Jason Mauck – Du soja en culture relais dans du blé

Jason Mauck finit plusieurs dizaines de milliers de porcs par an. Il fait aussi du Maïs, Soja, Blé sur sa ferme dans l’Indiana.

L’abondance  en lisier permet de baser son système de grande culture autour de ce type de fertilisant. Jason réfléchit énormément sur l’optimisation du l’utilisation de  cette ressource. Depuis trois ans il réfléchit à une utilisation maximale de ses parcelles en combinant des blés d’hiver à haut rendement avec une culture relais de soja. Soit deux récoltes en un an.

Blé : maximiser la photosynthèse

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L’effet buissonnant sur le blé est recherché pour optimiser la photosynthèse du blé…mais aussi du soja

Dans sa parcelle expérimentale,  il a d’abord appliqué 6000 gallons/acre (68 mètre cubes/ha) de lisier et des pellets de chaux. En suivant, il réalise un léger travail du sol et implante  au semoir à céréales son blé.

Pour pouvoir laisser de la lumière au soja au printemps il a bouché une partie des descentes du semoir de blé. Il sème 2 rangs à 7.5’’ (19 cm) puis bouche 4 descentes soit un espacement de  30’’ (76.2cm) puis semés 2 rangs et ainsi de suite. Le nombre de grain/m² a été réduit.

A la même période de semis Il a semé à la volée en plein du radis fourrager. Ce radis sera sera détruit par le gel pendant l’hiver.

L’espace libéré permet un tallage maximal du blé pouvant atteindre 60 talles/pied. Un régulateur est utilisé pour former des talles plus droites et résistantes. Ceci permet aussi de laisser plus de lumière au futur soja.

La photosynthèse est également favorisée par rapport au semis à 7.5’’, car dans ce cas la plante ne capte pas seulement la lumière par le dessus du rang mais également par les côtés. La forme arrondie des rangs présente en effet une surface d’absorption plus grande qu’un semis conventionnel.

La compétition au sein du peuplement est plus faible et la présence du lisier accélère le développement de la culture dès l’automne. Pour ne pas que cette dernière n’atteigne un stade trop avancé avant les premiers froids, le semis est plus tardif qu’à l’ordinaire.

L’air circule davantage dans les rangs, la culture est plus saine selon Jason.

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Le radis et le blé en entrée d’hiver (photo : Jason-Mauck)

Implantation du soja dans le blé

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Le soja est semé à la perpendiculaire des rangs de blé

Afin de couvrir l’entre-rang, un soja a été semé à 15’’ (38 cm) perpendiculairement au rang de blé. L’objectif étant de limiter les zones de compaction en ne repassant pas sur les traces du semis de blé. Cette étape n’impacte que très faiblement le blé qui s’est relevé par la suite. Début mai, les passages de roues n’étaient quasiment plus visibles.

Le semis de soja doit donc se faire plus tôt qu’une implantation normale, de sorte que le blé ne soit pas endommagé par le passage des machines. Le semis précoce donne aussi une chance au soja pour qu’il se développe plutôt avant que le blé devienne très agressif. Alors que les semis étaient en cours dans la région, le soja était déjà au stade 2/3 feuilles début mai ce qui lui permet de rester compétitif.

Seules les plantes de soja situées au centre de l’inter-rang sont viables, ce qui représente une perte non négligeable de grain. Cependant, avec la fertilisation apportée et l’effet buissonnant du soja, il espère que la plante compense en rendement.

Des rendements espérés au-dessus de sa moyenne de ferme en blé (100 bu/acre (6.7T/ha) en blé et 50bu/acre (3,3T/ha) pour le soja associé) et des coûts d’implantation passés de 275$ (275€) à 150$  (150€)font espérer à Jason une marge de $1000/acre (soit 2000€/ha).

Conclusion

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Le blé en interseeding (à droite) est plus sain que le blé semé à espacement normal (à gauche)

Jason est plein d’idées et d’énergie qui le conduisent à mener différentes expérimentations pour mettre à profit les ressources de son exploitation dans une rotation blé/maïs/soja.

L’essai décrit ci-dessus démontre pour lui l’importance de l’espacement entre plantes sur la vigueur, le développement et in fine le rendement de la culture. Il est convaincu qu’il est possible de gagner en rentabilité en jouant sur la densité de semis et nombre de talles par plantes et la réalisation d’une double culture en optimisant l’utilisation de la lumière.

Le système n’en est qu’à ses balbutiements mais Jason Mauck est très satisfait de cette nouvelle piste de recherche. Il compte apporter de nombreuses améliorations via notamment un meilleur contrôle des déplacements des engins sur la parcelle (control trafic farming) ou encore l’exploration de nouvelles variétés plus adaptées à ce type de conduite.

Jason Mauck est très présent sur twitter, vous pouvez le suivre l’évolution de la culture sur @jasonmauck1

Affaire à suivre !

Dale Strickler – Pâturage tournant et utilisation de graminées estivales à fort potentiel

Dale Strickler est un double actif,  il est plein temps commercial de semences de couverts et  gère en parallèle un troupeau de Black Angus dans le nord du Kansas. Ses 60 vaches sont déplacées au quotidien et toute l’année sur de nouveaux paddocks sur les 150 acres (60ha) de pâtures  et de couverts végétaux. Tous les veaux sont vendus après le sevrage. Il estime à 15-20 minutes de travail par jour. Éventuellement, le week-end il travaille plus lorsqu’il doit semer les couverts ou dérouler du foin.

Dale a limité ses investissements. Sur ses terres il a investi dans des clôtures électrifiées, un tracteur, un semoir direct et un pulvérisateur (reconditionné après une récupération en décharge).  Les animaux sont dehors toute l’année, il n’a pas de bâtiments pour son troupeau.

C’est un système  très limité en investissement mais très intense en gestion.

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Le troupeau dans un prairie d’automne/printemps composée de brômes, fétuques, trèfles etc…

 

 

Gama Grass

Dale est passionné par une de ses graminées estivales : Eastern Gama grass  (Tripsacum dactyloides). Cette plante est une graminée estivale, originaire des États-Unis. C’est une graminée estivale pérenne en C4.

Dans ses parcelles, l’agriculteur espère des productions de biomasse d’environ  16 000lbs MS/acre (16T MS/ha). Comme toute graminée estivale en C4, la plante possède une grande quantité d’énergie  et de fibre dans ses feuilles. Il y a environ 12-14% de protéines.

En mélange prairial, l’agriculteur espère des GMQ qui peuvent atteindre les 3lbs/jour/tête soit 1,5kg de viande/jour/tête. La Gamma Grass est mélangée  avec différents trèfles (T incarnat, T blanc, T Landino etc..),  de la luzerne, de la chicorée et un peu de plantain à certains endroits.

Le système racinaire de cette graminée estivale est très intéressant. Dans les zones compactées et anaérobiques la plante réussit à se développer. En effet, par le biais de canaux spécifiques les racines apportent elles même l’oxygène nécessaire au développement de la racine.  Dans ses parcelles Dale avait beaucoup de semelles de travail du sol, aujourd’hui il a des systèmes racinaires très denses jusqu’à 3 m de profondeur. La nappe d’eau est à ce niveau.
C’est une plante qui reste verte tout l’été, elle est très tolérante aux sécheresses.  Lors de l’installation de ce type de mélange, il avait installé un système d’irrigation souterrain. Il ne la cependant jamais utilisé, même lors des grands épisodes de sécheresse.

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La graminée Eastern Gama Grass et son système racinaire très dense

 

 

Cette plante fait essentiellement sa production de biomasse en mai, juin, juillet.

Concernant le type de pâturage, Dale aime faire pâturer seulement le premier tiers de la plante, pour prendre seulement la qualité et laisser assez de réserve pour qu’elle puisse repartir. L’énergie pour la repousse est située dans le dernier tiers de la plante, donc il faut faire attention à ne pas la sur-pâturer.

Dans les mélanges ou les légumineuses sont présentes, il ne fait pas d’apports de fertilisants.

L’installation de cette graminée prend une année. A l’automne il sème la graminée dans un mélange avec des graminées annuelles d’hiver (seigle, triticale, orge..).  Le gel ou les températures froides sur des périodes prolongées sont nécessaires pour réveiller la dormance des graines. Au printemps, lorsque que la Gama grass fait ses premières feuilles, il fauche le couvert. Puis sème un maïs en direct pour récolter le grain. La prairie s’installe lentement à l’ombre du maïs.

La plante met du temps à s’installer et tolère bien l’ombre. La production de maïs en même temps permet d’avoir un revenu la première année d’installation.

Le coût de la semence est supérieure à 100$/acre (>200€/ha)

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Les graminées pérennes (Eastern Gama Grass) font 60 cm de haut sur la photo. Les légumineuses et la chicorée viennent compléter ce mélange riche.

 

 

Couverts pâturés

Les bovins ont accès à des couverts  végétaux d’interculture pour leur alimentation.

Pour l’automne, l’éleveur loue 20$/acre (40$/ha) des terres de son voisin qui y fait pousser du maïs ou soja. Après la moisson, Dale sème un couvert de graminées annuelles qu’il pâturera une à deux reprises à l’automne et une à deux fois au printemps.

Le pâturage d’automne de couverts  (Octobre à Décembre) lui permet de faire  en parallèle des stocks sur pieds d’herbe sur les prairies de plantes pérennes d’hiver (fétuques, brôme, trèfles etc…).  Ce stock sur pied sera pâturé à partir du mois de janvier.

Dans le pâturage de couverts de seigle l’énergie est un élément manquant.  La quantité trop importante de protéine ne permet pas d’équilibrer la ration. Pour pallier à ce manque Dale rajoute de ray grass annuel.  En effet c’est la graminée annuelle qui a la plus grande quantité de sucres dans ses tissus. Le pâturage des couverts est alors plus bénéfique pour les bovins.

Dans certaines parcelles qu’il possède, il utilise uniquement des couverts d’annuelles.  Dans les parcelles avec seulement des couverts d’annuelles il fait 6 rotations/an ( 2 rotations au printemps, 2 rotations l’été, 2 rotations l’automne). Dans les  parcelles avec des prairies permanentes il ne fait que 4 rotations.

En hiver, il fait le mélange Seigle+ Ray Grass annuel. Ce couvert est détruit au glyphosate puis semé en direct avec une graminée estivale annuelle qui sera aussi pâturée. Il sème au semoir à céréale soit du sorgho sudan, soit un mélange de Crab Grass + Maïs population BMR.
Le maïs population est choisi car il coûte moins cher en semence. Le gène BMR permet d’avoir un maïs  avec moins de fibre donc plus facilement digestible pour le bovin. La Crab Grass est une graminée annuelle utilisée pour combler les trous et récolter toute la lumière disponible. Elle a un plus de protéine dans ses feuilles. Le sorgho et le maïs sont des plantes avec beaucoup d’énergie et de fibre dans les feuilles.
Un apport d’azote est fait dès que nécessaire après le semis du maïs. Il n’utilise pas de fertilisants starter. Ce mélange est pâturé dès que le maïs commence à fleurir.

Le maïs ou le sorgho sont pâturés un jour sur deux alternés avec de la luzerne.

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Le maïs population BMR associé avec la graminée “Crab Grass” semés dans un couvert de seigle + ray gras annuel détruit au glyphosate avant semis

L’hiver

Même si l’agriculteur est double actif, il déplace tout de même au quotidien ses bovins sur de nouveaux paddocks. Les années précédentes il a été capable de pâturer plus de 330 jours/an.
Cependant, il réutilise de plus en plus de foin. En effet, l’agriculteur utilise le foin comme un outil de gestion de croissance de l’herbe et de fertilité des parcelles.

