blake, les éléments importants de la réussite et de la rentabilité de l’engraissement à l’herbe sont :

  • Eviter toute alimentation en foin pendant l’hiver. Dans l’idéal ne pas avoir du tout de bovins.
  •  Connaitre et suivre le GMQ de ses bovins au fil de la saison. Il faut peser les animaux (bascule) pour adapter la gestion du troupeau en fonction des évolutions.
  • Savoir identifier à quel stade se trouvent les graminées.

Porc dans les bois et sur prairie

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Porcs dans les bois

Blake engraisse aussi 400 porcs par an dans les bois et sur prairie. En instantané, il a environ 150 ou 250 porcs divisés en 3-4 groupes. Ces groupes ne seront pas mélangés jusqu’à leur finition. Tout mélange après l’arrivée des animaux sur la ferme causera de nombreux problèmes de gestion plus tard.

Il s’approvisionne sur 3 élevages en porcelets de 70 à 80 lbs (30 à 35 kg). Il les achète 80$ (80€). En 6 mois, il essaie d’atteindre 280-300 lbs (125-135 kg). Soit un GMQ de 0.55kg.

Les deux races généralement engraissées sont des Large Black et du Duroc. Il préfère engraisser du Duroc car ils produisent moins de gras, ce qui pour les clients est un critère important.

Les porcs sont toute l’année dehors. La majeure partie du temps dans les bois, et parfois dans les pâtures. Les animaux ont de meilleurs gains dans les bois. Cependant, introduire les cochons sur prairies permet de diversifier la pression animale sur la flore, qui se diversifie à son tour. Une flore diversifiée implique une meilleure résilience de la pâture face aux aléas.

Dans chaque paddock de 1 acre ( 0,41 ha) il met 56 cochons pendant une 1 semaine. Les parcelles sont clôturées avec deux fils électrifiés et des piquets temporaires. Il met moins de 15 minutes pour mettre en place un nouveau paddock.

Dans chaque paddock il y a un nourrisseur et 1 abreuvoir relié au système d’eau des bovins qui est enterré.  Dans les paddocks dans les bois il ne met pas de « cabane de protection », il le fait quand les animaux sont sur pâtures.

Les paddocks sont contrôlés deux fois par jour. Il peut ainsi s’assurer que les porcs ne s’échappent pas.

Alimentation

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Le mangeoire amovible

Les cochons sont déplacés une fois par semaine. Selon l’agriculteur, les changements hebdomadaires permettent d’économiser au total 15 % d’alimentation.

Blake change à 4 reprises le contenu en protéine de son alimentation non-OGM :

  • Porc de 100-150 lbs (45-70kg) : 16.5%  de protéines
  • Porc de  150-200 lbs (70–90kg) : 14% de protéines
  • Porc de 200-250 lbs  (90 -115) : 12% de protéines
  • Porc de  250-300lbs (115-135kg) : moins de 10% protéines

Il utilise entre 800-900 lbs (360- 400 kg) d’alimentation au total pour l’engraissement d’un porc. Le coût de l’alimentation est d’environ 100$ (100€).

Pour économiser de la main d’œuvre et de l’alimentation il a à plusieurs reprises mis des cochons  dans du maïs sur pied. Les porcs avait accès à la même alimentation qu’à l’accoutumé. Cette technique permet de réduire les coûts de production.

Le maïs a été conduit comme si c’était une culture de vente en bio. Il a été sursemé au dernier binage en ray grass. La parcelle était évidemment redivisée en paddock pour avoir un maximum de maïs consommé. Cette technique nécessite la présence des porcs à proximité des parcelles cultivées. Ce qui n’arrive pas chaque année.

Conclusion pour les porcs

Pour réussir en engraissement de porcs charcutiers plein-air, l’éleveur souligne plusieurs points :

  • Il faut acheter des porcelets en bonne santé. Un bon démarrage est le plus important. Il ne faut donc pas hésiter à payer un peu plus cher pour avoir de la bonne qualité.
  • Faire tourner les cochons sur de nouveaux paddocks offrant de la nourriture nouvelle.
  • Adapter la nourriture en fonction de l’âge des porcs

L’équipement pour élever les porcs est assez simple. La gestion avec précision des porcs dans les bois et sur les pâtures permet à l’agriculteur d’être très rentable.

Blake espère faire 25% de marge brute lors de la vente des porcs vivants à leur entreprise responsable de la commercialisation. Laquelle fait ensuite également 25% de marge lors de la vente en direct.  Les porcs sont donc très bien valorisés grâce à la technicité de Blake et au marketing de ses frères.

Vente et clientèle

Les 5 000 clients sont principalement des particuliers et des grossistes mais très peu de restaurateurs. Leur présence à proximité de grandes villes permet l’accès à une clientèle nombreuse. Les clients sont davantage des personnes éduquées qu’aisées, recherchant des valeurs, un autre mode de production et une certaine authenticité.

Depuis peu, ils ont commencé à développer la vente à domicile de la viande. Cette livraison est déléguée à une autre entreprise qui vient chercher les colis à la ferme.

Les ventes hebdomadaires se résument à 30 à 40 commandes livrées à domicile et 150 à 200 commandes livrées en point relais.

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Leur camion de livraison

Les œufs sont calibrés par taille et vendus par douzaine. La viande est vendue en grande partie en caissette de 36 lbs (16kg) qui contiennent un mix de différentes pièces de viandes. Plusieurs types de mélanges sont disponibles mais le client ne peut pas élaborer son propre mélange à la carte.

Le prix de la viande est d’environ 6-7$/lbs (12-14€/kg) en porc et 8,5$/lbs (17€/kg) en bovin. La livraison est d’environ 7,5$ (7,5€) quel que soit le poids du colis.  Ils espèrent dans le futur avoir assez de livraisons pour commencer à offrir des livraisons gratuites.

Les volumes produits aujourd’hui permettent d’aborder la grande distribution, notamment avec les œufs.

Les animaux ne sont pas abattus et découpés à la ferme. Cependant tout le stockage et la préparation des livraisons à lieu dans le nouveau bâtiment qu’ils finissent de construire. Ils pourront ainsi stocker la viande dans différentes chambres froides et préparer les commandes chaque semaine.

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Une partie du nouveau bâtiment de préparation des commandes

Bilan stratégique et marketing

Concentrer la valeur ajoutée

L’efficacité du système réside dans l’extériorisation de toute étape de la production qui ne produit pas/peu de valeur ajoutée. Reproduction, naissance et engraissement des poules comme des bovins ou des porcins sont délégués à d’autres agriculteurs de sorte que chaque animal présent sur l’exploitation est un animal prêt à être engraissé et/ou en production. Outre la réduction des besoins en bâtiments et matériels, ce fonctionnement permet aux 7 frères de concentrer la valeur ajoutée dans leur exploitation et de se recentrer sur ce qu’ils savent faire (engraisser et vendre). L’exploitation a su conserver une multitude de petits ateliers pour conserver le caractère traditionnel de la production mais qui permet également de produire, par addition, des volumes assez importants pour aujourd’hui commencer à négocier avec les grandes surfaces.

Le marketing, très important dans la stratégie de la ferme

Le marketing est probablement la partie la plus déterminante dans la réussite de l’entreprise et à ce titre, malgré l’importance en volume de la production, elle concentre quasi 50% de la force de travail de la structure. Le but étant de mettre en avant le mode de production inédit de la ferme (sur pâture, sans antibiotiques ni OGM) ainsi que de raconter très régulièrement l’aventure des exploitants. Page Facebook, chaine Youtube, mailing et site internet assurent une présence quotidienne et une transparence sur les produits. Des vidéos/reportages sont régulièrement postés sur un ton décontracté et tout public. Le packaging, le logo, le site internet et même les camions de livraison sont très reconnaissables par leur référence constante au pâturage et à l’authenticité auxquels leurs clients sont très sensibles.

Raisonner l’endettement

La simplicité des infrastructures et équipements de production ne laisse pas indifférents lors de la visite de cette exploitation. Tous les animaux sont en extérieurs et ce malgré une moyenne basse de -7.2°C en janvier et d’une moyenne haute de 1.9°C. Le 100% pâture limite énormément les besoins en matériels (ex : fenaison, transport, stockage et distribution) de sorte que seuls quelques tracteurs de faible puissance suffisent à réaliser les quelques travaux quotidiens. L’investissement de départ est faible, c’est tout le génie des 7 frères qui ont pu alors se concentrer davantage sur la vente. L’innovation la plus emblématique de ce mode de pensé réside dans la conception des logements des pondeuses qui revient à environ 12 000 $ pour 1 000 places (structure + pondoirs) sachant que les éléments sont facilement réparables.

L’efficacité à tous les niveaux

L’efficacité est aussi le maître mot dans la partie transformation et vente. De grands entrepôts facilitent la constitution des commandes, une laveuse/trieuse d’œufs a permis d’accélérer considérablement cette tâche coûteuse en temps et personnel. L’accroissement de la capacité de transformation et de vente permet de tabler sur une stratégie de volume qui accroît la profitabilité de l’ensemble de la structure. La prise de commande se fait uniquement par internet, le client est ensuite automatiquement attribué à un point relais avec la date et l’heure de livraison. Les coûts sont drastiquement réduits car une livraison est constituée de 3 à 4 point relais qui représentent à chaque fois 25 personnes en moyenne. Ce système dit de « buying club » couplé à la vente en caisse de minimum 10kg permet de déplacer des camions avec un maximum de marchandise. Dans la même logique de baisse des coûts, la vente directe sur la ferme se fait sur un système de libre-service basé sur la confiance, le client se sert dans des frigos et laisse la somme dans une urne prévue à cet effet.

Le responsable marketing résume son approche par trois points :

  • Visibilité : grâce aux moyens décrits précédemment
  • Accessibilité : par un maillage de plus en plus dense rendu rentable par les « buying club »
  • Disponibilité : toute l’année les produits sont disponibles grâce à l’accroissement des capacités de stockage

Absorber la concurrence

Vis-à-vis de la concurrence, la stratégie réside dans la constitution de partenariat avec ces derniers ce qui permet de mutualiser la force de vente tout en élargissant la gamme proposée aux consommateurs. Ceci est possible par une différenciation réfléchie entre chaque partenaire, l’un se concentre sur la production de poulets de chair sur pâtures, et non d’œufs, l’autre sur des dindes … La gamme référencée sur le site de la Seven Sons Farm est ainsi très large.

La grande distribution devient néanmoins un concurrent grandissant, notamment par le développement des gammes bio.

Une équipe de 4 personnes à plein temps travaille uniquement sur la vente des produits de la ferme. L’importance apportée à la vente des produits de la ferme permet une bonne valorisation des produits. Les 150 bovins finis à l’herbe, 400 porcs et les œufs des 6000 poules pondeuses sont entièrement vendus grâce à cette équipe.

