Le premier outil de l’agriculteur moderne : les groupes de travail

« Le quotidien n’est pas valeur de créativité, il faut donc s’ouvrir au monde ».

Comment un agriculteur peut-il avancer et évoluer au quotidien ? Pour la plus part des agriculteurs que j’ai rencontré, les plus innovants et les plus pragmatiques pour leur avenir évoluent dans des groupes de travail. Les multiples rencontres annuelles permettent la construction en groupe d’objectifs et de connaissances utilisables directement sur sa ferme. Le sérieux et la qualité de ces réunions renforce les décisions de chacun sur sa ferme.

Je souhaite illustrer mes propos en comparant mes expériences entre la Roumanie et l’Argentine. Ces deux pays ont des histoires, des contextes pédo-climatiques et des organisations très différentes. Le développement de nouvelles pratiques agricoles reste très complexe même de nos jours. Cependant, deux agriculteurs de ces deux pays ont tiré le même constat pour le développement du semis direct (SD) sur leur ferme. Sans les groupes de travail ils ne peuvent pas développer la technique.

Le premier agriculteur est installé près de Constantza en Roumanie sur 1 000 ha, dans les très belles terres noires et profondes d’Europe de l’Est. Il a décidé en 2012 de semer une grande partie de ses céréales en SD. Les résultats technico-économiques de la première année ne sont pas à la hauteur de ses attentes.  Les années d’après il n’a pas souhaité retenter l’aventure. Il croit en cette pratique mais sans soutien technique et morale il est difficilement envisageable de continuer à développer cette technique. Il n’a aucun repère auquel il peut se fier car personne dans sa région ne pratique le SD. Il a été tout simplement tout seul, avec un outil complexe entre les mains. C’est une situation difficile à surmonter. Il aurait souhaité pouvoir travailler avec d’autres agriculteurs pour développer la technique, mais c’est impossible. Dans sa région les groupes de travail sont quasiment inexistants. Les agriculteurs voisins et techniciens ne sont pas intéressés par cette technique. Il est très complexe d’avancer sereinement sur le plan technique sans impacter négativement le côté économique dans le contexte actuel, sans repères, ni soutiens.

L’agriculteur Argentin est installé dans de très belles terres noires de l’Ouest de Buenos Aires/Nord de La Pampa en Argentine. Il fait du semis direct sur 1 000 ha depuis plus de 20 ans et a intégré les couverts végétaux sur la totalité de sa ferme depuis plus de 5 ans. Pour lui, une des raisons majeures pour laquelle il a pu en arriver là, c’est grâce aux groupes de travail.  Il fait partie depuis 20 ans des premiers groupes d’agriculteurs CREA qui ont été créé en s’inspirant du modèle français des CETA. Pendant toutes ces années, ils se sont rencontrés plusieurs fois par an,  entre plusieurs familles d’agriculteurs d’une même zone pour échanger sur les résultats techniques  et économiques des fermes de chacun. Ils ont entre autres élaboré et fait évoluer les itinéraires techniques en SD pour qu’ils correspondent précisément aux caractéristiques de leur zone : contexte pédo-climatique, économique et technologique (variétés, herbicides, semoirs etc.).  Ils ont échangé et travaillé sur les résultats de chaque agriculteur du groupe. Ceci a permis à la plus part des agriculteurs d’avancer sereinement économiquement  tout en innovant techniquement. Tous les agriculteurs du groupe pratique le SD depuis de nombreuses années. Aujourd’hui le travail et l’innovation continue pour assurer la pérennisation du travail de chacun. L’agriculteur assure qu’il ne serait jamais arrivé au niveau où il en est s’il avait dû le faire tout seul.

Ces deux exemples montrent que le groupe est un outil très puissant pour l’agriculteur pour se dépasser, tout en ayant des repères dans un futur plus ou moins flou. Le groupes de travail est un excellent moyen pour évoluer techniquement et économiquement sur son exploitation. C’est un outil « universelle ». Il peut être utilisé quel que soit le type de production, de pratique,  il dure dans le temps, s’adapte aux changements, aux crises, mais aussi permet de garder le morale et la volonté d’avancer au quotidien.

—————————————————————————

(En France, dans cette vidéo François Coutant, Agriculteur du Gers, explique comment il a pu arriver à son objectif de faire du semis direct en bio, notamment grâce aux groupes de travail : https://www.youtube.com/watch?v=CQffBqJ4LiM

En Argentine Francisco Iguerabide, Agriculteur et président du groupes de travail AACREA parle très bien de ces nouvelles perspectives : https://www.youtube.com/watch?v=cndYaP0BVwI  )