Il utilise du foin pour gérer les périodes de transition d’automne et d’été. Ceci permet à  certains paddocks d’avoir de plus longues périodes de repos, et ainsi d’avoir de meilleures biomasses aériennes et racinaires.
Le foin est aussi utilisé comme un fertilisant. En déroulant la balle dans des paddocks pauvres il rajoute du carbone au système sol et répartit au mieux les déjections des bovins, tout en limitant le tassement du sol.  Dans ces périodes il continue de bouger ses animaux au quotidien, sur de nouvelles balles. Comme il a un autre travail à plein temps, il déroule le foin le samedi pour toute la semaine suivante.
L’agriculteur achète tout son foin à un autre agriculteur aux alentours de 30€ la balle de 500kg environ.

Dans son système le foin n’est donc pas une alimentation majeure pour l’hiver, mais plus un outil de réglage de rotation. L’agriculteur qualifie le foin comme « un outil de gestion ».

Conclusion

Dale Strickler déplace ses bovins sur de nouveaux paddocks au quotidien, toute l’année même si il a un autre travail à plein temps.
La diversification des sources de pâturage est nécessaire pour pouvoir pâturer toute l’année. Il a ajouté différents types de pâtures à sa source principale de prairies permanentes d’automne/printemps. En effet, il a ajouté des parcelles basées sur des graminées pérennes estivales en C4  comme Eastern Gama Grass ou des plantes annuelles comme le maïs population BMR ou le sorgho sudan.

Dale a construit un système qui permet d’utiliser différentes ressources fourragères de qualité toute l’année. La gestion et l’anticipation de la pousse des fourrages est la clef de la réussite dans ce système.

 

Luke Linnenbringer – Bovin viande en pâturage tournant, semis direct sur couvert et poules pondeuse sur pâture

Luke Linnenbringer est un éleveur- céréalier. Le troupeau de 150 vaches à viande est mené en pâturage tournant toute l’année sur prairie ou sur couverts végétaux. Tous les animaux sont finis au grain sur la ferme.  Il fait du semis direct sous couvert de soja, maïs et blé.  Quelques poules pondeuses sont déplacées quotidiennement sur pâture.

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Luke dans un couvert qui a été pâturé en avril. Le couvert va être roulé et semé en même temps en maïs ou soja. La vesce est à pleine floraison et le seigle commence le remplissage des grains.

Bovin viande

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Les vaches et les veaux avant le changement de paddock

Lors de ma visite à la fin mai, le troupeau de 150 vaches suitées sur des paddocks est déplacé quotidiennement sur de nouveaux paddocks de 3 acres. La délimitation est faite au quotidien avec du fil polywire.

La génétique du troupeau est majoritairement composée de Black Angus, Red Angus, Hereford  et de la génétique de l’entreprise américaine Pharo  (http://www.pharocattle.com/).

Cet hiver Luke a utilisé seulement 20 bottes de foin, certaines années il n’a pas besoin d’utiliser de foin. Luke achète tout son foin. Pour arriver à ce résultat il fait des stocks sur pieds (stockpile) d’herbe. Ce processus de création de stock sur pied démarre dès le début des pousses au printemps par la gestion de l’herbe et des résiduels en sortie de paddock.

Il fait pâturer les couverts végétaux de ses intercultures de début août jusqu’au 10 octobre.  La qualité fourragère des couverts végétaux stimule les vaches (flush) qui vont être mises au taureau en même temps.

Pâturer les couverts lui permet d’agrandir sa surface pâturable pour l’hiver en laissant certaines prairies créer les stocks sur pieds pour plus tard.

Tous les vêlages ont lieu au printemps.

Après quelques années de tâtonnement, il a décidé d’augmenter ses résiduels en sortie de paddock pour mieux affronter les périodes de sécheresse. A présent l’idée est de faire pâturer seulement le premier tiers des plantes pour leur fournir une alimentation de qualité au quotidien. Selon lui, avoir plus de résiduels permet d’avoir des repousses plus importantes en été. De plus les résidus  au sol sont plus importants, l’infiltration est meilleure et il y a moins d’évaporation. Selon lui, il est plus efficace car il obtient une pousse d’herbe tout au long de l’année. Il est ainsi passé de 2 acres à 3 acres (0.8-1.2ha) pour ses 150 vaches.

Les broutards sont conduit à la pâture jusqu’à 700-900 lbs (350-450kg) puis il les finit dans son feed lot. Il finit ses bovins en moins de 24 mois pour un poids vif de 1100 lbs (550kg).

Pâturage des couverts

Les bovins pâturent des couverts d’été. Ces couverts sont soit intégrés dans la rotation des cultures (après moisson du blé), ou sur des parcelles qui sont uniquement semées en couverts pour le pâturage.

Les mélanges de couverts d’été pâturés  possèdent entre autre du maïs et du soja. Il produit environ 1000 à 1200 lbs de viande/acre de (1000 à 1200kg de viande/ha) en 60 jours de pâturage. A contrario sur une pâture il estime des gains de 500lbs de viande/acre (500kg de viande/ha).

La différence de gain entre une prairie et un couvert est de 700lbs de viande/acre (700kg de viande/ha). Selon l’éleveur, en feed lot il lui faut 0,5$ d’aliment pour faire 1 lbs de viande (1€ d’aliment pour 1 kg de viande).

Économiquement, la différence à l’hectare est la suivante :  700*0.5 = 350$/acre  (700€/ha) de gain de viande.

Le coût d’implantation du couvert (100$acre  soit 200€/ha) et du terrain (150$/acre soit 300€/ha) est de 100+150 = 250 $/acre (500€/ha).

Avec ce calcul fait sur le quad avec l’éleveur, il estime gagner environ 350-250 = 100$/acre (200€/ha) en plus grâce au pâturage de couverts d’été en comparant à un système sur pâture.

Le pâturage de couverts d’été est donc une pratique gagnant selon l’agriculteur. Cependant, ce système est plus risqué car le semis peut être loupé et demande plus de gestion contrairement à une prairie déjà installée.

Certaines parcelles sont essentiellement des enchainements de couverts d’hiver et d’été. Dans ce cas, il ne détruit jamais chimiquement le couvert lors du semis du nouveau mélange.

Les parcelles de couverts de graminées d’hiver sont souvent déséquilibrées dans leur ration Énergie/Protéine. En effet, les couverts ont souvent trop de protéines. Il apporte donc de temps en temps de l’énergie (maïs ou foin).

Taille des paddocks en temps réel grâce à son téléphone

Luke utilise sur son Iphone une application  pour connaître au champ la taille exacte des paddocks qu’il est en train d’utiliser. L’application « PlanImeter » utilise le GPS du téléphone mais n’a pas besoin d’internet dans la parcelle.  Lorsqu’il roule dans une prairie avec son véhicule utilitaire l’application lui donne en temps réel la taille actuelle  du paddock qu’il est en train de faire.
C’est un outil très simple à utiliser et instantané.

Cultures

Sur la ferme, maïs soja et blé sont produits en semis direct sous couvert depuis 7 ans.

Maïs

Le maïs est généralement semé dans un couvert de seigle ou de seigle/vesce.
Il ajoute dans la ligne de semis 3 gallons/acre de SP-1 (activateur biologique : http://agrienergy.net/wp-content/uploads/2013/10/Label-13-SP-1-051612.pdf) avec 2gallons/acre 21-1-4

En même temps en fertilisation liquide 2X2 (5cm à côté de la graine et 5 cm en dessous du niveau de la graine) il rajoute 20 gallons/acre (180L/ha) d’urée et du  Potassium Thiosulfate + Ammonium Thiosulfate et de la Mélasse.

Il reviendra plus tard pour faire un apport d’urée en solide à l’épandeur d’engrais.

Rouleau faca sur le semoir

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Le rouleau faca fixé sur la poutre des éléments fertilisants 2X2

Luke vient tout juste d’installer un rouleau faca sur la poutre de son semoir.

Le but est d’éviter un passage en roulant le couvert en même temps que le semis de la culture. Pour l’instant, le couvert sera tout de même détruit avec de la chimie.

Sur son semoir Max Ermerge 2 Luke n’utilise pas de chasse débris ou de disque ouvreurs. Ces options sont inutiles et déplacent trop de terre selon le SDiste.

Poules pondeuses en rotation sur pâture

Un atelier de quelques centaines de poules pondeuses est présent sur la ferme. Deux lots de poules sont sur la ferme. Un lot pour la production d’œufs, et un autre lot pour le déparasitage des parcelles.

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Lot de poules pondeuse produisant les oeufs. La remorque est déplacée au quotidien.

Cet atelier permet au jeune agriculteur d’avoir une rentrée d’argent régulièrement et ainsi gérer avec plus de flexibilité les finances de l’exploitation.
Il livre ses œufs une fois par semaine à ses clients avec ses colis de viande.
Sur des remorques aménagées il déplace tous les matins les poules vers de nouvelles parcelles. Son quad déplace facilement la remorque la majeure partie du temps (si vraiment humide : utilise tracteur)
La remorque possède entre autre une porte qui s’ouvre et se ferme automatiquement pour que les poules soient protégées des prédateurs la nuit.  Les abreuvoirs et les mangeoires sont à l’intérieur de la remorque. Les pondoirs ont un système à œufs propres grâce à une légère inclinaison de sol du pondoir. Une lumière à l’intérieur de la cabane permet aux poules d’avoir les 14-16h de lumière quotidiens. Cette lumière est reliée à une batterie qui est chargée par un panneau solaire.

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L’intérieur de la remorque/cabane

La ration a été établie par l’entreprise Fertrell. Cette entreprise est très connue dans la production de volailles sur pâtures. Elle est composée de : Maïs (45%), Soja extrudé (25%), Avoine (15%), Calcium (8.75%), mélange de minéraux de Fertrell( 3%), coquille d’huitres (2.5%).

Le deuxième lot de poules en deuxième rotation de ponte suit le troupeau de vaches à quelques jours d’intervalles. A quelques jours d’intervalles les poules sont dans le même paddock que les vaches. Elles sont libres et vont aller chercher les insectes et vers dans les déjections des animaux passés précédemment. La pression en parasites des bovins est ainsi diminuée. Quelques œufs sont produits par les poules. Le système fonctionne bien selon l’éleveur

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Les vaches prêtes à changer de paddock et le lot de poules pondeuses déparasitantes

Les deux lots de poules pondeuses n’ont pas de filets de protection pour délimiter leur paddock et pour les protéger des prédateurs terriens. A chaque cabane un chien attaché à une chaine sert à protéger les poules. Cependant cela n’est pas suffisant, les prédateurs prennent beaucoup de poules. Luke avoue que les pertes sont assez conséquentes mais il ne souhaite pas déplacer au quotidien les filets de protection. Donc il est obligé de faire avec.

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Une bouse de vache qui a été “déparasitée” par les poules

Conclusion

Le pâturage tournant et le semis direct fonctionnent très bien sur la ferme de Luke. La combinaison de ces deux ateliers permet à l’éleveur d’améliorer sa rentabilité et d’aller plus vite et plus loin dans sa démarche agronomique.