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Yann Janin & Sylvain Cournet

HARC Agroforestry : Centre de recherche en agroforesterie dans le Missouri

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Vue générale de la ferme expérimentale

 Le centre agroforestier situé à New Franklin dans le Missouri. L’université du Missouri a créé en 1998 ce site expérimental. Sur 660 acres (267ha), sont menés de la recherche en agroforesterie et horticulture par des chercheurs et des étudiants.  Entre autres, ce site a pour objectif de créer de la référence (économique, technique, environnementale et sociale)  sur la production  de fruits à chair et à noix, l’agriculture en forêt, ripisylve, de sylvopaturage,  suivi de la tolérance à l’ombre des fourrages.

Sylvo-pâture :

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Le troupeau sous les pins rigides

L’intégration de sylvo-pâtures dans les systèmes bovins à l’herbe est étudiée sur ce site.  Les parcelles ont différents niveaux de densité de chênes rouge d’Amérique et de résineux. Les études permettent de suivre autant le gain de poids des animaux, la productivité de l’herbe et des arbres.
Du pin rigide, pin loblolly, noyer hybride  et noyer d’Amérique  ont été plantés en simple, double ou triple rang en 1994. C’est un troupeau de vaches suitées avec le veau présent toute l’année sur les patures et sylvopature qui a évolué sur ces parcelles tout au long des études.

 

La plus part des études sont terminées actuellement. Aujourd’hui, un nouveau cycle de recherche va être lancé en intégrant notamment une gestion plus rigoureuse du pâturage.  Cette étude sera portée avec trois niveaux d’ombre différents et un mélange prairial constitué essentiellement de prairies à croissance estivale.

Quelques notions intéressantes sont sorties des études précédentes. La température optimale du  corps de l’animal doit être maintenue  autour de 38.5°C et ne peut varier que de 1-2°C. Les grands écarts de température de la région créent un stress pour l’animal. L’ombre permise par les arbres en été mais aussi en hiver (avec les résineux) permet une régulation plus facile.

Cette ambiance créée a permis notamment l’amélioration du gain des bovins engraissés de 0.2lbs (90g)/tête/jour comparé à un système sans ombre pendant l’été.  Dans des études parallèles les chercheurs ont montré que l’ombre permettait d’améliorer la production laitière de 15% en été.  A travers ces différentes expérimentation ils ont montré que l’atelier bovin produit autant voir plus dans des sylvo-pâtures bien gérées et conçues comparé à des pâtures sans arbres.  De plus, sur cette parcelle du bois est produit.

Un autre système est actuellement étudié. Le mélange d’arbre est composé de chêne cherry bark oak (Quercus pagoda) et du mûrier rouge (Morrus rubra). Le mélange prairial est composé de trèfle violet et d’orchardgrass( Dactylis glomerata). Ils cherchent à comprendre comment l’ombre et la fixation de l’azote impactent la production de biomasse et la valeur alimentaire des feuilles de mûrier rouge qui sera intégré dans la ration fourragère. Dans ce système ils essaient d’intégrer au mieux la gestion précise de l’herbe.

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Une des sylvo-pâture avec au premier plan les noyers à bois et en fond différents niveaux d’ombre de pins rigides

 

 

Evaluation de l’impact de l’ombre sur les fourrages :

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La parcelle avec les différents fourrages et les différentes densités d’arbres

Un projet en plusieurs étapes est en cours dans le but de mieux comprendre les variations des rendements en fonction du pourcentage d’ombre sur les différentes plantes des prairies.

Ils évaluent pour cela plus de 40 espèces de fourrages sous ombre artificielle et en sylvo-pâture. Les plantes des prairies estivales sont celles qui ont plus de recherches. Ces plantes sont entre autres : Big Bluestem (Andropogon gerardii), Switchgrass(Panicum virgatum), Indiangrass (Sorghastrum nutans) .Trois niveaux d’ombre sont évalué : 100% de soleil, 45% de soleil et 20 % de soleil. Toutes les variétés ont fait environ pratiquement les mêmes rendements avec 45% de soleil comparé au traitement en plein soleil. Quelques espèces ont résisté au traitement avec seulement 20% de soleil.  Les qualités au niveau des protéines des fourrages dans le traitement 45% de soleil est la même que la référence plein soleil. Une augmentation des protéines dans les fourrages est à noter dans le traitement avec 20% d’ensoleillement.

Ces expérimentations ont eu lieu sous ombre artificielle puis en plein champ dans les  sylvo-pâtures.  Pour l’instant les parcelles expérimentales ne sont pas pâturés par les bovins.

Sélection de fruits à noix :

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Un des vergers de châtaigniers

Dans la région du Mid-west des Etats-unis et du Missouri la sélection et la recherche sur les fruitiers à coque est pratiquement inexistante. Ce travail est alors très lié au développement de l’agroforesterie.  En effet, si la génétique  des arbres fruitiers à noix n’est pas existante, alors la performance des systèmes agroforestiers n’est pas  possible.

Les différentes recherches ont lieu sur :

– Noix de Pecan : c’est un arbre natif des Etats Unis qui produit une noix commercialisable très demandée. Le greffage est nécessaire pour obtenir des rendements importants. Sa conduite est pratiquement  impossible en agriculture biologique dû aux fortes pressions en insectes et la forte chute des rendements.

-Noyer bois/fruit : ce site expérimental est le seul endroit de sélection des Etats Unis. Les critères pour le noyer à fruit sont le pourcentage de l’amande dans le fruit, la résistance au cassage de la coque, la résistance aux maladies, la capacité à la fructification rapide. Ils ont aujourd’hui 12 variétés sélectionnées qui ont validé les critères en termes de production.  Grâce aux outils de la génomique, iIs continuent aujourd’hui à suivre les pollinisations croisées naturelles pour éventuellement identifier de nouveaux cultivars. Grâce à l’identification de l’ADN ils vont aujourd’hui beaucoup plus vite dans l’identification de futures potentielles variétés.

Actuellement, le travail sur la commercialisation des noix est le plus important pour le bon développement de la filière. Ils ont besoin de plus de coopératives pour vendre à des prix intéressants, car aujourd’hui il y a un seul acheteur. Il fixe donc ses prix.

Le noyer est un arbre très intéressant en agroforesterie. Il a énormément été utilisé à travers le monde car il a tendance à débourrer tardivement dans l’année, ce qui laisse à la culture intercalaire le temps de se développer au printemps

-Châtaignier chinois : Ceux sont les châtaigniers les mieux adaptés au climat froid de la région.  Ils sont aussi très tolérants aux attaques d’insectes (n’impacte pas les rendements) et résistants aux champignons. Le marché extrêmement porteur de la châtaigne est un argument supplémentaire qui conforte le travail de sélection de Michael Gold.

Depuis 20 ans ils ont étudiés plus de 65 cultivars greffés. Aujourd’hui ils ont identifié  6 variétés qui ont des rendements constants :  environ 40lbs/arbre soit 18 kg/arbre (le meilleure variété produit  110lbs 50kg/arbre) ,  avec un poids régulier des châtaignes de 12-15g.  Si les noix sont plus petites, leur prix diminue. La croissance et la forme de l’arbre ont aussi été étudiées.  La recherche de nouveaux cultivars continue.  La sélection par la génomique est aussi privilégiée car elle permet de trouver directement les gènes clefs, et notamment les gènes  de males stériles. Il ne faut donc plus attendre l’expression de l’arbre dans plusieurs années pour connaitre le potentiel de l’arbre. Ceci permet aussi de laisser les arbres se poloniser entre eux et donc d’avoir un pool de croisement beaucoup plus large.

Les arbres sont plantés à une densité 9 X 9 m (124 arbres/ha). La majorité des fruits sont situés sur le haut de l’arbre, il ne faut donc pas que les branches des arbres voisin se touchent.

Pour Michael Gold, la gestion des insectes est primordiale juste après la récolte il faut stériliser rapidement les châtaignes.  La lutte est cependant très difficile quand de nombreux châtaigniers sauvages sont présents dans le milieu.

La récolte au sol des châtaignes est assurée par une machine que le centre de recherche possède.  La gestion de l’enherbement est surtout primordiale avant la récolte. Il n’a pas de problème de compétition de l’herbe avec l’eau car les arbres matures ont un système racinaire puissant. De plus, un système d’irrigation enterré a été placé il y a quelques années sur chaque ligne d’arbre.

L’élagage des châtaigniers n’as pas lieu tous les ans. Il faut surtout faire attention à ce que les houppiers des arbres ne se touchent pas entre eux et qu’un maximum de lumière puisse rentrer à l’intérieur de l’arbre. C’est une taille assez traditionnelle des arbres fruitiers en général.

La châtaigne en agroforesterie est aussi très intéressante. Ils vont mettre en place une nouvelle placette de mesure avec le blé pluriannuel : Kernza. Avec des nouveaux cultivars  de châtaigniers ils vont installer le blé Kernza qui sera pâturé et récolté pour son grain. Ce sera la première fois que ce blé sera testé en système agroforestier.

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Un des vergers de châtaigniers

Des programmes de sélection de la noisette hybride et du sureau américain démarrent également.

Conclusion :

Le centre de recherche agroforestier et horticole du Missouri est un des principaux sites de recherche des Etats-Unis. Les résultats concernant les silvo-pâtures et la tolérance à l’ombre des plantes des mélanges prairiaux sont encourageants. L’arbre a définitivement sa place dans les prairies. Dans le futur, des résultats plus intéressants pour les éleveurs vont voir le jour grâce à une meilleure gestion de l’herbe et du troupeau. Ils ont sélectionné de nouvelles variétés de noyer, châtaigniers et demain en sureau américain et noisetiers hybrides.  Ceci permet aux agriculteurs du Mid-West des états unis d’avoir des arbres adaptés au milieu, productifs et des fruits de qualité.  Grâce à ces différents axes de cherche,  l’agroforesterie dans le mid-west  peut se développer sur des bases solides.

 

Scott Williams : De l’agroforesterie pour les générations futures

« Keep trying, keep learning”

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Vue générale de la plantation

 

 

Scott Williams a implanté une parcelle agroforestière de 7 ha (17 acres) sur sa propriété dans l’Illinois. La parcelle est située sur la ferme familiale, actuellement exploitée en grande culture par un fermier extérieur à la famille.

Description du projet

Scott est un académicien à la retraite. Cette plantation est pour lui un moyen pour les générations futures d’essayer de nouvelles productions agricoles.

Le champ était jusqu’à la campagne précédant la plantation cultivée en maïs. La plantation est composée uniquement de plantes pérennes natives.  Il a choisi d’essayer différentes combinaisons d’arbres fruitiers et d’arbustes fruitiers.  Les allées sont en luzerne pour produire du foin, qui sera fait par le fermier qui exploite les autres parcelles.

La rentabilité de cette parcelle agroforestière n’est pas l’objectif principal. Dans la démarche expérimentale de cette parcelle, la diversité intra-variétale a été recherchée à fin de créer des références pour la région en terme de croissances et de rendements.