Selon l’éleveur céréalier pour réussir au quotidien:

  •  Il n’a pas peur de faire des erreurs. Il préfère apprendre en essayant plutôt que ne pas essayer du tout
  • Il pâture des annuels. Le retour sur investissement est intéressant  et très rapide
  • Il réalise des déplacements au quotidien de tous les animaux sur de nouveaux paddocks

 

Mickaël Thompson – La gestion de l’eau et des coûts de production sont clef dans un environnement rude

Michael est situé dans région à faible pluviométrie («  Dryland ») au nord du Kansas à la frontière du Nebraska. Sur des sols limoneux considérés comme très dégradés il fait des cultures en semis direct sur couvert sur environ 2700 acres(1100ha) et possède environ 2000 acres (800ha) de pâtures. Il possède un troupeau de 200 mères de plusieurs races anglaises (Black angus, Red Angus, British White…). Ses animaux évoluent sur ses pâtures et ses couverts végétaux.

La gestion de l’eau est l’élément clef pour la réussite de la ferme. Les pratiques adoptées et adaptées au fils des années montrent des résultats très concluants.

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Michael dans son blé

L’importance du sol dans les Drylands (région à faible pluviométrie)

La pluviométrie annuelle est d’environ 22 inch (558mm)/an. Les pluies ont généralement lieu en  Avril, Mai, Juin et en Septembre. Les premiers gels peuvent arriver à la fin octobre.

La gestion de l’eau et de l’humidité des sols est primordiale. Le challenge au quotidien est de pouvoir infiltrer chaque millimètre de pluie et de pouvoir la stocker pour une utilisation ultérieure par la culture.

Produire des cultures et pâturer dans ces conditions demandent une gestion précise de l’environnement. Selon Michael, chaque  millimètre d’eau doit être transformé en dollars. Ils ne peuvent pas se permettre de gaspiller cette ressource.

Les sols agricoles sont  en majorité limoneux. Les sols sont considérés comme extrêmement dégradés. Lorsque le semis direct a démarré sur la ferme les sols avaient moins de 1% de matière organique. Aujourd’hui, après 20 dans de semis direct et un peu moins de 10 ans d’utilisation de couverts d’intercultures, pâturés ou non, ils arrivent à un peu moins de 2% de MO.

Le semis direct n’était pas suffisant. Il permettait seulement de conserver un ressource –son sol- trop dégradé. Ce n’était pas suffisant. Lorsqu’il a commencé à utiliser les couverts végétaux et par la même occasion à les faire pâturer un grand changement  à lieu. Il est passé de la conservation d’une ressource dégradée (son sol) à la régénération de ses sols. Il reconstruit ses sols. Les taux de matières organiques augmentent. Les cultures sont plus saines et vigoureuses.
Aujourd’hui il peut se permettre d’être économiquement plus rentable tout en utilisant moins d’intrants. Une philosophie primordiale pour Michael lorsque le plus grand facteur limitant (pluie) est imprévisible.

Semis direct

L’agriculteur produit deux cultures sur sa ferme, du blé et du maïs. Le soja n’est pas rentable car les rendements ne sont pas toujours bons à cause du manque de pluie en fin de cycle. Le sorgho grain ou le millet ont des rendements pratiquement équivalents mais ils sont toujours moins chers à la vente. Les génétiques actuelles en maïs pour des régions à faible pluviométrie  sont plutôt bonnes et fiables selon l’agriculteur.

La rotation typique est la suivante : Blé – couvert été – Maïs – Couvert d’hiver si humidité suffisante –  Maïs – Couvert de printemps- destruction du couvert en juillet pour gérer l’eau avant le retour du blé/ suivant les choix et les parcelles il remettra la parcelle en rotation avec le blé ou fera une ou deux saisons de couverts pâturés.

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Même parcelle, itinéraire technique du blé identique, deux rendements en blé différents. A gauche : précédent couvert de printemps pâturé + couvert d’été pâturé à deux reprises. A droite : couvert de printemps pâturé détruit chimiquement en juillet, pas de couverts d’été. La gestion de l’eau dans ce contexte pédoclimatique très singulier est à anticiper en avance

Le rendement espéré en blé est de 50bu/acre(3.1T/ha). La seule fertilisation est faite avant le semis en incorporation dans le sol de 50 UN d’azote 28%. Il ne fait généralement pas d’apports au printemps.
Le seule herbicide est fait avant le semis. Il fait généralement un glyphosate. Il ne fait pas de fongicides.

Pour toutes ses cultures il essaie de limiter l’utilisation de produits phytosanitaires, pour limiter ses coûts de production et surtout pour essayer de favoriser au maximum la vie du sol pour sa culture.  Il ne fait plus de fongicides ou d’insecticide sur sa ferme.

Pour le maïs il sème à 30inch (76 cm) d’écartement avec son semoir direct case IH 1230. Cette année il a semé à 2-2.25 inch (5 à 6 cm) de profondeur  car l’humidité du sol était très satisfaisante. Certaines années, il peut semer plus profond  lorsqu’il n’y a pas assez d’humidité.

Les rendements espérés sont de 100 à 120 bu/acre (6,2 à 7,5 T/ha).

La fertilisation azotée liquide est appliqué au-dessus de la ligne de semis. Il met 70U N (32% -UAN) mélangées à 10U N de soufre. C’est la seule fertilisation qu’il fait en temps normal. Si la pluviométrie de l’année et très bonne il peut envisager de faire un deuxième apport.

Il ne fait pas d’apports de micro-fertilisants comme du zinc ou du manganèse. Les couverts de printemps ou d’été sont des plantes à pivots (radis, tournesol etc..), elles sont censées aller chercher ces nutriments en profondeur et les remettre en jeu dans  le sol.

Le Haney test (test sur la biologie du sol) est utilisé pour évaluer les restitutions en N de ses couverts, des résidus de cultures et de la minéralisation du sol. Même si cette technique est controversée, il aime utiliser cet outil pour mieux gérer ses parcelles.

L’efficacité d’utilisation de l’azote est de 0.5 à 0.7 U N /bu de maïs. C’est un très bon résultat. Ses voisins qui travaillent encore le sol sont aux alentours de 1 à 1.25 U N /bu.

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Maïs sur maïs. Un couvert n’a pas pu être semé car il n’y avait pas d’humidité dans le sol au moment de la récolte

Couvert végétaux

Michael utilise depuis pratiquement 10 ans des couverts végétaux d’interculture qui seront pâturés ou non.
Pour l’agriculteur les couverts ont été l’élément majeur de la réussite dans son environnement difficile. Il a réussi à avoir plus de résidus au sol pour garder l’humidité et construire des sols.

Il investit au maximum 15 à 20$/acre  (30 à 40$/ha) dans la semence de ses couverts. Ce sont principalement des mélanges. Il ne veut pas dépenser trop d’argent dans la semence car leur réussite est très dépendante de l’eau qu’il aura. Le faible pourcentage de légumineuses dans ses mélanges permet d’abaisser le coût final.

Pour les couverts de printemps après un maïs et avant un blé il sème : avoine, orge, lin, pois, navet, radis. Ce couvert est généralement pâturé en juin – juillet. Ce couvert est détruit en juillet pour commencer à stocker de l’eau pour le futur blé qui sera semé en septembre-octobre.

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Couvert de printemps, un mélange qui sera pâturé le lendemain de la photo (début juin)
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Vue générale du couvert de printemps

Les couverts d’été après un blé et avant un maïs sont composés de : cow pea (type de soja à cycle long), mung bean (soja vert), Sorgho Sudan, Millet, Radis, Navet, Tournesol. Selon les années et les conditions Il peut être éventuellement semé après un couvert de printemps.

Pâturage

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Le troupeau sur la prairie de vêlage

Le troupeau de 200 vaches pour la vente de veaux sevrés est un élément clef du système.

L’utilisation de bovins dans les parcelles a permis de développer une meilleure vie biologique dans ses sols. Michael a surtout observé au fils des années des plantes plus saines et vigoureuses. C’est selon lui grâce à une meilleure nutrition de la plante.

En juin-juillet les couverts de printemps sont pâturés. Puis les animaux sont transférés sur les couverts d’été. Dans les couverts d’été, les broutards peuvent avoir des GMQ de 2.5 lbs (1,25 kg)/jour/tête.  Ce résultat est aussi possible lors du deuxième pâturage du couvert d’été.  Il rentre généralement dans le paddock lorsque le couvert est à hauteur de hanche et sort lorsque le couvert est à hauteur de genoux.

En octobre les animaux sont généralement sur les résidus de culture.

Les couverts d’été sont généralement de nouveau pâturés de novembre à janvier.

De janvier au mois d’avril ils utilisent généralement les pâtures et quelques couverts d’hiver. Ensuite, les animaux sont mis sur les pâtures. L’alimentation en foin est raisonnée pour limiter les dépenses en alimentation.

Les pâtures sont gérées généralement en pâturage tournant, suivant la période de l’année et la main d’œuvre disponible. Cette pratique a permis de régénérer la flore et la productivité des pâtures.
Dans sa région, la pâtures mal gérées sont dominées par un herbe appelée Buffalo Grass. C’est un graminée qui se reproduit par stolon et ne fait pas trop de biomasse aérienne.

Cependant, grâce au pâturage tournant il a réussi à inverser la flore sans semer de nouveaux mélanges. Il a de plus en plus de plantes natives qui apparaissent, comme des graminées pérennes  estivales en C4 (Switch Grass, Indian Grass, Little Blue stem et Big blue stem) et des légumineuses.  Cette gestion de l’herbe avec des temps de retour par paddock qui peuvent aller jusqu’à un an sont très prometteuses selon l’agriculteur. Il observe notamment des vaches avec des conditions corporelles bien meilleures tout au long de l’année.

Laisser  de bon résiduels d’herbe en sortie de paddock des prairies et surtout des couverts est primordial selon l’éleveur. Trop souvent ses voisins ne laissent pas assez de résiduels, car ils veulent  transformer toute la biomasse végétale en viande à  un instant T. Cependant, pour toute la suite de la rotation et pour le sol il est nécessaire de laisser assez de résidus pour que l’effet du couvert soit plus long.

Dans le futur, Michael envisage de faire plus de pâturages et moins de cultures. L’effet des animaux sur ses sols l’intéresse fortement. Il pense notamment mettre plus de pâture pour laisser plus de temps à la biologie du sol de se mettre en place et faire par la même occasion moins de perturbations sur le système sol (semis, récolte, engrais, herbicides etc..) chaque année.

Conclusion

Michael Thompson est dans un contexte pédo -climatique très complexe. L’ajout de couverts végétaux et du pâturage dans ses rotations en semis direct ont permis de régénérer ses sols très dégradés. Produire autant voir plus avec moins d’intrants tout en régénérant  les sols est un but majeur sur l’exploitation.

L’innovation et l’expérimentation sont  importants pour Michael. Il dit : «  Je ne suis pas effrayé de ne pas réussir quand j’expérimente quelque chose de nouveau » .

Le succès de l’agriculteur ses dernières années a été possible selon lui  :

– Par la présence de plus de résidus au sol qui permettent une meilleur gestion de l’eau

–  En laissant pousser les couverts le plus longtemps possible

– En transformant chaque goutte d’eau en dollars

 

Dan DeSutter – Semis direct, élevage : de nouveaux challenges au quotidien

Dan DeSutter exploite 4500 acres (1800ha) dans le sud de l’Indiana. Depuis 1990, il pratique le semis direct de maïs, soja, blé. Auparavant, son père faisait du ridge tillage depuis 1983. Depuis une 15aine d’années il finit des bovins à l’herbe de race Black Angus.

Dan est un passionné d’agronomie. Au quotidien, il essaie d’améliorer ses pratiques pour la santé de ses sols et pour plus de rentabilité de son entreprise. L’agriculteur a de nouveaux objectifs : l’intégration de bovins dans les couverts végétaux et la transition vers l’agriculture biologique.

Dan réalise la rotation classique soja/blé/maïs. Les couverts sont généralement du seigle en pur semé au semoir à céréale. Les hivers très froids et la récolte tardive du maïs ne lui permettent pas d’introduire de légumineuses dans ses couverts avant soja.

Blé

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Parcelle de blé en semis direct après soja. La gestion des adventices sur cette parcelle est très bonne.

L’intégration du blé dans sa rotation a été un élément important pour plus de réussite dans son système de semis direct.

Il implante au semoir à céréale le blé toujours après un soja. Il ne met pas de fertilisant starter au semis. Il estime que la vie biologique du sol à ce moment de l’année est assez active pour fournir au blé ce dont il a besoin.

La première fertilisation a lieu en février avec 30 unités d’N en liquide avec 28% d’azote. Il diminue la dose si le nombre de talles n’est pas suffisant. Un autre apport sera fait à hauteur de 90 unités avec un mix liquide de 28% d’azote ainsi que du sulfate d’ammonium. Ce dernier permet d’apporter du soufre, élément essentiel de l’assimilation de l’azote par les plantes.

La fertilisation liquide sur blé est pour lui le meilleur moyen d’avoir une application homogène et rapide.

Il fera un ou deux fongicides en fonction de la pression.

La récolte est réalisée courant juillet ce qui permet d’implanter un couvert « cocktail » composé de très nombreuses espèces (graminées comme légumineuses) dont une partie est gélive.

Maïs

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Le semoir à maïs est prêt pour attaquer la saison des semis

Dan sème tous ses maïs dans ce couvert multispécifique tué chimiquement en amont du semis. La diversité des espèces permet de limiter les problèmes liés à la Noctuelle à point blanc (Mythimna unipuncta), fréquents lors du semis sur seigle pur.

Il implante très peu de ses maïs dans un couvert vivant. De plus, il essaie de limiter l’utilisation d’insecticides au semis pour ne pas impacter les auxiliaires. Il préfère donc terminer son couvert en amont du semis.

Cette année il ne va pas utiliser d’insecticides dans l’enrobage de ses semences, ni appliquer d’insecticides. Tous ses maïs seront non-OGM.

Lors du semis au semoir monograine John Deere il met dans la ligne de semis du 10-30-0 avec du zinc.  Il n’utilise pas de fertilisant starter lorsque ses sols sont assez réchauffés. Dans ses sols la fertilisation starter du maïs n’est utile que si les sols sont froids et la minéralisation biologique faible.

Il revient dès que le maïs est à hauteur du genou avec de la fertilisation liquide 28% N.  Il  complètera pour arriver à environ 120 unités N / ha pour tout le cycle du maïs.

Son coefficient d’utilisation d’azote est d’environ 1 unité N pour 1.5 bu ( soit 0.66 U N pour 1 bu de Maïs (62.77kg de maïs). Ce qui est un très bon résultat.

Soja

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Le rouleau crimper qui permet de tuer le couvert de seigle

Il sème son soja à 15’’ (38.4 cm) dans des couverts de seigle.

L’année dernière le seigle a été roulé au rouleau crimper (rouleau faca de chez I&J). Le roulage est effectué avant ou après le semis. Le résultat est le même. Le roulage a très bien fonctionné et certaines parcelles n’ont pas eu besoin de rattrapages en herbicides. Il souhaite donc rouler le plus possible ses couverts cette année.

Il ne met pas de fertilisant starter avec le soja.

Une grande partie de ses sojas est non-OGM. Il dit pouvoir être autant, voir plus rentable avec ces variétés non-OGM. Selon lui le surcoût des semences OGM n’égale pas l’économie en herbicides permises par ces dernières. D’autant plus que par ses couverts, la pression en adventices est moindre.

Sols

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Construire les sols grâce des couverts végétaux…pâturés

Les sols qu’il possède depuis 27 ans ont vu leur taux de matière organique passer de 1.4 à 4.2%. Il estime un gain de 1%  de matière organique tous les 10 ans. Pour chaque point de matière organique gagné, ce sont 30 U d’azote minéralisées en plus chaque année et disponibles pour la culture.
En intégrant l’élevage il espère aller plus vite dans la construction de ses sols. Il pense pouvoir augmenter de 1% de MO tous les 5 ans.

Depuis plusieurs années, il applique 1 tonne/acre (2T/ha) de fientes de poules après récolte du maïs. La tonne de ce fertilisant biologique lui coûte 40$.  Après plusieurs années de pratiques, il n’a pratiquement plus besoin d’appliquer de P, K ni de micronutriments. De plus, il perçoit ces fientes comme un inoculant biologique bénéfique sur le long terme pour le sol et toute la rotation. Le couvert de seigle semé en suivant est le premier bénéficiaire de cet apport.

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Un sol noir avec une très belle structure

Des bovins sur les couverts

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Les taurillons dans le couvert de seigle

Pendant plus de 15 ans il a fini des bovins à l’herbe (poids vif fini 1100-1300lbs soit 500-590 kg) sur prairie permanente. Très récemment, il a recommencé à clôturer et installer des systèmes d’eau pour les abreuvoirs sur ses parcelles agricoles pour pouvoir faire conduire les bovins en pâturage tournant sur ses couverts. Avec cette pratique il espère pouvoir construire la fertilité de ses sols plus rapidement et aider son fils à s’installer sur la ferme.

Depuis cette année, il pâture les couverts d’interculture. Les bovins ont uniquement accès à du seigle.

Pour pouvoir circuler plus facilement avec les animaux et simplifier les mouvements il espère pouvoir échanger ou acheter des parcelles avec ses voisins pour avoir à proximité tout son parcellaire pâturable.

Lors de notre visite, il y avait en rotation quotidienne sur du seigle épié, 150 bovins de 900 lbs (400kg) sur 1-1.5 acres (0,4-0,6 ha).

Le futur challenge de l’agriculture biologique

Dan est un SDiste convaincu de longue date. Le nouveau challenge des bovins sur les couverts est un tournant majeur pour son exploitation. Cependant, l’agriculteur n’est pas en manque de nouveaux défis. Depuis un an une partie de ses parcelles agricoles sont en transition pour être labélisées agriculture biologique.

Il explique son choix par le fait qu’il souhaite être plus indépendant voir ne pas utiliser du tout des intrants de certaines firmes. La plus-value économique des produits est un facteur très intéressant aussi selon lui.

Il espère autant que possible utiliser le semis direct pour implanter ses cultures. La réussite du roulage au rouleau crimper du seigle pour implanter un soja le conforte dans ses choix. Après 30 ans de semis direct, il n’exclut pas d’utiliser le travail du sol pour détruire certains couverts permanents et/ou maitriser le salissement en bio.  Selon lui, un léger travail du sol ne sera pas compromettant car ses pratiques pourront réparer cette destruction temporaire.

Conclusion

Dan a plus de 30 ans d’expériences de semis direct. Ses pratiques lui ont permis d’augmenter certaines parcelles à plus de 3% de MO. Ses rendements étant les plus élevés de tout son voisinage et la diminution des coûts en intrant (N,P,K, herbicides) lui permettent d’avoir une entreprise très rentable.
Son intérêt pour la santé de ses sols et les résultats techniques et économiques de sa ferme le conforte dans ses futurs projets pour aller vers plus d’intégration d’animaux et un challenge vers l’agriculture biologique.

Affaire à suivre !

Yann JANIN & Sylvain COURNET

Dave Brandt – Semis direct sous couvert depuis 40 ans

Rencontre et photos au 11 mai 2017

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Dave Brandt et Yann dans un couvert prêt à être roulé et semé.

Dave Brandt est une des légendes vivantes du semis direct sous couvert aux États-Unis. Son influence dépasse facilement les frontières du pays nord-américain. Ses 40 ans de pratique de semis direct avec presque autant d’années d’utilisation de couverts végétaux ont un effet tellement positif sur la qualité de ses sols, de ses cultures et du fonctionnement économique de son exploitation qu’il est difficile de contester la légitimité de ses pratiques.

Sur certaines parcelles, cela fait 7 ans qu’il n’a pas utilisé ni engrais ni herbicide. Sur d’autres parcelles l’utilisation de produits de synthèse est très faible. Les rendements à l’hectare, la qualité du grain et les marges  économiques à l’hectare sont très bonnes. Le niveau des éléments chimiques (N,P,K,S etc..) ne cesse d’augmenter.

Que fait Dave Brandt pour obtenir de si bons résultats ? Quel est ce monstre biologique qu’il développe sous ses pieds ?

Dave Brandt reste très simple et minimaliste dans ses interventions. Sur ses 1150 acres (460ha)  Il pratique une rotation classique blé (1/3 de la sole)/maïs(1/3 de la sole)/soja (1/3 de la sole) avec des  couverts d’été et/ou d’hiver d’interculture multi-espèces.

L’implantation du couvert après le blé et avant un maïs est composé d’un mélange multi-espèces  d’été et d’hiver. Le couvert entre le maïs et le soja et aussi un couvert multi-espèce d’hiver.

Les rendements en maïs peuvent atteindre jusqu’à 230 bu/acre (14T/ha) en maïs pour seulement 50 U N apportés. Ses soja peuvent atteindre jusqu’à 90 bu/acre (6T/ha). Il a des rendements moyens en blé de 125 bu/acre (8T/ha)  alors que la moyenne de ses voisins est de 45-50 bu/acre (3,3T/ha) (moyenne du county).

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Un des parcelles gérée depuis 40 ans en semis direct avec couvert végétaux. Un sol noir, sur une très grande profondeur. A ses débuts en 1971, ses sols argileux étaient de couleur “jaune”.

Couverts végétaux

Les couverts végétaux constituent le principal levier de gestion du système. Comme David a répété à plusieurs reprises, chaque couvert doit être élaboré en fonction d’un objectif précis.

Le 11 mai, le couvert qui allait être roulé et semé en maïs était composé de pois d’hiver, vesce, seigle et trèfle incarnat. Ce dernier est apprécié pour sa floraison homogène, plutôt précoce et sa bonne destruction par roulage.

Les couverts sont parfois clairs mais David en reste satisfait, mettant en avant un réchauffement plus rapide du sol et évitant des phénomènes de  bourrage lors du semis.

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Un couvert qui peut sembler clair mais qui permet le réchauffement du sol

Construction des sols, moyens et objectifs

La qualité des sols sur l’exploitation en termes de fertilité, vie biologique, matière organique et capacité d’infiltration a été nettement améliorée lors du passage de couverts mono-spécifiques à des mélanges de plusieurs espèces. Il implante minimum 6 espèces afin de répondre aux différentes attentes d’un couvert et de diversifier la vie du sol par des exsudats racinaires de nature différente.

Lorsqu’il reprend une nouvelle parcelle qui a été menée en conventionnel, le premier couvert implanté est riche en graminées estivales. Ceci permet d’introduire un maximum de carbone dans le système.

Il évite d’utiliser des couverts avec trop de légumineuses. Sur certaines parcelles où la production d’azote a été trop importante, il y a eu un déséquilibre du C/N, ce qui a conduit à une consommation de carbone et donc une baisse du taux de matière organique. Ceci a été observé sur des couverts de légumineuses laissant 550 kg/ha d’azote. Le C/N d’un couvert idéal est selon lui de 30:1.