La pluviométrie dans cette zone est aux alentours de 1000 mm par an. Il n’a pas prévu d’installer d’irrigation. L’investissement est trop important. Ce sont les sols les moins productifs de toute la ferme.

La plantation a été réalisée par le Savanna Institute (Bureau d’étude en Agroforesterie pour le quel je suis stagiaire). En deux jours à 4 personnes le chantier a été réalisé.  Tout a été planté à la planteuse à arbre en mai 2015.  Dès le début , tous les arbres ont été protégé à l’aide de tube de protection plastique de 1m20. Ceci a permis dès le démarrage de la plantation un bon développement même si la pression en cervidés est très forte.

Pour ces deux premières années d’installation, le travail principal est la tonte. La luzerne n’a été implantée que lors de la deuxième année de croissance. Pour les années futures la tondeuse ne sera  passée que dans les haies brises vent  entre les rangs pour contrôler l’enherbement. Lors de la plantation un herbicide pré-émergent a été appliqué sur la ligne de plantation. Depuis, rien n’a été réalisé en terme de gestion d’adventices sur le rang d’arbre. Selon le propriétaire l’enherbement sur le rang n’est pas encore un problème, il reste cependant vigilant pour les années futures.  Aucune protection contre l’enherbement n’a été placée au pied des arbres.
Un peu d’élagage a été réalisé. Quelques piquets de protection d’arbres ont été remplacés. Selon Scott ce travail est facilement réalisé.

Le schéma de plantation :

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Toutes les plantes choisies sont natives de la région, seulement le choix des variétés a été fait pour une adaptation au contexte pédoclimatique et pour une production maximale.

Pour la partie qui suit, j’ai traduit la légende du Plan de plantation de la parcelle agroforestière. J’ai ajouté quelques commentaires sur l’agencement de la parcelle.

Ridge Rows : Plantation des rangs le long des courbes de niveau

Chaque rang est espacé de 9 mètres du suivant.

A – Mûre  variété Chester Thornless. Elles sont plantées tous les 90 cm.

B – Châtaignier Chinois (non greffé), sur le même rang il y a des groseilles variétés Cheakamus et Blackcomb. Les groseilliers sont très tolérant à l’ombre. Ils commencent à produire dès la  3 ème année.  Ils sont plantés tous les 60 cm entre eux et à 90 cm de l’arbre. Il y a 5 pieds de groseilliers entre deux châtaigniers.  Il y a donc un espacement de 4,2mètres entre chaque châtaignier sur une même ligne. Les châtaigniers commenceront à produire dès la 5-7ème année

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Rang de châtaigniers et groseilliers entouré par la luzerne et les rangs de framboisiers ou mûres à 9 mètres

C – Mûre  variété Chester Thornless

D – Châtaignier Chinois (non greffé). Sur le rang entre les arbres il y a du groseillier variété Nechako  et Blackcomb et du cassissier variété Cherry

E  Framboise  noire variété Bristol plantée tous les 90 cm. C’est l’une des plantes qui a le mieux démarré sur son terrain.

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Rang de framboisier sans arbres entouré par la luzerne, à 9 mètres des rangs de châtaigniers et cassissiers ou groseilliers

F – Châtaignier Chinois (non greffé) et du cassissier variété Cherry

G – Framboise variété Jaclyn

H – Carryer (pour la production de biomasse et de noix comestible par les animaux). Sur les rangs ont été implantés des cassissiers variété Red Lake.

I – Framboise variété Autumn Britten

J – Carryer avec sur les rangs des groseilles blanches variété Blanka

K – Framboise variété Taylor

L – Carryer avec sur les rang des groseilles blanches variété Blanka . Il y a aussi quelques saules pour fournir de l’ombre rapidement

M – Framboise variété  Lauren

N –  Framboise  jaune variété Anne

 Oak rows : Lignes de chêne

Swamp white oak : Chêne bicolore
Red Oak : Chêne rouge d’amérique

Burr Oak : Chêne à gros fruit
White Oak : Chêne blanc d’Amérique
Redbud : Gainier rouge

S Slope rows

Entre les rangs de l’asperge verte ou de la rhubarbe a été implantée.
La rhubarbe n’a malheureusement pas tenu le premier printemps trop humide.

1 – Pommiers à cidre. Cette année les pommiers seront greffés avec des pommiers à cidre. La volonté est de limiter le travail sur cette parcelle. Ces pommes sont beaucoup plus simples dans la conduite et la commercialisation.

2Kaki

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Pommier et Kaki avec dans l’inter-rang de l’asperge

3 Pommiers à cidre avec des herbes aromatiques sur le rang (sauge et thym).

 

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Pommier avec de la sauge sur la ligne et des asperges vertes dans l’inter-rang

4 Cerisier avec des herbes aromatiques sur le rang sauge et thym

 

5 Pawpaw est un fruit endémique qui se développe seulement dans des conditions avec beaucoup d’ombre

6 Pawpaw

Des kakis :

Une vingtaine de variétés différentes de kaki ont été implantées de l’autre côté de la zone boisée.
Du foin de luzerne sera fait entre les rangs

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La plantation de kaki

Contours  de la parcelle et haie brise vent

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L’un des deux rangs de peupliers de la haie

La pression en chevreuil est assez importante dans la région. Des protections aux arbres ont été posées pour permettre un démarrage réussi pour les arbres.

 

Lors de la plantation il a été jugé plus prudent de créer une haie tout autour de la parcelle qui servira  à « gaver » les chevreuils. Ceci permettra d’éviter une grosse pression sur les arbres à haute valeur ajoutée. Pour cela ils ont planté 4 rangs de noisetiers américains tout autour de la parcelle. Le noisetier américain a été choisi car il produit des fruits potentiellement commercialisables. C’est un arbre buissonnant qui réagit bien quand il est brouté.  Il est aussi résistant aux fortes températures négatives de la région (contrairement au noisetier européen).

Une haie brise vent de red cedar (Thuya plycata) et de peupliers a été implantée sur la partie Nord de la parcelle.

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L’un des deux rangs de Red Cedar (Thuya Plicata) de la haie

 

 

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Rang de noisetier (arbre au premier plan) avec des peupliers (arbre qui dépasse de sa protection) pour densifier la haie

Conclusion :

Dans ce projet beaucoup d’idées ont été mis en route dans le but de créer un endroit unique, qui permettra de créer de la connaissance et de la référence.  Scott Williams reste humble car ce n’est que le début de l’aventure.  Selon lui, c’est en faisant que nous apprenons. La porte du champ des possibles a été ouverte. Il nous reste maintenant à suivre les résultats au fils des années

 

Ozark Forest Mushroom : production de Shiitake sur bûches

Nicola est la propriétaire de Ozark Forest Mushroom depuis 25 ans. Avec un ouvrier elle gère toute l’année la production de champignons : shiitake  et pleurotes. Elle vend elle-même toute sa production de champignon en direct à des restaurateurs dans la ville de Saint Louis (Etat du Missouri) à 3h30 de route de sa ferme. L’exploitation est située au fin fond des forêts de la région Ozark dans le Missouri.

Production

Le principal champignon produit est le Shiitake. 18 000 bûches de bois de chêne blanc d’Amérique et de chêne rouge d’Amérique, sont utilisées comme support de culture. Selon les objectifs, les bûches sont mises en production sous serre, sous ombre artificielle ou dans une forêt de résineux.

1 Un champignon Shiitake et un sac de semence prêt à être inoculé sur des bûches

Une production de Pleurotes, dans des sacs de sciure près ensemencés vient compléter la production toute l’année. Cette production est réalisée dans une partie de la serre.  Je ne détaillerai pas cette production dans ce document.

2 Pleurotes

Quelques herbes aromatiques sont aussi produites pour compléter l’offre de production aux clients. Je ne détaillerai pas cette production dans ce document.

Cycle de production du Shiitake

Deux rotations sont réalisées :

Inoculation (hiver) => Incubation sous ombre artificielle (6-9mois) => Sous serre l’hiver (si production souhaitée)=> déplacé sous les forêts de résineux pour continuer les cycles de fructification (pendant 3-4 ans)

Ou :

Inoculation (hiver) => Incubation sous ombre artificielle (6-9mois)=> déplacé sous les forêts de résineux  pour fructification (pendant 3-4 ans)

Coupe du bois

En novembre le bois est coupé, il faut que l’arbre soit rentré en dormance. Ceci permet d’obtenir un aubier avec un maximum de sucres. Le développement des réseaux fongiques à l’intérieur du bois est alors maximal.

Inoculation

Ils inoculent environ 6000 bûches/an. Pour mener à bien cette activité pendant l’hiver, 3 personnes supplémentaires sont employées.

Ils inoculent environ 200 bûches/jours à 4 personnes. C’est environ 30 jours de travail. Selon les conditions météo ils commencent aux alentours de Noël.

Ce travail en chaine est découpé en 3 étapes, tout le matériel nécessaire est fourni par le fournisseur de semence :

                -Une personne pré-troue les bûches. Un embout spécial de 2.5 cm de profondeur avec butoir, est fixé à la place du disque d’une meuleuse

                – Deux personnes ensemencent les trous, avec un outil spécial

                -Une personne ferme les trous avec de la cire à fromage et pause les bûches dans la zone d’ombre artificielle. Le système japonais qui utilise du polystyrène pour fermer les trous n’est que très peu utilisé sur la ferme.  En effet, ce polystyrène tombe au sol au démarrage de la pousse du champignon, et ne sera jamais dégradé.

3Atelier d’inoculation

La bûche

Différents diamètres de bûches sont utilisés sur la ferme. Plus le diamètre des bûches est petit, plus la durée de vie des champignons sera courte et plus les bûches sècheront rapidement. Une attention particulière à la gestion de l’humidité est nécessaire.

Le diamètre est d’environ 7 à 15 centimètres avec une longueur de 90 cm. Les plus gros diamètres sont généralement utilisés pour la production hivernale, ceci permet quasiment de ne pas arroser les bûches de tout l’hiver.

Leur durée de vie sera de 3-4 ans. Ce qui est un peu plus court que la moyenne des producteurs. Elle le justifie par le fait qu’elle sur exploite un peu la pousse des champignons pour pouvoir avoir assez de marchandises à proposer à ses clients chaque semaine.

En effet, les rotations sont de 8 semaines entre chaque récolte. Cependant il est plutôt préconisé des périodes de repos de 10 semaines entre chaque récolte.

Nicola préfère le chêne rouge d’Amérique car il garde mieux son écorce, il est donc moins sensible aux contaminations extérieures qui peuvent supprimer la production. Le chêne rouge d’Amérique a quant à lui une écorce qui tombe ce qui le rend plus sensible à certains pathogènes.

Les bûches proviennent de ses propres forêts aux alentours de la ferme. Les bûches peuvent être issues  soit d’éclaircies de forêts, soit lors de la coupe d’un arbre ils récupèrent les branches.

Lorsque les bûches ne produisent plus, ils s’en servent pour chauffer la serre.