Depuis 2 ans quelques bovins ont été engraissés sur une partie des couverts avant maïs. L’objectif étant d’accélérer la construction du sol et de sortir en 6 mois des bêtes de 350 à 450kg (achetées à 175kg)

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Sols avec quelques années de semis direct et de couverts, le carbone des biomasses produites colonise progressivement les sols argileux de couleur ocre. Le gradient de couleur est généralement plus progressif dans ses autres parcelles.

Destruction des couverts

Les couverts sont roulés au rouleau faca (roller crimper de chez I&J)  4 à 5 jours après semis. Le roulage sera efficace sur le seigle à floraison. Il nous a fait remarquer que même quelques jours avant la floraison, après un cassage à la main des tiges de seigle, celles-ci ne se relèvent pas.

Sur les légumineuses, le roulage est efficace à pleine floraison. Si on attend trop tard, l’azote racinaire migre vers les graines et sera donc moins disponible pour la culture. Le pois peut être roulé jusqu’à formation des premières gousses.

Toutes les espèces du même mélange arrivent ici à maturité en même temps, optimisant l’efficacité du roulage.

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Couvert de seigle, pois, vesce, orge, trèfle incarnat prêt à être roulé

Adventices de plantes pérennes et limaces, rien à signaler

Les limaces et les plantes pérennes ne sont pas un problème pour l’agriculteur. Un certain équilibre est  atteint dans son système.

Dave ne se soucie plus des limaces dans ses parcelles. Lors de grosses attaques, Il préconise l’application de nuit (lorsque les limaces sont de sortie) de 6 à 7 gallons (27-30 littres) d’azote 28% en liquide. Ceci permet d’éliminer, par simple contact avec le fertilisant, 70% des limaces. Les anti-limaces peut également être utilisés, cependant il souligne que l’impact négatif sur les auxiliaires de cultures est très fort.

Les couverts diversifiés et la rotation lui permettent de gérer la plus part des adventices pérennes. Si une parcelle présente quelques problèmes de salissement, les adventices sont gérées facilement avec les herbicides.

Blé

Le blé est implanté après soja au semoir à céréale 7’’ (18 cm), ou au monograine 15’’ (38cm).  Il associe son blé avec du radis qui sera tué par le gel de l’hiver.

Le monograine permet un semis plus uniforme : profondeur et espacement des grains sur le rang. Le nombre de talles est plus uniforme et elles sont plus vigoureuses. L’économie de graine est également non négligeable, 10lbs (5kg) en moyenne ce qui représente environ $15/acre (30€/ha). Cependant un écartement plus conséquent des rangs oblige le recours à un herbicide en début de cycle.

La profondeur de semis est de 1’’. La culture reçoit de l’azote 28% en liquide. La biomasse produite par la culture suffit à gérer l’enherbement quand il n’utilise pas d’herbicides.

Pour cette année, le seigle pour la production de semences de couverts a pris en partie la place du blé. Il a fertilisé en liquide avec du 28% d’azote, il n’a pas fait de désherbage.

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Seigle qui va être récolté

Maïs

Le maïs est semé à 30’’ (76 cm) à une profondeur de  1-3/4 inch  (4.5 cm)  afin qu’il lève le plus rapidement possible et soit vigoureux.

La température du sol déclenche le semis. Il veut des températures de sol stables, de jour comme de nuit aux alentours de 55 à 60°F (15°C). A ce moment l’activité microbienne minéralise davantage, la fertilisation starter n’est pas forcément nécessaire.

Du 9-24-3 est appliqué dans la ligne de semis si nécessaire dans des sols non réchauffés.

Lorsque le maïs atteint la hauteur de genoux il apporte du 28%  d’azote en liquide, enfoui. A l’avenir l’urée en plein en surface à raison de 30 à 40 unités sera préférée pour une infiltration plus progressive.

En moyenne, ses maïs sont plus denses en nutriments (9.1% de protéines contre 5.2 en conventionnel). David n’exclut pas d’en tirer partie en vendant un maïs « premium » pour ses qualités nutritionnelles supérieures (concept de « nutrient dense food »).

Du soja peut être associé au maïs. Le semis a lieu en même temps.

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Couvert prêt à être roulé puis semé en maïs

Soja

Le soja est implanté dans un couvert multi-espèce qui sera ensuite roulé sans application d’herbicides. Si le soja reste propre il ne fera pas d’application d’herbicides.

Un engrais starter 2-1-6  est utilisé si le sol n’est pas assez réchauffé.

Fertilisation

Principes de fertilisation

La fertilisation est un poste de dépense qui a drastiquement diminué sur l’exploitation. Les niveaux de N, P, K, S etc augmentent d’année en année dans ses sols et ce malgré les exportations de grains avec des rendements records et les très faibles niveaux d’intrants. La vie biologique de ses sols est extrêmement développée par les 40 ans de SD et les couverts. Les éléments minéraux de la roche mère et du sol sont alors de plus en plus disponibles.

Par ailleurs le tournesol dans les couverts permet de rendre disponible le zinc (Zn), il n’a donc pas besoin d’en mettre dans sa fertilisation starter du maïs. Le seigle mobilise le calcium (Ca). Sur les parcelles récemment acquises il implante à chaque fois du sarrasin dans le couvert. Ceci permet de réduire les apports en phosphore de 15lbs/acre (15kg/ha).

Du fumier de poulet est parfois appliqué sur les couverts mais reste un intrant cher pour David.

Le semis de précision de ses couverts permet de mettre le maïs à proximité des anciens rangs de radis, ce qui permet un relargage des  nutriments au plus près des racines du maïs.

Effet du couvert sur la fertilisation azotée en maïs (retour d’expérience)

Pendant 5 ans ils ont cherché à identifier la quantité exacte que fournissent différents couverts de légumineuses. Pour cela,  ils ont semé en direct le maïs dans différents couverts de légumineuses en pur. Dans chaque modalité ils ont fertilisé en azote à différentes doses. Ils ont alors comparé les rendements et les modalités qui avaient les mêmes rendements avec 200lbs (100 kg) d’N. La restitution d’azote pour la culture suivante pour chaque couvert est de :

  • Trèfle incarnat : 60Lbs/acre (60kg/ha)
  • Mélilot : 80lbs/acre (80 kg/ha)
  • Trèfle violet : 75lbs/acre (75 kg/ha)
  • Vesce :  150 lbs/acre (150 kg/ha)
  • Vesce chikling: 30 lbs/acre (30 kg/ha)
  • Pois d’hiver : 125 lbs/acre (125 kg/ha)
  • Cow pea (type de soja): 50 lbs/acre (50 kg/ha)
  • Sunn Hemp (légumineuse): 100 lbs/acre (100 kg/ha)

Il espère au minimum sur les couverts qu’il sème au printemps 50lbs N /acre (50kg/ha). Il enlève cette quantité d’azote sur la quantité finale de fertilisation azotée de ses maïs

Semis à la volée

Soja sur blé

A plusieurs reprises, Dave a eu l’opportunité de semer à la volée du soja dans le blé. Ces semis ont été réalisés dans un blé qui n’avait pas une biomasse importante mais qui restait assez intéressant à moissonner. Le blé a finalement fait 50 bu/acre (3.3T/ha) et le soja semé à la volée 50 bu/acre (3.3T/ha).

Les quelques clefs importantes pour un soja à la volée :

  •  Avoir une surface du sol grumeleuse. Sur un sol travaillé la technique ne va pas très bien fonctionner car la surface du sol ressemble plus à une dalle de béton que un lit de semence. Pour l’agriculteur en semis direct la surface du sol sera plus apte à cette structure.
  • Semer avant une bonne pluie
  •  Augmenter la dose de semis de 20-25%

Le soja a été inoculé et semé dans le blé qui venait juste d’épier. Les années où les pluies en début de cycle étaient suffisantes ont été une réussite.

Semis de couverts

Les semis à la volée des couverts font partie intégrante du système de la ferme. Tout type de graine peut être semé à la volée dans le soja et le maïs encore vert ou après leur récolte.  La pluie n’est pas souvent un facteur limitant à cette période de l’année (mi-Août à Novembre). Il est important d’avoir une bonne structure du sol en surface pour permettre à la graine de germer.

Généralement il ne fait pas d’enrobage spécial sur la graine. Lors des premiers semis à la volée sur une parcelle récemment reprise il enrobe la semence avec de l’acide fulvique et humique. Cet enrobage doit permettre de stimuler la vie biologique autour de la graine.

Un enjambeur reconditionné pour semer à la volée

Dave a construit lui-même la machine qui sert au semis à la volée à partir d’un enjambeur d’occasion.

La machine a coûté au total 125 000$. Ce prix comprend 80 000 $ pour la trémie/distribution pneumatique Montag.

La machine peut semer jusqu’à  500 acres/jour (200ha/jour).  Elle peut semer de 4 lbs à 60 lbs/acre (4-60kg/ha) de semence et jusqu’à 120 lbs/acre (120kg/ha) avec du fertilisant.

Le coût à l’acre est de 10$ pour la machine plus 5$ pour l’opérateur. Soit 15$/acre.

L’éclateur fixé pour semer dans du soja répartit des graines homogènement sur un diamètre de 34 inch (86.36cm).

Pour semer dans du maïs il fixe grâce à des attaches rapides des tubes qui permettent une descente à travers les feuilles et ainsi s’assurer que la graine arrive au sol. Il n’y a pas d’éclateurs au bout des tubes.

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L’enjambeur semoir de couverts et de cultures de vente

Semis dans des couverts permanents :

Le semis direct sur couverture permanente vivante est aujourd’hui une piste que Dave essaie d’approfondir. Les résultats sont plus ou moins concluants, mais il continue ses recherches.
Son but principal de la couverture permanente est de réduire l’investissement en semence et l’implantation de couverts.

Il a essayé plusieurs années d’affilé avec des couverts en pur. Il a essayé 3 trèfles différents pour du maïs et 3 fétuques différentes pour le soja.  Cependant, les rendements ont diminué de 20% lorsque les couverts restaient vivants. D’autres couverts sont morts à cause de l’ombre.

Pour éviter la disparition des couverts il recherche des plantes avec un port de feuilles plus pointant vers le ciel pour laisser un peu de lumière rentrer pour la couverture permanente.

Un semis plus tardif du maïs (environ 1er juin) permettrait d’obtenir les mêmes rendements que le semis traditionnels du 1er mai. Cependant la couverture permanente aurait un peu plus de temps pour bien s’établir.

Pour le soja il pense semer deux semaines plus tôt que le maïs pour  garder un bon rendement.

La densité optimale en maïs  serait de 28000 graines /acre (69 160 graines/ha). La densité optimale de soja serait de 100 000 graines/acre (247 000 graines/ha).

Le semis de maïs sur de la luzerne OGM résistante au glyphosate a très bien fonctionné. Il  y avait entre les rangs de maïs 3 rangs de luzerne.  Après deux années de couvert il n’avait plus besoin d’herbicides.  Il a fait plusieurs années d’affilé du maïs sur luzerne. Cependant il n’aime pas faire de la monoculture de maïs, il a donc abandonné cet itinéraire technique.

Conclusion

Selon Dave passer du temps dans les parcelles pour observer et appréhender les changements  est l’élément principal pour réussir en semis direct.

L’utilisation de mélanges de couverts végétaux et la réduction d’utilisation des intrants (produits phytosanitaires et engrais) lui ont permis d’aller loin dans la construction de son système. Les changements sur ses sols sont le meilleur exemple.
Aujourd’hui et demain, Dave souhaite continuer à aller vers des itinéraires avec le moins d’intrants possibles. Il souhaite continuer à produire du grain de haute qualité (maïs à  9% de protéine).
La construction du nouveau centre de tri, nettoyage et ensachage  de semences de couverts  est un nouveau challenge pour  Dave et sa famille.

Un très bel exemple. Affaire à suivre.

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Le nouvel ensemble pour la commercialisation de graines de couverts

 Yann JANIN & Sylvain COURNET

Jack Erisman – Travail du sol minimum en AB

Jack Erisman est en agriculture biologique depuis 1990. Il exploite 2000 acres (800ha) en grande culture : soja, maïs, seigle, blé pluri-annnuel Kernza et de temps en temps un peu d’avoine ou de maïs pop-corn. Il possède un troupeau de bovins viandes naisseur engraisseur de 120 vaches Murrey Grey. Les pâtures sont intégrées dans la rotation des cultures.  Les animaux pâturent lors de la saison de pousse de l’herbe et restent dehors au foin pendant l’hiver.

Ses sols sont des limons argileux avec  3% de MO en moyenne et un minimum de 2% et quelques rares parcelles à 4%.

Après 27 ans d’agriculture biologique,  il espérait avoir des niveaux de matière organique plus élevés et une vie biologique plus présente. Même s’il pratique du travail du sol minimum (maximum 5-10 cm) il souhaite à présent intégrer autant que possible le semis direct pour les cultures de vente. Il souhaite par ce biais continuer de développer la machine biologique de ses sols pour plus de fertilité et un meilleur contrôle des adventices.

Rotation des cultures

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Échantillon des différentes cultures produites sur la ferme

La rotation de culture qu’il pratique est celle la plus répandue dans la région :

Maïs/Couvert de Seigle/Soja/Seigle ou Avoine (pour récolte)/ Prairie temporaire de 2-3 ans (semée l’hiver dans la céréale) ou couvert de vesce

Fertilisation

Il ne fait aucune fertilisation N, P, K. Il fait de temps en temps si nécessaire des apports de micronutriments (surtout du soufre et du magnésium). Avant de passer en bio il avait beaucoup travaillé sur les équilibres des éléments minéraux du sol.

En développant encore plus la vie biologique de ses sols grâce au semis direct, il espère que les équilibres minéraux et la fertilité de ses sols se réguleront naturellement.  Beaucoup d’agronomes des Etats-Unis développent ce concept. Il espère suivre le bon chemin.

Maïs

Il sème trois types d’hybrides de maïs : Blue corn (Maïs pour la consommation humaine à épis bleu), Yellow Corn (maïs pour alimentation animale),  White corn (Maïs pour la consommation humaine à épis blanc). Ces maïs ont pour objectif de finir en consommation humaine. Il signe des contrats pour la plus part de ses ventes.
Le Blue Corn (épis bleu-noir) a un cycle de développement un peu plus long, mais il répond très bien quand il n’y a pas de fertilisation azotée.
Dans sa conduite et sa forme, le maïs White Corn (grains blancs) est très semblable au maïs traditionnel Yellow Corn.

Les rendements espérés sont :

  • Blue corn : 100bu/acre (7T/ha) , en contrat il vend ce maïs de 12 à 18$/bu ( 12 à 18euros/acre)
  • Yellow corn : 125-150 bu/acre (8.5-10T/ha)
  • Les voisins en conventionnel : 180 bu/acre (12T/ha)

Les maïs sont implantés soit derrière prairie soit après un couvert de vesce. La prairie ou le couvert sont détruits avec un ou deux passages à 5-10 cm à l’aide d’une fraise rotative, ou  avec deux passages très superficiels de disque. Il n’a aucun problème de repousse dans le maïs.
Les prairies sont pâturées jusqu’au dernier moment. La destruction a lieu une ou deux semaines avant les semis.

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Les voisins sèment le maïs, les bovins à l’engraissement sont encore en train de pâturer une parcelle qui sera un champ de maïs dans deux trois semaines

L’itinéraire classique

Il sème le maïs à 90 cm d’espacement.

L’itinéraire de gestion des adventices est le suivant :

  • 3 jours après semis : herse
  • 8 jours après semis : houe rotative
  • 15 jours  après semis (pas toujours ) : houe rotative
  • Deux ou trois  binages en suivant si nécessaire avant la fermeture de la canopée
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La fraise rotative utilisée à 5-10 cm pour détruire les prairies

L’itinéraire prévu en semis direct

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Le couvert de vesce avant semis du maïs

Cette année il souhaite implanter dans une vesce à pleine floraison le maïs Blue Corn. Il n’utilisera pas de fertilisants starter, ni de fertilisation de fond, il compte sur l’azote du couvert. Le couvert sera détruit au rouleau faca à un autre moment que le semis. Il sera détruit avant ou après le semis en fonction de  la période de floraison du couvert.

Le but est de supprimer tous les passages pour désherber.

Il suit l’itinéraire établi par Jeff Moyer du Rodale Institute.

Des essais de semis à 15 cm du maïs seront réalisés. Selon lui, les écartements actuels en maïs sont les écartements utilisés à l’époque pour permettre le passage des chevaux pour le binage.
Si la récolte ne se fait pas facilement au cueilleur à maïs il le fera à la barre de coupe à céréale.

Soja

Depuis plus de 20 ans, le soja est semé  (15 cm entre rang) avec du seigle (57kg/ha)  en culture compagne. Le  seigle est semé à la volée  en amont du disque semeur du soja et est appuyé au sol par un rouleau cage.

L’espacement réduit permet une fermeture rapide de la canopée et le seigle a pour but de rentrer en compétition des adventices. Le contrôle jusqu’à la fermeture de la canopée est très bon et permet d’avoir un contrôle maximal des adventices

Le seigle  se développe  et végète dans le soja puis disparait avant la récolte.

Les rendements espérés sont de 30-40 bu/acre (2-2.5T/ha), les voisins en conventionnels font entre 60-80 bu/acres (4-5.5T/ha).

Cette année à cause des conditions climatiques il a récolté en février une parcelle. D’après les analyses, la qualité n’a pas trop changé, les tests de germination sont de 95%. Il y avait un tout petit peu de perte de rendement.

Du semis direct pour le soja

Sur prairie

L’année dernière  il a semé du soja dans une prairie vieillissante qui va être détruite cette année.
Il a semé en direct puis broyé au broyeur horizontal la prairie quand le soja a commencé à émerger. Le rendement était de moitié à celui de l’année en conduite traditionnelle. Il souhaite re-essayer cette année mais en faisant  un léger passage de fraise rotative après semis.

Sur du seigle

Il souhaite implanter du soja en semis direct dans un couvert de seigle à pleine floraison. Le soja sera semé à 15 cm et le couvert  sera laissé vivant. Selon lui, le soja n’est pas impacté par la présence du seigle. De plus le couvert continuera à faire un très bon contrôle des adventices.
Pour rappel, c’est un seigle pour la vente et semé après la récolte du soja. Il n’y aura donc pas de problèmes s’il y a des repousses.

Seigle

Il ne souhaite pas mettre de blé dans sa rotation. Car des repousses de seigle devraient être triées à cause du seigle dans le soja.

Un léger discage (5cm) ou passage d’outils à dent est utilisé avant le semis.

Lors des moissons tardives il peut être amené à semer du seigle très tard (jusqu’en février). Il sèmera donc à la volée  sans travail du sol sur sol gelé. Le seigle pousse très bien, mais les rendements sont généralement moins bons.

Il fait parfois du foin de seigle. Ce n’est pas très facile à faire et il n’a pas forcément la meilleure qualité, mais cela correspond aux besoins des animaux en hiver.  Le seigle fait 1m20-1m50 lorsqu’il le fauche.

Kernza

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Les parcelles en Kernza sont très propres

Il est l’un des premiers agriculteurs à avoir semé ce « blé pluri-annuel » appelé Kernza (Thinopyrum intermedium). Ce blé est issu d’un croisement de graminées pérennes. Cette culture permet de faire du grain pour la consommation humaine, du pâturage et du foin.  Il a sursemé en trèfle incarnat dans la graminée.

Jack a eu des rendements en grains de 300 lbs/acre (300kg/ha). Il vend le blé 2$/lbs (4€/kg). La récolte a lieu 6 semaines après la récolte de blé.
Les chercheurs  espéraient plus de rendement entre 500kg/ha et 1T/ha. Mais le climat est peut être un peu trop humide ( 1000mm/an) pour cette graminée.

Lorsqu’il ne moissonne pas, il fait généralement une coupe de foin par an. Il n’a pas eu encore l’opportunité de pâturer car il n’avait pas accès à l’eau sur ces  parcelles.

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Le blé Kernza a été sur semé en trèfle

Les bovins

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Le troupeau de Murrey Grey avec des croisements de Black Angus (robe chocolat)

Il possède un troupeau de bovins naisseur/engraisseur de Murrey Grey. Certains croisements sont fait avec de la Black Angus. Il préfère cette race  de robe claire car elles sont beaucoup plus aptes à résister aux chaleurs estivales.

Il a 120 mères. Il finit à l’herbe environ 70 bovins de 18 à 24 mois (certains en 30 mois).

Les vêlages ont lieu fin juin. Selon lui, c’est le mieux car dans la nature beaucoup d’animaux naissent à cette période.  Il pense que cela correspond donc aux mieux aux besoins des animaux. Il sèvre à 10 mois.

Conclusion

Jack a 27 ans d’expériences en agriculture biologique. Selon lui, il n’a toujours pas trouvé la bonne manière de cultiver en bio. Le semis direct est un axe principal à développer. Dans les années à venir, il souhaite au maximum utiliser cet outil pour plus de fertilité et un meilleur contrôle des adventices. Il compte tout de même garder certains outils de travail du sol car il n’a toujours pas trouvé la solution pour sortir d’une prairie sans travail du sol.

Jack fait toutes ses expérimentations sur des parcelles entières de plusieurs hectares. C’est une démarche personnelle  qui peut lui coûter cher. Mais il pense que ce sont des étapes indispensables pour un avenir plus fertile de son exploitation.

Adam Davis : Gestion intégrée des adventices

Adam Davis est un professeur chercheur à l’université de Champaign-Urbana, dans l’Illinois. La plus part de ses recherches portent sur la compréhension et la gestion des adventices.  De son point de vue,  il faut travailler avec précision et utiliser différents outils pour gérer durablement les adventices sur une parcelle et sur une exploitation.  La compréhension de l’écologie des principales adventices est primordiale pour avoir une très bonne gestion.

« Il faut réapprendre à contrôler les adventices,  avec la chimie nous avons oublié la gestion intégrée»

Biologie des adventices et nutrition :

Un système racinaire très efficace

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Figure 1 – Weed seed = Semence d’adventice – Crop Seed = Semence de la culture semée

Le système racinaire des adventices est adapté pour aller chercher un maximum de nutriments dès la germination. En effet, les petites graines n’ont que très peu de réserves pour subvenir aux besoins de la  plante.  Les racines et radicelles au démarrage sont plus fines, plus longues et plus nombreuses que celle de la culture. Elles sont donc plus efficaces pour prendre et sélectionner les nutriments nécessaires. La pousse est donc beaucoup plus importante au démarrage que la graine semée.

2Figure 2 – Le  maïs (corn) a des concentrations bien moins importantes d’N,P,K dans ses tissus que les adventices : pigweed = amaranthe, lambsquarter = chénopode, smartweed = renouée, ragweed = ambroisie

Les adventices prennent plus facilement les engrais minéraux que les cultures semées. De plus, les adventices peuvent stocker bien plus facilement des fortes concentrations en nutriments que la culture semée.