4L’aubier orange signifie que les mycéliums de shiitake sont encore présents

Sous ombre artificielle

 5Bûches ensemencées récemment, sous ombre artificielle

Après inoculation les bûches sont rangées sous cet espace ombragé (figure5). Des sprinklers sont présents pour gérer l’humidité des bûches.  Les bûches ne doivent jamais être exposées au soleil même l’hiver. C’est donc un espace incontournable de la production qui permet d’avoir un contrôle parfait du soleil sur les bûches toute l’année.  Lors de l’entrée en production de ces bûches une partie de celles-ci iront sous serre et une autre partie ira sous les forêts de résineux.

Sous serre

Figure 6- La serre : Sol chauffé, à gauche sous les bâches blanches les bûches fructifient, au fond les bûches sont en repos, au milieu les bacs d’eau de trempage des bûches

La production de champignons sous serre permet de produire tout l’hiver. En été, il fait trop chaud et l’humidité est trop compliquée à gérer, les bûches sont donc retirées et mises sous les arbres.  Ce sont 3 à 4 récoltes par bûches qui sont prévues durant l’hiver.

Pour stimuler la fructification il faut immerger pendant 24 heures les bûches. Généralement, ils font en même temps 8 à 10 bacs d’eau/semaine de 50 bûches chacun. Entre deux fructifications il doit y avoir un temps de repos de 8 semaines. Il est normalement préconisé un temps de repos de 10 semaines. Cependant en hiver la production est un peu ralentie. Pour pouvoir fournir à ses clients une quantité à peu près constante toute l’année, elle est obligée de réduire le temps de repos. Les mycéliums dans les bûches durent donc moins longtemps.

Sous serre la gestion de l’humidité et de la température de la serre est primordiale. Si les bûches sont trop sèches, la production diminue. Si l’air ambiant est trop humide la qualité des champignons diminue.  L’opération sous serre est plus délicate comparée à la forêt. En effet, les variations de températures et d’humidités sont beaucoup plus fréquentes avec des amplitudes conséquentes. Il faut donc être constamment très attentif à ces paramètres.

Pour retenir une certaine humidité elle utilise des bâches de maraichage blanches pour retenir l’humidité à proximité des bûches. Il faut faire attention à ce que l’air puisse bien circuler sous ces bâches.  Lorsque les bûches sont trop sèches des champignons verts ou blancs apparaissent sur le bout de la bûche.

Pour la chaleur, un chauffage au sol est utilisé. Il est alimenté par la combustion de bois (anciennes bûches de cultures ou autre) dans un four à l’extérieur.  L’installation a été en partie  subventionnée par le gouvernement.  Des couvertures isolantes argentées sont notamment utilisées pour garder/concentrer la chaleur au-dessus des bûches en fructification.

Des sprinklers sont utilisés pour humidifier les bûches. C’est notamment très important les deux jours après l’immersion des bûches de maintenir une humidité des bûches élevée.

La circulation de l’air humide ambiant est contrôlée. Des ventilateurs permettent de créer une circulation en boucle dans le bâtiment.

La manipulation des bûches est facilitée lors de la récolte grâce à l’utilisation des rails de soutien des bûches qui permet une rotation de celles-ci. L’accès à toute la bûche est donc facilité.

7Les bûches en fructification sur les rails de manipulation

La serre est divisée en trois endroits :

Le trempage. Cela dure 24 heures. Les 8 tanks à eau sont placés les uns à côté des autres. Dans ce système on amène l’eau aux bûches et non les bûches à l’eau. Ce qui est plus simple et plus facile. L’eau utilisée est de l’eau directement pompée dans une source.

La fructification (figure 7) : Les bûches sont disposées sur des rails permettant une récolte quasi-quotidienne et facilitée.

-Le repos des bûches(figure 8). Les bûches sont empilées de manière à ce que l’air puisse circuler et à proximité des sprinklers.

8Les bûches en repos

Sous arbres

9Le site de production hivernal

La forêt est l’endroit initial de production du shiitake au Japon. L’atmosphère d’une forêt de résineux est primordiale car il permet d’avoir une gestion  assez stable et constante de l’ensoleillement et l’humidité pour les bûches.

Les résineux permettent d’avoir de l’ombre sur les bûches toute l’année contrairement aux feuillus. C’est une condition indispensable pour la production.

Les bûches sont disposées  au plus près du sol, sans le toucher entièrement pour bénéficier de l’humidité au quotidien.

10Les bûches de production hivernale, près du sol. Quelques champignons sont visibles sur les bûches

Un système d’aspersion par sprinklers est nécessaire pour gérer l’humidité des bûches.

Les champignons sous forêt sont vraiment différents de forme et de gout  comparé aux champignons sous serre. Leur croissance plus lente dans un climat beaucoup plus stable fait des champignons avec des capitules plus gros et concentrés en saveur.

11Pour les japonais cette variété de Shiitake, qui de plus s’est développé sous forêt, crée un spécimen très convoité

Semences

Différentes variétés sont utilisées pour étaler la production sur l’année et fournir aux clients différents produits.

Nicola avoue qu’il est encore difficile de valoriser économiquement auprès des restaurants  les différences de qualité entre les variétés plus rares ou vraiment différentes en goût. Pour elle, le plus gros avantage c’est que certaines variétés  produisent seulement en été et d’autres seulement en hiver ce qui permet donc d’étaler la production sur l’année, tout en gardant des rendements  presque constants.

Les variétés d’été sont récoltées 3 à 4 fois/an alors que les variétés d’hiver sont récoltées plutôt 2 à 3 fois/ an. Les rendements restent cependant assez stables en fonction de l’année.

Une activité gourmande en main d’œuvre mais qui rémunère très bien le travail

Il n’y a pas de journée type sur la ferme. Selon l’époque de l’année il faut toujours s’adapter, observer, faire attentions aux détails.

Une grande partie du travail consiste à déplacer des bûches,  pour le trempage,  la mise en fructification ou repos,  la récolte etc… C’est un travail très manuel.  Il faut être organisé pour ne pas avoir à bouger trop de bûches. Mais ces mouvements sont notamment très importants car les différents chocs stimulent la fructification.

Nicola vend elle-même toute sa production à Saint Louis (3h30 de la ferme) à des restaurants. Pour compléter elle achète d’autres champignons, des huiles et herbes pour avoir une offre complète aux chefs.

Son objectif de vente de ses propres produits est de 55 boxs par semaine. En hiver elle est sur une moyenne de récolte de 45 boxes/semaine. Un boxe fait environ 6 pounds. Elle vend  9$/pound (18€/kg) livré au restaurant (à 3h30 de la ferme).

Elle confie que cette forme de commercialisation de sa production est tout un métier et prend du temps. Mais elle pense que c’est le meilleur moyen pour elle de valoriser son travail à la ferme. La vente en gros n’a pas des prix assez intéressants, il faudrait augmenter la taille de la ferme.

12 Quelques champignons récoltés durant la matinée. Chaque box contient environ 3kg de champignons

Les points clefs de la production

Pour la production de Shiitake la gestion de l’humidité et du soleil au quotidien est le plus important.  Il faut apprendre à être attentif aux détails qui permettent de ne pas avoir de conséquences négatives sur la production.

Beaucoup de travail manuel et de déplacement de bûches sont effectués. Il faut donc être organisé pour limiter les taches inutiles.

L’utilisation de différentes variétés permet d’avoir un large panel de produits tout au long de l’année.

La planification et la commercialisation directement aux restaurateurs  de sa production lui permet une valorisation maximale de ses produits.

Nicola a 25 ans d’expérience, plus de 18 000 bûches inoculées sur sa ferme. C’est un système agricole agroforestier unique. Elle est une référence dans le Mid West en terme de production de Shiitake sur bûches. Ses connaissances et ses futurs projets permettront à son entreprise de perdurer. La durabilité économique, environnementale et sociale de sa ferme sont un belle exemple pour les générations futures qu’il est possible de très bien vivre en étant  agricultrice-eur.

 

Will Glazik – Du semis direct en agriculture biologique

Will Glazik est un jeune de 26 ans, conseiller agricole. Il exploite pour lui quelques hectares en grandes cultures en agriculture biologique. Il travaille également sur la ferme de son père.

Sa ferme est en deuxième année de conversion en AB. Il y produit du blé, du soja et du maïs.

La santé de ses sols est son objectif  principal. Son père étant en agriculture biologique, il a toujours baigné et apprécié le challenge de ce mode de production. C’est donc naturellement vers l’agriculture de conservation des sols, et notamment autant que possible  du semis direct  en  bio qu’il souhaite travailler sur sa ferme.

La ferme de son père est en bio depuis 15 ans. Il exploite 400 acres (160 ha) en majorité pour l’élevage de bovins viande. Il produit des bovins croisés   Angus X Hereford, en pâturage tournant dynamique depuis un an. Les bovins engraissés sont vendus en vente directe. Sur 10% de la surface ils font du soja, du blé et du maïs.

Le contexte pédoclimatique de la région est très favorable aux grandes cultures. Les sols de la région sont les anciennes terres noires issues de prairies natives/savanes de chênes.  Les sols sont argilo-limoneux et ont 4% de M.O. Delon l’agriculteur l’eau n’est pas un facteur limitant toute l’année. La pluviométrie est aux alentours dès 1000mm/an.

Rendements espérés en bio

150 bushel/acre en Maïs = 120 qtx/ha

70 bushel/acre  en Blé  = 47qtx/ha

55-60 bushel/acre en Soja= 40.8 qtx/ha

Itinéraire en semis direct pour le soja (en agriculture biologique)

L’itinéraire technique est assez simple : Rouler au rouleau faca type « rolo crimper » le couvert, semer en direct le soja et moissonner.

Le couvert de seigle (7-10T MS/ha) est roulé au rolo-crimper  à 100% de la floraison du seigle.

L’espacement entre rang du semis est de 30 inches (76cm). Le semis est réalisé juste après le roulage.

Le soja reste très propre durant tout le cycle. Cependant en semant large il se garde la possibilité    d’intervenir avec le scalpeur si besoin.  Il n’a pas eu besoin de le faire dans les sojas semés en direct dans du seigle pour l’instant.

Il se fait sa propre semence. En conservant la meilleure partie de ses parcelles  semées en direct il souhaite arriver sur le long terme à avoir une génétique qui correspond à ses pratiques.

Il choisit toujours des variétés «  short growing  season » (cycle court)  pour le soja et maïs. Ceci lui permet de semer tôt  les couverts et ainsi d’avoir de bonnes productions de biomasses.

Pour le soja il est assez confiant dans son itinéraire en semis direct. Les résultats sont au rendez-vous.  Il n’a pas de problèmes de développement important d’adventices. La technique fonctionne très bien dans son contexte.

Itinéraire en direct pour le blé

Il sème le blé (120kg/ha) après la moisson du soja en octobre. Le blé est semé avec du « tillage radish »(radis) qui sera détruit par le gel de l’hiver. Il sème à la volée du trèfle incarnat  en mars quand le sol est gelé le matin et dégèle l’après-midi.