Comme les adventices sont plus efficaces que nos cultures il faut gérer la nutrition (quantité, moment d’application, placement etc) pour que ce soit la culture qui en bénéficie tout en gardant un bon contrôle du développement des adventices.

Les formes d’apports sont aussi très importantes sur la dynamique des adventices et leur développement. Par exemple,  l’amaranthe : Palmer amaranthus (Amarenthus Palmeri) capte beaucoup plus facilement les engrais azotés nitriques que ammoniacaux.

Fertilisation

3Figure 3 – L’azote fournit par la décomposition  (courbe verte) est disponible avant les réels besoins en N du maïs (courbe rouge),  ceci est donc favorable au développement des adventices

Trois points importants à prendre en compte lors de la fertilisation pour limiter de développement des adventices :

  •  Ajuster le moment d’application pour trouver l’équilibre  entre la fourniture du sol et la préhension par la plante, car tout excès sera facilement capté par l’adventice (figure 3). Toute fertilisation fractionnée ou fertilisant à relargage lent (compost etc.), permettra de coller au mieux avec les besoins de la plante, sans favoriser la germination d’adventices
  •  localiser au plus près des racines de la culture pour que la compétition avec les adventices soit plus efficace. Cela marche très bien avec le phosphore notamment qui est très peu mobile dans le sol
  • Apporter la quantité nécessaire, sans dépasser les besoins de la culture. Tout nutriment inorganique  non utilisé par la culture est potentiellement captable par les adventices

Démarrage des cultures :Fertilisation et barrières physiques

Le plus important est de gérer la fertilisation au démarrage, avec précision. Tout excès sera capté par les adventices,  toute fertilisation apportée trop loin du système racinaire de la culture sera difficilement  capté par la plante et facilement utilisé par les adventices. La concurrence  faite par les adventices sur les cultures en début de cycle impacte très fortement le rendement final.

Pour le démarrage du maïs et du blé qui ont besoin de fertilisation starter il faut travailler sur le moment d’application, la localisation et la quantité apportée.


Pour le soja il faut gérer  la lumière en début de cycle.  L’absence d’engrais azotés minéraux permet au soja d’avoir  un premier avantage important par rapport aux adventices. Ensuite la couverture du sol par un gros couvert  laissé en surface et une fermeture rapide de la canopée (grâce l’espacement entre rang et la génétique de la plante) sont les deux outils à prendre en compte.  La fertilisation en phosphore du couvert avant le soja est une technique qui a montré d’excellents résultats.

Pour confirmer cela, Adam Davis a fait plusieurs années de recherches sur le semis direct sur couvert pour la culture de soja bio ou à très bas intrant, avec couvert de seigle roulé au rolo crimper (équivalent à un rouleau faca). Les très bon résultats en terme de gestion des adventices et de rendement ont mis en relief ces deux éléments cités précédemment (couvrir le sol et refermer la canopée au plus vite).

Gestion des adventices :

Banque de semences d’adventices

Il faut à tout prix gérer la banque de semences d’adventices. Il faut faire au mieux pour que les plantes ne montent pas en graine et assurer une prédation maximum.

Il y a des graines dans le sol, elles germent en décalé suivant les années, c’est une stratégie écologique. Il y aura donc toujours des graines d’adventices prêtes à germer. L’éradication est impossible, mais la quantité par parcelle doit être diminuée grâce à certaines pratiques.

Adam Davis et son équipe n’ont pas observé de contamination croisée avec les voisins qui avaient une mauvaise gestion des adventices .C’est la gestion faite sur la parcelle qui est primordiale !

Prédation des semences d’adventices

Pour gérer durablement la  banque semencière d’adventices il faut  favoriser au maximum la prédation  par les insectes. Adam Davis m’a présenté quelques éléments clefs à savoir :

La prédation dépend énormément de la canopée de la culture. Il faut essayer d’avoir une canopée le plus rapidement ou un couvert au sol pour assurer une bonne prédation et une augmentation de la population. Un cricket peut manger en 1 jour 300 graines d’adventices.

Le travail du sol détruit drastiquement la population mais en 6 mois- 1 an le niveau initial peut être revenu.

Les insectes préfèrent les graines d’adventices aux graines des cultures car elles sont plus nutritives.

Les herbicides non pas vraiment d’impacts sur les populations d’insectes prédateurs de graines.

Les prédateurs de graines d’adventices ne sont pas les mêmes dans le temps d’une culture : au début ce sont les invertébrés et après ceux sont les vertébrés qui sont présents.

Rotation, la clef du succès

Pour Adam Davis l’outil le plus puissant et efficace pour gérer durablement les adventices d’une parcelle c’est la rotation. Il faut faire entrer différentes  phénologies (développement foliaire, chute des feuilles, maturation etc.), avoir différentes  diversités fonctionnelles de cultures (famille, plante en C3, C4 etc.),  et avoir des plantes pérennes.

Les plantes pérennes (du trèfle  incarnat ou luzerne dans son cas) est un outil très puissant et primordial. Elles permettent de couper les cycles des adventices à de nombreuses reprises dans un cycle court, de garder une prédation forte des  graines d’adventices, stimule la concurrence pour les nutriments et permet la pourriture des semences.

Une rotation à penser sur minimum 5 ans :

Adam Davis m’a présenté les deux rotations sur lesquelles il a travaillé et obtenu de très bon résultats :
– Maïs/Soja/ Blé/ Trèfle incarnat semé dans le blé au printemps. Fauche du trèfle pour foin, pas de pâturage. C’est un itinéraire technique traditionnel des cultures avec travail du sol.

-Maïs/Soja/Avoine/Luzerne pendant deux ans.  Fauche de la luzerne pour le foin, pas de pâturage. C’est un itinéraire technique traditionnel des cultures avec travail du sol.

Dans les deux rotations il a pu diminuer le stock semencier de 4,5 fois.  La rotation est assez simple mais la clef de la réussite sur la gestion des adventices est de réussir à couper le cycle des adventices, pour les réguler et éviter leurs multiplications.

4Figure 4 – Évolution de différents critères selon les années – Adam Davis présentation

Le graphique montre l’évolution de certains postes à l’année 2,3 et 4 de la rotation. Les rendements (yield) des cultures sont sensiblement les mêmes. La banque semencière (seed bank) diminue constamment  au fils des années, l’azote minéral et les herbicides ne sont pratiquement plus utilisés.

Quels outils utiliser ?

5Figure 5 – Le plus important outil de gestion des adventices sur la ferme- Adam Davis présentation

Diversifier

« Il faut à tout prix diversifier les outils de gestion des adventices, c’est primordial ! »

Une constante et une unique  forte pression sur une adventice la  fait  rapidement évoluer vers une solution pour survivre. L’utilisation d’un seul outil sélectionne forcément une résistance, même en agriculture biologique.

Carte des adventices

« Une carte des adventices référençant le développement des adventices sur plusieurs années sur une parcelle permet un meilleur suivi à l’échelle de la parcelle mais aussi de l’exploitation. »

 Il permet de travailler précisément  et efficacement sur les endroits de développement des adventices pour arriver au mieux à contrôler et d’adapter les itinéraires techniques de la parcelle.

Les zones des parcelles avec des adventices problématiques peuvent être identifiés physiquement par un jalon pour suivre l’évolution sur la parcelle et éviter la décimation lors de la moisson par exemple.

Les herbicides

« Les herbicides doivent être un outils qui permet d’ajuster plutôt que d’être l’élément principal de  la gestion des adventices. »

Pour retarder la résistance aux herbicides  la rotation de molécules n’est pas efficace il faut plutôt privilégier les pulvérisations de mélanges/cocktails.  En effet,  l’intervention avec plusieurs  molécules actives est plus efficace et l’adaptation de la plante aux molécules actives est plus complexe, donc la sélection de plantes résistantes est retardée.  Adam Davis et son équipe ont montré dans l’un de leurs travaux en plein champs sur des amaranthes  (Waterhemp ) avec des pulvérisations de 3 molécules actives différentes ils ont 51 fois moins de chances de développer des résistantes au glyphosate comparé à des pulvérisations de 2 molécules actives.

Mais attention le cocktail permet seulement de retarder la résistance aux molécules. Si la chimie est le seul outil utilisé pour contrôler les adventices la résistance  apparaîtra quand même un jour ou l’autre.  Il faut donc diversifier les moyens de lutte !

La moissonneuse

« Les moissonneuses sont les meilleures disperseurs de graines d’adventices ».

Pour lui c’est une thématique très importante. Aujourd’hui nous manquons cruellement d’informations mais il faut essayer de trouver des solutions pour limiter la diffusion par la moissonneuse.

Les récupérateurs des menues pailles ou destructeurs de semences d’adventices (« The Harrington seed destructor »)  sont des outils qui peuvent être très efficaces.

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Figure 6- Dispersion des graines d’adventices (points noirs)  par la moissonneuse par rapport à la plante mère (gros point marron) – Adam Davis présentation
7Figure 7 – The harrington seed destructor – Adam Davis présentation

Quelques principes à retenir ?

Dans l’une des présentations qu’il m’a donné une diapositive m’a paru importante d’être traduite :

Approfondir sa gestion d’adventice

Connaitre la population d’adventices :

                -biologie des espèces dominantes

                -distribution spatiale et densité de ces plantes sur la ferme

Quels sont les pratiques courantes qui font que les adventices sont présentes :

                -Moment de germination

                -Résistance

                -Enorme banque semencière

                -Compétition

Comment chaque outil peut impacter les adventices problématiques ?

Comment puis- je combiner les outils à ma disposition, et les faire varier dans le temps pour être efficace dans le futur ?

                -Utiliser des herbicides pour ajuster et non pour piloter la gestion des adventices

                -Faire ressortir les outils les plus pertinents

Faire attention et ajuster ses stratégies : il faut adapter sa gestion au fil du temps

Conclusion

La gestion des adventices est une étape clef dans la réussite de la culture.  L’utilisation de multiples outils de gestions des adventices permet d’éviter la création de résistances. La connaissance des adventices est le levier principal pour arriver à gérer durablement et simplement les adventices sur son exploitation.

De nombreux documents scientifiques passionnants sur le travail de Adam Davis sont disponibles en libre accès sur Internet, n’hésitez pas à aller les consulter.

Toutes les illustrations sont issues d’un power point donné à la suite de notre rencontre et du livre de Adam Davis :  Integrated Weed Management « One Year’s seeding… » Michigan State University Extension Bulletin E-2931, March 2007

Will Glazik – Du semis direct en agriculture biologique

Will Glazik est un jeune de 26 ans, conseiller agricole. Il exploite pour lui quelques hectares en grandes cultures en agriculture biologique. Il travaille également sur la ferme de son père.

Sa ferme est en deuxième année de conversion en AB. Il y produit du blé, du soja et du maïs.

La santé de ses sols est son objectif  principal. Son père étant en agriculture biologique, il a toujours baigné et apprécié le challenge de ce mode de production. C’est donc naturellement vers l’agriculture de conservation des sols, et notamment autant que possible  du semis direct  en  bio qu’il souhaite travailler sur sa ferme.

La ferme de son père est en bio depuis 15 ans. Il exploite 400 acres (160 ha) en majorité pour l’élevage de bovins viande. Il produit des bovins croisés   Angus X Hereford, en pâturage tournant dynamique depuis un an. Les bovins engraissés sont vendus en vente directe. Sur 10% de la surface ils font du soja, du blé et du maïs.