Il ne réalise pas de fertilisations extérieures pendant tout le cycle. Ses voisins en conventionnel ne font pratiquement pas de fertilisations non plus. Il utilise donc la même génétique que ses voisins.

Il ne fait pas d’interventions fongiques. Il espère en faisant un bon choix variétal et en améliorant la vie biologique du sol avoir un minimum de problèmes. Les problèmes  fongiques en bio dans son secteur impactent généralement 10% du rendement final. Une perte qu’il juge négligeable.

Il a observé en suivant les fermes bio que les premières années il y avait des problèmes avec les insectes mais que l’équilibre arrive au bout de 5-7 ans. Pour l’instant, il n’a pas eu de problèmes majeurs.
Il broye le trèfle incarnat généralement une fois. C’est souvent un passage en août pour contrôler les adventices d’été.
Il n’a pas de problèmes d’adventices en général sur le cycle du blé. Il a quelques chardons mais c’est une plante qu’il espère voir disparaitre avec le temps.

2 Blé-radis en directBlé semé en direct. Les feuilles de radis sont “cramées” par le froid de l’hiver. La présence de résidus de soja et du reste du couvert de seigle permettent un très bon paillage au sol.

Itinéraire technique maïs

Will Glazik cherche encore  l’itinéraire technique qui lui permettra de travailler au minimum le sol et de contrôler au mieux les adventices et d’avoir une meilleure nutrition pour le maïs.

Actuellement c’est un couvert de trèfle incarnat qui est présent  avant le maïs. Ce couvert permet d’apporter 180 pounds N/acre d’azote (180kg N/ha). Il complète avec une  fertilisation de 60 pounds N /acre de fientes de volailles sur toute la parcelle une semaine avant le semis du maïs.

Généralement il disque sur 15 cm et sème en suivant. Le semis se fait à 30 inches (76cm).

Il viendra scalper le nombre de fois nécessaires pour avoir un bon contrôle des adventices dans l’inter rang. Il cherche cependant à trouver une meilleure solution pour contrôler les adventices sur le rang.

Après la moisson il sème un seigle qui sera le couvert végétal avant un soja.

La génétique adaptée à un travail du sol léger, voir à du semis direct en agriculture biologique n’étant pas sélectionnée par les professionnels de la semence, il va devoir faire un grand travail de tri variétal pour trouver la génétique qui lui convient.

Des essais de semis direct dans le couvert de trèfle avec un scalpage en suivant pour contrôler le trèfle et les adventices n’a pas donné un résultat satisfaisant.

Gestion des adventices

Il n’a pas encore de problèmes de gestion des adventices, mais il souhaite vraiment développer ses techniques et ses connaissances, car il pense qu’il a encore beaucoup de progrès à faire.

Le changement de la flore quand les sols sont cultivés en bio sont notables. Il n’a pas une amaranthe dans ses champs alors que les voisins sont envahis. Il doit donc essayer de trouver lui-même le système qui correspond à ses attentes.

Les couverts végétaux sont son premier outil de contrôle. Il vient ajuster si nécessaire en scalpant dans la culture ou en passant les disques avant le semis de la culture ou du couvert.

Pour l’instant il ne veut pas travailler avec la vesce car dans les semences une grande partie ne germe pas la première année.  La vesce peut alors devenir une adventice l’année d’après.

4- seigle en direct avec tapis de seigle su soja direct de la dernière Seigle (pour moissonner) en direct après soja. Le couvert de seigle de l’année dernière avant soja est encore très présent et continuer à avoir un effet positif sur le contrôle des adventices.

Fertilisation

Les couverts sont les premiers fertilisants. Il utilise aussi un peu de compost et de fientes de poules.

De la chaux et du souffre sont épandues avant le maïs.

Le travail du sol

Il essaie de travailler au minimum son sol. Donc généralement il passe seulement les disques avant le maïs et quand une parcelle en a besoin. Cependant pour l’implantation du soja et du blé c’est le semis direct qui est privilégié.

Il utilise un scalpeur pour le contrôle des adventices. Il se garde le droit d’utiliser le scalpeur dans le soja si nécessaire. Pour les sojas semés en direct dans des bons couverts de seigle il n’a toujours pas eu besoin de l’utiliser.

Quelques idées pour l’avenir

Il souhaite densifier le couvert de trèfle (pour le futur maïs) à la fin août avec de l’avoine de printemps ou avec d’autres mélanges d’été, pour faire beaucoup de biomasse à l’automne. Cette biomasse sera détruite par le gel de l’hiver.  Ceci lui permettra d’avoir beaucoup de biomasse morte au sol au printemps pour mieux concurrencer les adventices. Il ne veut pas de couvert poussant au printemps avant le maïs pour pouvoir semer le maïs au 1er Mai. L’entretien des adventices sera fait au scalpeur dans le maïs autant de fois que nécessaire.

Il souhaite mettre plus de cultures dans la rotation.

Il a envie d’essayer de semer de l’avoine de printemps à la volée dans le maïs développé. Ensuite il sèmera en direct du seigle dans cette avoine, puis fera pâturer une première fois  de l’avoine à l’automne et le seigle sera présent et poussera pour un couvert hiver/printemps avant un soja. L’avoine de printemps sera contrôlée parfaitement dans l’hiver par le gel.

Le strip-till à disque va être développé pour le maïs. L’idée est de passer à l’automne et au printemps pour préparer un lit chaud pour le démarrage du maïs. Un scalpage sur toute la surface sera fait pour tuer/contrôler le trèfle. D’autres scalpages entre les rangs de maïs seront effectués pour le contrôle des adventices dans le maïs.

5 Trèfle incarnat de blé avec strip till pour le maïsTrèfle incarnat avec un passage de strip-till. Photo du 16 décembre.

L’atelier bovin viande bio de son père

Cette exploitation ce situe à 20-25 minutes de l’exploitation de Will Galzik. L’exploitation fait 400 acres (160ha) avec 10% en culture et le reste en prairies temporaires ou permanentes. Il y a 50 vaches. Au sevrage 35 veaux seront engraissés, la moitié au grain et la moitié à l’herbe jusqu’à environ 450 kg. Les animaux aux grains sont finis entre 15 et 17 mois et les animaux à l’herbe sont finis entre 18 -24 mois. Le croisement utilisé pour  l’engraissement est de l’Angus X Hereford. Tous les animaux engraissés sont vendus en vente directe.

Il y a 10% de la surface en grande culture : maïs, soja, blé. Ces parcelles rentrent en rotation avec des prairies temporaires.

Les vaches sont en extérieur toute l’année et l’hiver au foin.

Tous les mélanges prairiaux sont les mêmes : luzerne,  orchard grass (type de dactyle), fétuque et trèfle incarnat.

Les prairies temporaires sont semées  à la volée au printemps dans le blé qui finit la rotation.

L’arrivée du pâturage tournant dynamique a permis  l’extension de la période de pâturage de 2 mois dès la première année. Ils ont commencé un mois plus tôt et fini un mois plus tard que les années précédentes.  Il y a 4 rotations par parcelles dans l’année.

La fertilisation pratiquée est un compost épandu dans la prairie l’année avant le maïs.

7 - cows au foin.jpg Les vaches au foin à l’extérieur sur sol gelé. Cette parcelle sera un maïs l’année prochaine. Le chariot est déplacé tous les jours.

9-endroits pour vaches quand c'est trop humide Lorsque les sols ne sont pas portants les vaches sont nourries à cet endroit. Les bovins ont accès au bâtiment et à sa cours.

De l’agroforesterie

Un nouveau projet important va être réalisé maintenant que les clôtures, les couloirs de circulation  et le système d’abreuvage sont dans toutes les parcelles.  Des arbres (chênes et autres arbres natifs américains) seront plantés sur la ligne de clôture ne comportant pas les systèmes d’eau. Ceci correspondra à une ligne de clôture sur deux.
C’est un objectif paysager dans un premier temps et qui leur permettra d’ajouter de la biodiversité sur la ferme.

Conclusion

Le système de semis direct/travail superficiel du sol en agriculture biologique que Will Glazik met en place est assez récent. Les résultats sont assez impressionnants et incitent à se pencher plus sérieusement sur ces thématiques encore aujourd’hui peu abordées en agriculture biologique. C’est une affaire à suivre dans les années à venir.

Je me rendrai sur la ferme ce printemps ou cet été pour voir l’évolution des cultures. Je ferai surement un article pour vous montrer l’évolution des cultures.
Le site internet de la ferme de son père : http://www.cowcreekorganicfarm.com/home.html

Dennis et Becky Mc Donald – Pâturage tournant depuis plus de 30 ans

5Dennis et ses vaches

Dennis Mc Donald pratique le pâturage tournant depuis plus de 30 ans. Grâce à cette gestion de l’herbe il a pu doubler le nombre d’animaux présents sur sa ferme toute l’année en comparant à un système de pâturage continu sans gestion d’herbe. La sélection qu’il effectue depuis le début sur son cheptel lui permet d’avoir des animaux très bien adaptés au pâturage toute l’année. Les animaux sont déplacés quotidiennement de paddock en paddock au fil des saisons. Dennis fait partie des pionniers du pâturage tournant dans le nord du Missouri. Il est au quotidien à la recherche de nouvelles techniques et connaissances pour faire évoluer son système.

Gestion générale du pâturage : «  J’ai deux fois plus d’animaux sur ma ferme comparé à un système en pâturage continu »

Dennis gère sur 3 sites différents  2  troupeaux  différents de vaches avec veaux (125 et 100 vaches) pour la vente de broutards. Sur le troisième site il a le troupeau d’engraissement à l’herbe de quelques taurillons et boeufs.  Il compte environ 2.5 acres (1ha)/vache avec son veau/an. Dans son système, une personne peut faire le travail quotidien en 5 heures.

La pluviométrie est d’environ 990 mm (39inch). Les sols ont 4% de MO.

Il n’utilise pas de fertilisants depuis de nombreuses années.

Le temps de retour sur les parcelles est de 30 jours au printemps, 100 jours  en été et 120-150 jours en hiver.

La pousse de l’herbe démarre à la mi-mai et finit à la mi-octobre. Pour l’hiver il prévoit une balle de foin par vache avec son veau.  Le reste de la consommation est du stock sur pied préparé tout au long de la saison de pousse.

Les prairies sont majoritairement composées de fétuques qui possèdent l’endophyte toxique pour les ruminants. Cette graminée est très agressive car elle ne laisse que très peu de place pour les autres plantes des mélanges prairiaux. Il est donc obligé de faire pâturer cette plante. Il a aussi un peu de trèfle violet qu’il ressème tous les 2-3 ans et quelques graminées estivales endémique.

Il fait partie de l’école qui pâture l’herbe haute. C’est-à-dire 1/3 de la plante pour la vache, 1/3 de la plante pour le sol et 1/3 pour la plante. Après avoir passé de nombreuses années en pâturant bas, il a décidé de remonter la hauteur d’entrée (de 40 à 60 cm de haut)  et de sortie des paddocks (15 cm minimum). Aujourd’hui il trouve que son système est plus résilient lors des périodes de sécheresse mais aussi lors des périodes plus humides. L’eau n’est donc plus un gros problème. Il n’a plus de problèmes de portance dans ses parcelles avec une herbe plus haute. Notamment car l’augmentation de résidus au sol permet de mieux balancer les variations d’eau (en excès ou en manque). Pour lui cette variation de hauteur de « coupe »,  a permis de changer drastiquement le cycle de l’eau dans ses parcelles.

Depuis de nombreuses années Dennis n’a pas utilisé un seul fertilisant sur ses prairies.

Il pratique le strip grazing, il n’a donc pas de taille de paddock fixe. Il s’adapte en fonction de la pousse de la saison. Sa ferme est divisée en couloirs avec un fil high tensile. Puis il redivise avec une clôture temporaire en fil polywire (fil avant et arrière) pour donner la taille finale du paddock.

Sur les lignes fixes des couloirs, une ligne sur deux possède le système d’eau enterré pour alimenter l’abreuvoir. Les lignes sont placées profondément pour éviter le gel. Sur cette même ligne, il y a à distance égale un système d’attache rapide pour brancher l’abreuvoir. L’abreuvoir est déplacé à chaque changement de paddock.

Sur les lignes intérieures fixes de clôtures qui n’ont pas le système d’eau, il commence à planter des arbres pour fournir dans le futur de l’ombre et des fruits (châtaignes, glands etc..) pour ses animaux.

Il donne des minéraux à la pâture dans une auge qu’il déplace en même temps que les vaches. Il y a  principalement du sélénium, phosphore et du calcium. Le mélange est spécialement adapté  à sa ferme. Les recommandations sont issues d’un nutritionniste qui s’est basé sur les analyses chimiques de ses sols.

Concernant les taurillons, il n’arrive pas à finir rapidement ses animaux dû au champignon endophyte de la fétuque. Il n’engraisse alors que quelques bovins par an. Il finit à l’herbe les taurillons en 34 mois. Il  est en train d’essayer de l’enrubannage pendant l’hiver pour essayer de les finir en 28 mois et ainsi éviter un hiver supplémentaire.

1Le premier lot de vaches et veaux, quelques minutes après le changement de paddock

Vêlage d’automne : « Dans mon contexte j’ai de bien meilleurs résultats avec les vêlages d’automne »

Tous les vêlages sont réalisés en septembre-octobre.  Les résultats techniques de cette pratique sont bien meilleurs que les vêlages de printemps. Ces résultats sont liés à son contexte climatique et aux gros problèmes d’endophytes  dans la fétuque.

En effet, à l’automne les températures sont beaucoup plus agréables pour les vêlages. L’herbe est en qualité et quantité suffisante durant la période cruciale de 30 jours avant et 70 jours après les vêlages. A contrario lorsque cette opération avait lieu en juin, l’herbe était de qualité au démarrage, mais dès le mois de juillet, les fortes températures  d’été font chuter la qualité de l’herbe. En septembre les conditions corporelles (5) sont bien meilleures à la sortie de l’été. A la sortie de l’hiver toutes les vaches ne récupèrent pas toutes à la même vitesse.  De plus, lors de la reproduction la qualité de la semence des taureaux est bien meilleure, donc les vaches prennent plus facilement.

Le sevrage qui a lieu en juin/juillet se fait dans un environnement avec un stress minimal et des températures agréables, avec de la pousse fraiche d’herbe. Le sevrage traditionnel des veaux de printemps aurait lieu en mars, sur de l’herbe stockée sur pied depuis l’automne dernier. De la neige et  de très basses températures peuvent être encore présentes à cette période de l’année.

Pâturage pendant l’hiver : « Dans ce business tu ne peux pas te permettre de dépenser beaucoup d’argent »

6 Le deuxième lot, juste après le changement de paddock. Les vaches mangent en premier le très bon foin déroulé quelques jours avant

Le prix d’un veau sevré étant relativement bas, il faut à tout prix être économe. Il ne peut pas se permettre de dépenser beaucoup d’argent.  L’alimentation des animaux pendant l’hiver doit donc être gérée parfaitement.

Dennis fait pâturer ses animaux tout l’hiver. Il prévoit pour toute la période hivernale, une seule balle de foin (1 bale = 1200 pounds = 540kg) par vache et son veau. La majorité de l’alimentation est alors fournie par les stocks sur pied d’herbe.

Lors de ma visite en février pour son lot de 100 vaches avec veau, il prévoyait 40 pounds (18 kg)/vache+veau/jour. Les 40 pounds correspondent à 30 pounds (13kg)  pour la vache et 10 pounds (5kg) pour le veau. Cela fait une demande en alimentation pour le troupeau de 100 x 40  = 4000 pounds / jour. (1800 kg / jour)

A cette période ses paddocks font 1.5 acres  (0.6ha) ce qui correspond à un stock sur pied total de 2800 pounds (1270 kg) auquel il ajoute une balle de foin de 1200 pounds (540kg). Il fournit quotidiennement sur ce paddock 2800+1200 = 4 000 pound (1800 kg).  En sachant qu’il laisse un résiduel (herbe restante pour la future pousse) de 1000 pounds (450kg). Les besoins du troupeau (4000 pounds) et de la prairie sont alors bien respectés pour la journée.

Il prépare ses stocks sur pied dès le démarrage des premières rotations au printemps. A la fin de la pousse de l’herbe à l’automne il obtient environ 120 jours de stock sur pied. C’est en grande majorité de la fétuque. La qualité du stock sur pied est de 12-13 % de protéine et de 60% de TDN (digestibilité). Le foin qu’il donne généralement est à  9% de protéines et 50% de TDN (digestibilité). La qualité du stock sur pied est donc généralement meilleure que celle du foin.

La ration journalière maximale en foin durant l’hiver est d’environ 25 à 30 % du besoin journalier. Le reste de la consommation est du stock sur pied.  Il est très important pour la vache de ne jamais dépasser ce niveau de foin dans la ration quotidienne, car souvent la qualité du foin est inférieure à la qualité du stock sur pied.

Il juge cependant très important de garder un peu de foin en hiver car la fibre permet de produire plus de chaleur corporelle à la vache. Il lui faut donc un peu de foin tous les jours pour tenir tout au long de l’hiver. Le froid de l’hiver dans sa région peut être vraiment rude pour ses vaches.

Pendant plus de  7 ans il n’a pas produit de foin sur sa ferme. Il est plus intéressant de ramener de la fertilité sur sa ferme, et ses coûts de productions du foin  sont plus élevés que le prix auquel il peut acheter le foin.

Cependant, il reste flexible dans ses pratiques. Ce printemps 2016, il avait plus d’herbe que nécessaire. Il a donc jugé utile de faire faire son foin par l’entrepreneur sur des parcelles où il pouvait avoir du foin de très bonne qualité. Il a réussi à avoir un foin à 14-16% de protéine avec une digestibilité de 60% pour 15$/balle de foin. Il est très content d’avoir saisi cette opportunité. Ceci lui a permis de donner du foin de qualité tout l’hiver.

Les boules sont toujours déroulées sur le paddock quelques jours avant le passage des bovins.  Cette pratique permet d’éviter le piétinement des bovins à un seul endroit, de répartir la fertilité et d’éviter la concurrence sur l’alimentation entre les bovins.

4Le stock sur pied d’un futur paddock

La vache idéale «  Une vache doit s’adapter à mon management sinon je la vends »

9Une vache avec un gabarit de référence selon l’agriculteur

Pour Dennis, une vache idéale est de petit gabarit, avec un poids de 1000-1100 pounds (450-500kg).
En sortie d’hiver elles pèsent un peu moins mais elles reprennent rapidement un bon état corporel.

La génétique est très importante. Depuis le début de la mise en place de son système il a sélectionné sur les propres animaux qu’il a produit sur sa ferme. Il n’y a pas eu d’introduction de génétique de l’extérieur. Il a donc pu sélectionner les taureaux, génisses et vaches qui s’adaptaient au pâturage tournant toute l’année. Le gabarit, les taux de réussites pour des vêlages d’automne et la capacité à garder de la condition corporelle en hiver sont dans les facteurs principaux qu’il a pris en compte pour créer son propre troupeau.

Le matériel : « L’eau et les clôtures sont les éléments les plus importants de la rentabilité de ma ferme »

3Le quad prêt pour aller changer les vaches de paddock

Selon lui, l’eau et les clôtures sont les éléments les plus importants de sa ferme. Ces deux éléments permettent notamment d’avoir plus d’animaux pour une même surface et de pouvoir pâturer toute l’année de l’herbe.

Pour sa ferme, ce sont les deux éléments où le retour sur investissement est le plus intéressant.

Le système d’eau est enterré profondément pour éviter tout gel pendant l’hiver. A intervalle régulier, il y a un raccord rapide au circuit d’eau pour l’abreuvoir.  Il base chaque nouveau paddock en fonction d’un point de branchement. En quelques secondes l’abreuvoir est branché au réseau, même pendant les longs mois d’hiver aux températures négatives. L’abreuvoir est déplacé à chaque changement de paddock.

Les clôtures sont en high tensil, un fil et les redécoupages de paddock sont fait avec du polywire. Le tour de la ferme est en grillage à mouton.

Il possède un tracteur qui lui permet de dérouler les balles de foin dans les parcelles. Il possède un pick-up dans lequel il met le quad pour aller sur un des trois sites. Il a aussi quelques remorques et bétaillères.

7Le quad tire l’abreuvoir qui est transporté dans le bac à minéraux

Conclusion

Dennis a aujourd’hui de très bons résultats techniques et économiques. Après 30 ans de travail sur la gestion du pâturage il a aujourd’hui un système qui lui permet de fournir quotidiennement à ses quelques 500 têtes de l’herbe en quantité et en qualité. La gestion des coûts d’alimentation en hiver avec des vêlages à l’automne est depuis plusieurs années une réussite sur sa ferme. Avec son système de clôtures et d’abreuvement il peut faire évoluer efficacement ses vaches férues d’herbe.  L’éleveur  a une très grande expérience derrière lui. La volonté de faire évoluer au quotidien son système est palpable, un bel exemple à suivre.

27 février 2017 – Missouri

Bill Stouffer – Agroforesterie en grand culture

Bill Stouffer est un ancien céréalier (soja-maïs en semis direct), éleveur et haut élu public.  Aujourd’hui il possède une ferme de 123 acres  (50ha) dont  70 acres (28 ha) sont actuellement en agroforesterie.  Il a principalement des châtaigniers pour produire de la châtaigne avec des cultures intercalaires et un peu de sureau pour la production de fruits.

« L’agroforesterie va dans la continuité de ce que je faisais avant avec les grandes cultures, j’essaie de récolter le maximum de soleil tout au long de l’année. »

1 Les châtaigniers et le blé en février

Châtaigniers

L’objectif principal de cette association arbre fruitier X culture est de produire de la châtaigne. Les cultures permettent de produire plus par unité de surface tant que les houppiers des arbres ne se touchent pas.

Plantation

Bill a choisi de planter du châtaignier chinois (Castanea mollissima?) . Ce châtaignier est résistant aux maladies, insectes et résiste aux températures très basses de cette région des Etats-Unis. Les variétés plantées sont : Ching  pour son très bon rendement, Peach pour la qualité visuelle de ses fruits, Core, Gédian et Sleeping giant.

L’espacement entre les arbres est de 20 pieds X 30 pieds (6 mètres X 9 mètres). Soit 70 arbres/acre (environ 185 arbres/ha). Il a choisi de planter plus dense que les recommandations normales. Dans quelques années, car les houppiers se toucheront, il souhaite couper un arbre sur deux pour retourner à la densité normale. Cette technique lui permet de produire plus de châtaignes dans les premières années où les arbres ne s’expriment pas complètement.

Les arbres sont plantés en quinconce et orientés nord-sud.

Avant la plantation il passe un chisel sur 60 cm de large. Puis il plante à la main au printemps.

Depuis le début il y a 7 ans, des nouveaux rangs de châtaigniers sont plantés, chaque année dans la continuité des plantations des années passées.

Protection

La protection au pied de l’arbre contre les mauvaises herbes est assurée principalement par la paille du blé.

Il essaie de nouvelles protections au sol car la paille de blé demande un peu trop de travail pour la gestion de l’enherbement. Il s’est alors orienté vers la bâche tissée. Le contrôle des adventices est très bon et l’humidité peu circuler tout au long de l’année. Cependant, l’avoir sur toute la ligne d’arbres coûte très cher. Dans le futur il pense poser seulement des carrés de toile tissée au pied de l’arbre.

La protection des arbres contre les chevreuils a dans un premier temps été assurée par des cages métalliques individuelles. Cependant, ces cages ont tendance à trop se salir en adventices, l’intervention sur l’arbre comme l’élagage étant trop complexe il a souhaité trouver une autre solution.  Il a donc installé des grillages de 3 mètres de haut tout autour de la parcelle. Ce dispositif est efficace.

Un tube en fer a été installé à chaque arbre pour qu’ils soient plus résistants au vent.

2Un châtaignier de 7 ans avec un tube en fer pour le soutenir et l’irrigation au pied de l’arbre

Irrigation

La totalité des châtaigniers et sureaux sont irrigués. Il utilise une irrigation au goutte à goutte au pied de chaque arbre.

L’eau provient d’un lac collinaire qu’il a créé au démarrage du projet. La totalité de cette eau d’irrigation est de l’eau récupérée lors des pluies.

Il utilise ce système aussi pour fertiliser. Il ferti-irrigue généralement 23 pound  N/acre (23kg N/ha) au débourrement des bourgeons et à la floraison.

Le nombre de tours d’eau varie énormément en fonction des années, il s’adapte en fonction du comportement des arbres. Il fait en sorte de ne jamais avoir de stress hydrique pour les arbres.

Récolte

Bill espère récolter 50 pounds à 70 pounds (23-32kg)/ arbre. Pour 70 arbre/acre (150 arbre/ha) la récolte espérée est donc de 4.5 à 6T/ha. La récolte devient satisfaisante à partir de la quatrième année.

Pour l’instant la récolte est assurée intégralement à la main. A l’aide d’un petit rouleau récolteur au bout d’un manche. Il  est encore physiquement capable d’assurer seul la récolte à la main. De plus les arbres ne s’expriment pas encore complètement. La récolte lui prend environ 6 semaines dans l’année.

Cependant, un investissement dans une récolteuse est à prévoir car il ne pense pas pouvoir assurer cela avec des grosses quantités de châtaignes. A ce moment-là, il ne sera plus possible de faire du blé car la paille viendra bourrer la récolteuse. Selon lui, la qualité de la châtaigne récoltée à la main est bien meilleure que celle récoltée à la machine.

Après la récolte il trie manuellement les châtaignes (une machine va être utilisée pour la saison prochaine). En suivant, il lave, stérilise les fruits et les met directement au frigo à 30°F (-1°C).

Vente

Il vend actuellement les fruits en direct aux consommateurs.  Le prix est de 4,5$/pound  (environ 9$/kg et 1$=1€). Aujourd’hui la demande, notamment de la communauté asiatique, est très forte pour la châtaigne entière.

Le prix de vente est largement au-dessus de ce qu’il avait prévu dans ses calculs financiers avant l’investissement. Il sait qu’il peut descendre jusqu’à 2.5$/pound (5$/kg) et continuer à gagner de l’argent.
Il pense que le prix de vente va diminuer quand sa production va augmenter. Cependant il reste très confiant quant à la rentabilité de son investissement.

Il vend également des greffons à 75cts par brin. L’intervention est assez simple. Il coupe au sécateur une pousse de l’année et vend cette pousse.

Du blé comme culture intercalaire

Lors de la première culture en 2009 il avait fait de la citrouille en semis direct. L’année suivante il avait fait du maïs consommation, cependant il avait été totalement détruit par la faune sauvage.

Ainsi, depuis 5 ans il fait du blé sur blé. Les rendements restent stables et semblables aux moyennes de la région (70 bu/acre, soit 55qtx/ha) malgré cette rotation normalement déconseillée.

Le blé est économiquement intéressant et la vente d’autres cultures d’hiver est complexe dans la région.

Le blé est un très bon compagnon du châtaignier. En effet, le blé permet de gérer les excès d’humidité de l’hiver. Il est récolté lorsque l’arbre commence à avoir des demandes importantes en eau. La paille produite par le blé est réutilisée pour gérer l’enherbement au pied de l’arbre.

Le blé est semé en direct à l’aide d’un semoir de 3mètres. Le pulvérisateur fait la taille de l’inter rangs.

Le blé est fertilisé, désherbé, et deux fongicides sont faits.

6Blé et châtaignier, une association très positive

Sureaux

Depuis 2-3 ans il produit aussi du sureau pour le fruit sur 5 acres (2ha). Il vend la totalité de sa production à un groupe de producteurs qui ensuite transforme cette marchandise.

3Sureau détruit au broyeur à gauche et non détruit à droite

Plantation

Il a planté 4 cultivars américains. Sur ces cultivars américains le fruit est produit sur la pousse de l’année. Les cultivars sont : Ranch, Bob girdon, Wylde Wood et  Adams.

Il gère l’enherbement sur le rang avec une bâche plastique noire.  L’entretien de l’inter rang sera fait au broyeur.

Il avait commencé par planter  les cultivars avec des racines mais  le taux de reprise n’était pas aussi satisfaisant que les bouturages. Il ne réalise à présent que des bouturages.

Irrigation et fertilisation

L’irrigation au goutte à goutte est placée en dessous de la bâche plastique. Il fait aussi de la ferti-irrigation.

Il met en début de saison environ 1 pound (500 grammes) de 10-10-10 au pied de chaque individu.

Santé de la plante

Les sureaux ne sont pas impactés par des maladies fongiques.

Cependant un mouche qui impacte très fortement les rendements est systématiquement présente.  Il passe donc toutes les 2 semaines  avec un insecticide de début juillet (début formation du fruit) jusqu’à la récolte.

A cause de ce parasite, il est très difficile de conduire cette culture en agriculture biologique.

Récolte et vente

4 Séparatrice des ombelles et des fruits

La récolte manuelle est faite en 6 semaines avec généralement une seule personne.

Après la récolte il passe le broyeur à fléaux pour détruire la pousse de l’année qui ne sera plus productrice de fruits.

Il récolte actuellement 3000 pounds pour 5 acres (1400 kg/2ha).  Le rendement attendu lors de la pleine production est de 5000 pounds/ 5 acres (2300 kg/2ha).

Le prix de vente est de 2$/pound (4$/kg).

Il utilise une machine qui permet de séparer les ombelles des fruits.  En suivant il lave, met en sachet et congèle les fruits.

Il est extrêmement satisfait de cette production.

5Laboratoire de triage, lavage et conservation du sureau et de la châtaigne

Conclusion

La châtaigne est la production principale. Le sureau et la châtaigne  doivent être gérés précisément en terme d’irrigation, de l’azote et des adventices. Il possède une marge de manœuvre très intéressante pour continuer à être rentable.  Bill Stouffer et sa femme son très satisfaits de cet investissement pour eux, leurs enfants et petits-enfants.

Circle B-Ranch -Porc plein air naisseur/engraisseur – Missouri

1Figure 1 – John Backes, Circle B -Ranch

Présentation générale de la ferme

Marina et John Backes sont à la tête du Circle B Ranch. C’est une ferme porcine naisseur/engraisseur de 34 truies sur 200 acres (80ha). Les porcs sont sur pâtures ou dans les bois toute l’année.

Depuis le début de la ferme en 2009 tous les porcs produits sont vendus en direct au détail ou en cagette à des restaurants, magasins de producteurs ou sur le marché dans la ville de Saint Louis, Missouri à 3h30 de la ferme. La viande est labellisée « Animal Wealthfare Approved ». Ils ne sont pas labellisés agriculture biologique.
Ils vendent eux même toute leur production transformée pour aller chercher un maximum de valeur ajoutée.

Objectifs techniques

Il souhaite atteindre des porcs à 250 pounds (125kg) poids vif en 7-8 mois. Pour certaines commandes de restaurants il finit certains porcs à 150 kg.

Il sèvre généralement 8 porcelets par truie à 6-8 semaines (40-45 pounds soit 20/22 kg). La castration des mâles a lieu à 7 jours pour avoir un animal jeune ce qui permet de réduire le traumatisme.

Toute la reproduction est assurée par deux verras. La mise à la reproduction de la truie  est réalisée si seulement un bon  état corporel est atteint. Il y a certaines truies avec des temps de retour plus longs que la moyenne. Il y a donc généralement 2 portées /truie/an.

Génétique

John utilise trois races : Berkshire, Red Wattle et Duroc.

La race Berkshire a de très bonnes capacités au pâturage/valorisation de l’herbe en viande. La viande a une couleur plus rouge qui tend à ressembler à la viande bovine. Cependant cette race a des pièces de poitrines (pour le bacon) plus courtes. Cette partie de viande est pourtant très bien valorisée économiquement.

La race Red wattle est un peu moins bonne à la pâture cependant sa rusticité et ses poitrines plus longues sont très convoitées. La qualité de la viande est aussi très bonne.

Le  croisement Berkshire X Red Wattle qu’il pratique souvent est très intéressant. Il permet de garder les aptitudes pâturage du Berkshire tout en ayant une viande avec des poitrines plus longues et une qualité de viande, plus persillée et rouge.

La race Duroc qui a une croissance plus rapide permet de finir des porcs en 6 mois. La rusticité et la qualité de viande restent intéressantes pour la vente directe des produits de porcs plein air intégral.

Ces trois races produisent des porcs un peu plus gras que ceux produits en bâtiments. Une réaction  normale pour des animaux étant à l’extérieure toute leur vie. Les animaux produit l’hiver sont plus gras que ceux produit le reste de la saison. Ce gras est un isolant pour les animaux.  Le caractère rustique de ces races permet de produire de la viande de qualité tout en gardant un réel intérêt économique.

2Figure 2-John et ses porcs. Différentes génétiques utilisées, un beau mélange de couleur.

Alimentation

Concernant l’alimentation, un choix assez simple a été réalisé.
Pour les porcelets, les porcs à l’engraissement ou les truies, l’alimentation est la même pour tout le monde.

C’est une alimentation à base de maïs/soja/minéraux avec 16 % de protéine.  Il a essayé différentes alimentation au cours des dernières années pour les différentes étapes physiologiques.  Mais celle qui correspond le mieux à ses attentes est une alimentation avec 16% de protéines.

La consommation moyenne sur un cycle d’engraissement est de 3 pounds (soit 1.5kg)/jour.

L’alimentation est distribuée au sol directement,  sans mangeoires, toujours au même endroit. Pour lui le fait d’épandre la nourriture au sol permet au porc d’aller au sol chercher des minéraux.  Il pense avoir très peu de pertes d’alimentation par souillage ou piétinement.

Il rajoute à cela une balle de foin (de prairie permanente achetée à un éleveur voisin) toutes les 3 semaines pour 20 cochons. Selon lui la consommation de foin peut être de 50% de la ration l’hiver et 25 % l’été. Il utilise entre 50-60 balles de foin par an.

La luzerne est une base hyper importante si on souhaite rétablir des animaux ou même en temps qu’alimentation pour l’engraissement.  Dans son secteur il est assez difficile de s’en fournir facilement. Il s’en sert donc seulement si cela est nécessaire pour aider un animal malade à reprendre plus rapidement.

Il déparasite plusieurs fois par an tous les animaux.  C’est une étape importante à ne surtout pas laisser de côté.

3Figure 3-Le foin une part importante de la ration. Source : http://www.circlebranchpork.com

Environnement de la ferme

Il a divisé sa ferme en parcelles de 2 acres (0.8ha) pour 20 cochons. Il change de parcelle tous les 3-4 mois. Les parcelles sont soit des pâtures, soit des bois.

Les cochons n’ont pas de boucle au nez pour les empêcher de gratter. C’est un choix personnel qui est valorisé par sa labellisation « Animal Wealfare Approved ». Pendant quatre mois, les animaux grattent, cherchent de la racine, dans la prairie, elle est donc abimée.  Après chaque sortie des parcelles il passe légèrement un  cultivateur et ressème une prairie à la volée par-dessus (fétuque, trèfle, un autre légumineuse et du seigle). Une parcelle met environ 3 mois pour être à nouveau pâturable.

Les parcelles dans les bois sont essentielles selon lui.  Elles sont utiles pour le bien-être et le climat constant lors des fortes températures en été comme en hiver.  En été lorsque les températures dépassent 85°F (30°C) il leur faut absolument de l’ombre.

Les arbres sont aussi à l’automne une très grande source d’alimentation. A l’automne il ne nourrit pratiquement pas ses cochons car ils trouvent facilement de quoi s’alimenter. Lorsqu’il vient apporter de l’aliment les cochons ne viennent même pas et ne mangent pas l’alimentation commerciale, ils préfèrent les glands, noix et racines fournies par les arbres. Les performances animales sont évidemment au rendez-vous.

Les arbres sont très utiles pour apporter un environnement favorable pour les truies gestantes toute au long de l’année. La présence d’un ruisseau en contre bas vient notamment améliorer l’atmosphère ambiente.

Les animaux ne détruisent pas tous les arbres qui ont diamètre supérieure à 5-10 cm.

Il est difficile de trouver des parcelles plates sur sa ferme. Pour lui c’est un très grand atout car cela permet de ne pas avoir d’eau stagnante.

4Figure 4-Les truies et le verra dans une sylvopâture

Des cabanes individuelles pour la mise bas

Il utilise des cabanes individuelles pour les truies de la mise bas jusqu’au sevrage. Ces cabanes sont isolées à l’intérieure contre le froid.
Une cabane collective par parcelle est aussi posée pour les porcelets. Elle permet de protéger du vent, de la pluie ou du soleil. Certains porcelets dorment aussi à l’extérieure, même en hiver.

La balle de foin est disposée à côté de la cabane. Les porcs s’alimentent de foin mais s’en servent  aussi pour se faire un matelas.

5Figure 5-Cabane où la truie a mis bas, les porcelets sont actuellement à l’intérieur de cette cabane

Deux fils électriques

Deux fils électriques suffisent pour tenir les animaux à l’intérieur de la parcelle. Cependant il faut que les animaux aient suffisamment d’eau et d’aliment pour les tenir à l’intérieur.

Il utilise dans certaines parcelles et pour le tour de la ferme un grillage d’environ 1m de haut.

John avoue facilement que pour un verra, une truie ou un porc de 125 kg ce n’est pas compliqué de passer à travers deux fils électriques. Mais pour lui, les porcs sont assez intelligents pour rester à l’intérieur de ce périmètre si le confort, l’alimentation et l’eau sont suffisants.

6Figure 6-Un verra, deux fils électriques suffisent pour le tenir

Vente

Il vend entre 8 et 10 cochons par semaine à 2.5$/pound (5$/kg).
Pour un porc engraissé il pense être aux alentours de 125$/porc en frais d’alimentation.

Pour lui la vente est l’étape la plus cruciale de sa production.  Il pense que tous les agriculteurs peuvent être techniquement très bons mais si le produit est mal vendu tous les efforts fournis ne servent à rien. Il faut aller chercher l’argent où elle se situe. C’est l’étape qui permet la meilleure valorisation économique de son travail.

7Figure 7.Quelques-uns de leurs produits. Source : http://www.circlebranchpork.com

Les trois composantes : Génétique – Alimentation – Environnement

Circle B Ranch a développé sa réflexion et sa ferme sur les trois axes suivants : une alimentation à base Maïs/Soja/Minéraux en farine avec 16 % de protéines pour tous les animaux. Une génétique qui permet d’avoir une valorisation optimale de l’herbe et une qualité de viande qui permet d’avoir un produit fini authentique. Un environnement qui permet aux animaux d’avoir assez d’espace, d’herbe et de bois pour un confort et une valorisation optimale à bas coût des différentes composantes de l’environnement .

Visite le 07 janvier 2017

Sylvain

 

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Le premier outil de l’agriculteur moderne : les groupes de travail

« Le quotidien n’est pas valeur de créativité, il faut donc s’ouvrir au monde ».

Comment un agriculteur peut-il avancer et évoluer au quotidien ? Pour la plus part des agriculteurs que j’ai rencontré, les plus innovants et les plus pragmatiques pour leur avenir évoluent dans des groupes de travail. Les multiples rencontres annuelles permettent la construction en groupe d’objectifs et de connaissances utilisables directement sur sa ferme. Le sérieux et la qualité de ces réunions renforce les décisions de chacun sur sa ferme.

Je souhaite illustrer mes propos en comparant mes expériences entre la Roumanie et l’Argentine. Ces deux pays ont des histoires, des contextes pédo-climatiques et des organisations très différentes. Le développement de nouvelles pratiques agricoles reste très complexe même de nos jours. Cependant, deux agriculteurs de ces deux pays ont tiré le même constat pour le développement du semis direct (SD) sur leur ferme. Sans les groupes de travail ils ne peuvent pas développer la technique.

Le premier agriculteur est installé près de Constantza en Roumanie sur 1 000 ha, dans les très belles terres noires et profondes d’Europe de l’Est. Il a décidé en 2012 de semer une grande partie de ses céréales en SD. Les résultats technico-économiques de la première année ne sont pas à la hauteur de ses attentes.  Les années d’après il n’a pas souhaité retenter l’aventure. Il croit en cette pratique mais sans soutien technique et morale il est difficilement envisageable de continuer à développer cette technique. Il n’a aucun repère auquel il peut se fier car personne dans sa région ne pratique le SD. Il a été tout simplement tout seul, avec un outil complexe entre les mains. C’est une situation difficile à surmonter. Il aurait souhaité pouvoir travailler avec d’autres agriculteurs pour développer la technique, mais c’est impossible. Dans sa région les groupes de travail sont quasiment inexistants. Les agriculteurs voisins et techniciens ne sont pas intéressés par cette technique. Il est très complexe d’avancer sereinement sur le plan technique sans impacter négativement le côté économique dans le contexte actuel, sans repères, ni soutiens.

L’agriculteur Argentin est installé dans de très belles terres noires de l’Ouest de Buenos Aires/Nord de La Pampa en Argentine. Il fait du semis direct sur 1 000 ha depuis plus de 20 ans et a intégré les couverts végétaux sur la totalité de sa ferme depuis plus de 5 ans. Pour lui, une des raisons majeures pour laquelle il a pu en arriver là, c’est grâce aux groupes de travail.  Il fait partie depuis 20 ans des premiers groupes d’agriculteurs CREA qui ont été créé en s’inspirant du modèle français des CETA. Pendant toutes ces années, ils se sont rencontrés plusieurs fois par an,  entre plusieurs familles d’agriculteurs d’une même zone pour échanger sur les résultats techniques  et économiques des fermes de chacun. Ils ont entre autres élaboré et fait évoluer les itinéraires techniques en SD pour qu’ils correspondent précisément aux caractéristiques de leur zone : contexte pédo-climatique, économique et technologique (variétés, herbicides, semoirs etc.).  Ils ont échangé et travaillé sur les résultats de chaque agriculteur du groupe. Ceci a permis à la plus part des agriculteurs d’avancer sereinement économiquement  tout en innovant techniquement. Tous les agriculteurs du groupe pratique le SD depuis de nombreuses années. Aujourd’hui le travail et l’innovation continue pour assurer la pérennisation du travail de chacun. L’agriculteur assure qu’il ne serait jamais arrivé au niveau où il en est s’il avait dû le faire tout seul.

Ces deux exemples montrent que le groupe est un outil très puissant pour l’agriculteur pour se dépasser, tout en ayant des repères dans un futur plus ou moins flou. Le groupes de travail est un excellent moyen pour évoluer techniquement et économiquement sur son exploitation. C’est un outil « universelle ». Il peut être utilisé quel que soit le type de production, de pratique,  il dure dans le temps, s’adapte aux changements, aux crises, mais aussi permet de garder le morale et la volonté d’avancer au quotidien.

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(En France, dans cette vidéo François Coutant, Agriculteur du Gers, explique comment il a pu arriver à son objectif de faire du semis direct en bio, notamment grâce aux groupes de travail : https://www.youtube.com/watch?v=CQffBqJ4LiM

En Argentine Francisco Iguerabide, Agriculteur et président du groupes de travail AACREA parle très bien de ces nouvelles perspectives : https://www.youtube.com/watch?v=cndYaP0BVwI  )