Le contexte pédoclimatique de la région est très favorable aux grandes cultures. Les sols de la région sont les anciennes terres noires issues de prairies natives/savanes de chênes.  Les sols sont argilo-limoneux et ont 4% de M.O. Delon l’agriculteur l’eau n’est pas un facteur limitant toute l’année. La pluviométrie est aux alentours dès 1000mm/an.

Rendements espérés en bio

150 bushel/acre en Maïs = 120 qtx/ha

70 bushel/acre  en Blé  = 47qtx/ha

55-60 bushel/acre en Soja= 40.8 qtx/ha

Itinéraire en semis direct pour le soja (en agriculture biologique)

L’itinéraire technique est assez simple : Rouler au rouleau faca type « rolo crimper » le couvert, semer en direct le soja et moissonner.

Le couvert de seigle (7-10T MS/ha) est roulé au rolo-crimper  à 100% de la floraison du seigle.

L’espacement entre rang du semis est de 30 inches (76cm). Le semis est réalisé juste après le roulage.

Le soja reste très propre durant tout le cycle. Cependant en semant large il se garde la possibilité    d’intervenir avec le scalpeur si besoin.  Il n’a pas eu besoin de le faire dans les sojas semés en direct dans du seigle pour l’instant.

Il se fait sa propre semence. En conservant la meilleure partie de ses parcelles  semées en direct il souhaite arriver sur le long terme à avoir une génétique qui correspond à ses pratiques.

Il choisit toujours des variétés «  short growing  season » (cycle court)  pour le soja et maïs. Ceci lui permet de semer tôt  les couverts et ainsi d’avoir de bonnes productions de biomasses.

Pour le soja il est assez confiant dans son itinéraire en semis direct. Les résultats sont au rendez-vous.  Il n’a pas de problèmes de développement important d’adventices. La technique fonctionne très bien dans son contexte.

Itinéraire en direct pour le blé

Il sème le blé (120kg/ha) après la moisson du soja en octobre. Le blé est semé avec du « tillage radish »(radis) qui sera détruit par le gel de l’hiver. Il sème à la volée du trèfle incarnat  en mars quand le sol est gelé le matin et dégèle l’après-midi.

Il ne réalise pas de fertilisations extérieures pendant tout le cycle. Ses voisins en conventionnel ne font pratiquement pas de fertilisations non plus. Il utilise donc la même génétique que ses voisins.

Il ne fait pas d’interventions fongiques. Il espère en faisant un bon choix variétal et en améliorant la vie biologique du sol avoir un minimum de problèmes. Les problèmes  fongiques en bio dans son secteur impactent généralement 10% du rendement final. Une perte qu’il juge négligeable.

Il a observé en suivant les fermes bio que les premières années il y avait des problèmes avec les insectes mais que l’équilibre arrive au bout de 5-7 ans. Pour l’instant, il n’a pas eu de problèmes majeurs.
Il broye le trèfle incarnat généralement une fois. C’est souvent un passage en août pour contrôler les adventices d’été.
Il n’a pas de problèmes d’adventices en général sur le cycle du blé. Il a quelques chardons mais c’est une plante qu’il espère voir disparaitre avec le temps.

2 Blé-radis en directBlé semé en direct. Les feuilles de radis sont “cramées” par le froid de l’hiver. La présence de résidus de soja et du reste du couvert de seigle permettent un très bon paillage au sol.

Itinéraire technique maïs

Will Glazik cherche encore  l’itinéraire technique qui lui permettra de travailler au minimum le sol et de contrôler au mieux les adventices et d’avoir une meilleure nutrition pour le maïs.

Actuellement c’est un couvert de trèfle incarnat qui est présent  avant le maïs. Ce couvert permet d’apporter 180 pounds N/acre d’azote (180kg N/ha). Il complète avec une  fertilisation de 60 pounds N /acre de fientes de volailles sur toute la parcelle une semaine avant le semis du maïs.

Généralement il disque sur 15 cm et sème en suivant. Le semis se fait à 30 inches (76cm).

Il viendra scalper le nombre de fois nécessaires pour avoir un bon contrôle des adventices dans l’inter rang. Il cherche cependant à trouver une meilleure solution pour contrôler les adventices sur le rang.

Après la moisson il sème un seigle qui sera le couvert végétal avant un soja.

La génétique adaptée à un travail du sol léger, voir à du semis direct en agriculture biologique n’étant pas sélectionnée par les professionnels de la semence, il va devoir faire un grand travail de tri variétal pour trouver la génétique qui lui convient.

Des essais de semis direct dans le couvert de trèfle avec un scalpage en suivant pour contrôler le trèfle et les adventices n’a pas donné un résultat satisfaisant.

Gestion des adventices

Il n’a pas encore de problèmes de gestion des adventices, mais il souhaite vraiment développer ses techniques et ses connaissances, car il pense qu’il a encore beaucoup de progrès à faire.

Le changement de la flore quand les sols sont cultivés en bio sont notables. Il n’a pas une amaranthe dans ses champs alors que les voisins sont envahis. Il doit donc essayer de trouver lui-même le système qui correspond à ses attentes.

Les couverts végétaux sont son premier outil de contrôle. Il vient ajuster si nécessaire en scalpant dans la culture ou en passant les disques avant le semis de la culture ou du couvert.

Pour l’instant il ne veut pas travailler avec la vesce car dans les semences une grande partie ne germe pas la première année.  La vesce peut alors devenir une adventice l’année d’après.

4- seigle en direct avec tapis de seigle su soja direct de la dernière Seigle (pour moissonner) en direct après soja. Le couvert de seigle de l’année dernière avant soja est encore très présent et continuer à avoir un effet positif sur le contrôle des adventices.

Fertilisation

Les couverts sont les premiers fertilisants. Il utilise aussi un peu de compost et de fientes de poules.

De la chaux et du souffre sont épandues avant le maïs.

Le travail du sol

Il essaie de travailler au minimum son sol. Donc généralement il passe seulement les disques avant le maïs et quand une parcelle en a besoin. Cependant pour l’implantation du soja et du blé c’est le semis direct qui est privilégié.

Il utilise un scalpeur pour le contrôle des adventices. Il se garde le droit d’utiliser le scalpeur dans le soja si nécessaire. Pour les sojas semés en direct dans des bons couverts de seigle il n’a toujours pas eu besoin de l’utiliser.

Quelques idées pour l’avenir

Il souhaite densifier le couvert de trèfle (pour le futur maïs) à la fin août avec de l’avoine de printemps ou avec d’autres mélanges d’été, pour faire beaucoup de biomasse à l’automne. Cette biomasse sera détruite par le gel de l’hiver.  Ceci lui permettra d’avoir beaucoup de biomasse morte au sol au printemps pour mieux concurrencer les adventices. Il ne veut pas de couvert poussant au printemps avant le maïs pour pouvoir semer le maïs au 1er Mai. L’entretien des adventices sera fait au scalpeur dans le maïs autant de fois que nécessaire.

Il souhaite mettre plus de cultures dans la rotation.

Il a envie d’essayer de semer de l’avoine de printemps à la volée dans le maïs développé. Ensuite il sèmera en direct du seigle dans cette avoine, puis fera pâturer une première fois  de l’avoine à l’automne et le seigle sera présent et poussera pour un couvert hiver/printemps avant un soja. L’avoine de printemps sera contrôlée parfaitement dans l’hiver par le gel.

Le strip-till à disque va être développé pour le maïs. L’idée est de passer à l’automne et au printemps pour préparer un lit chaud pour le démarrage du maïs. Un scalpage sur toute la surface sera fait pour tuer/contrôler le trèfle. D’autres scalpages entre les rangs de maïs seront effectués pour le contrôle des adventices dans le maïs.

5 Trèfle incarnat de blé avec strip till pour le maïsTrèfle incarnat avec un passage de strip-till. Photo du 16 décembre.

L’atelier bovin viande bio de son père

Cette exploitation ce situe à 20-25 minutes de l’exploitation de Will Galzik. L’exploitation fait 400 acres (160ha) avec 10% en culture et le reste en prairies temporaires ou permanentes. Il y a 50 vaches. Au sevrage 35 veaux seront engraissés, la moitié au grain et la moitié à l’herbe jusqu’à environ 450 kg. Les animaux aux grains sont finis entre 15 et 17 mois et les animaux à l’herbe sont finis entre 18 -24 mois. Le croisement utilisé pour  l’engraissement est de l’Angus X Hereford. Tous les animaux engraissés sont vendus en vente directe.

Il y a 10% de la surface en grande culture : maïs, soja, blé. Ces parcelles rentrent en rotation avec des prairies temporaires.

Les vaches sont en extérieur toute l’année et l’hiver au foin.

Tous les mélanges prairiaux sont les mêmes : luzerne,  orchard grass (type de dactyle), fétuque et trèfle incarnat.

Les prairies temporaires sont semées  à la volée au printemps dans le blé qui finit la rotation.

L’arrivée du pâturage tournant dynamique a permis  l’extension de la période de pâturage de 2 mois dès la première année. Ils ont commencé un mois plus tôt et fini un mois plus tard que les années précédentes.  Il y a 4 rotations par parcelles dans l’année.

La fertilisation pratiquée est un compost épandu dans la prairie l’année avant le maïs.

7 - cows au foin.jpg Les vaches au foin à l’extérieur sur sol gelé. Cette parcelle sera un maïs l’année prochaine. Le chariot est déplacé tous les jours.

9-endroits pour vaches quand c'est trop humide Lorsque les sols ne sont pas portants les vaches sont nourries à cet endroit. Les bovins ont accès au bâtiment et à sa cours.

De l’agroforesterie

Un nouveau projet important va être réalisé maintenant que les clôtures, les couloirs de circulation  et le système d’abreuvage sont dans toutes les parcelles.  Des arbres (chênes et autres arbres natifs américains) seront plantés sur la ligne de clôture ne comportant pas les systèmes d’eau. Ceci correspondra à une ligne de clôture sur deux.
C’est un objectif paysager dans un premier temps et qui leur permettra d’ajouter de la biodiversité sur la ferme.

Conclusion

Le système de semis direct/travail superficiel du sol en agriculture biologique que Will Glazik met en place est assez récent. Les résultats sont assez impressionnants et incitent à se pencher plus sérieusement sur ces thématiques encore aujourd’hui peu abordées en agriculture biologique. C’est une affaire à suivre dans les années à venir.

Je me rendrai sur la ferme ce printemps ou cet été pour voir l’évolution des cultures. Je ferai surement un article pour vous montrer l’évolution des cultures.
Le site internet de la ferme de son père : http://www.cowcreekorganicfarm.com/home.html

Bill Stouffer – Agroforesterie en grand culture

Bill Stouffer est un ancien céréalier (soja-maïs en semis direct), éleveur et haut élu public.  Aujourd’hui il possède une ferme de 123 acres  (50ha) dont  70 acres (28 ha) sont actuellement en agroforesterie.  Il a principalement des châtaigniers pour produire de la châtaigne avec des cultures intercalaires et un peu de sureau pour la production de fruits.

« L’agroforesterie va dans la continuité de ce que je faisais avant avec les grandes cultures, j’essaie de récolter le maximum de soleil tout au long de l’année. »

1 Les châtaigniers et le blé en février

Châtaigniers

L’objectif principal de cette association arbre fruitier X culture est de produire de la châtaigne. Les cultures permettent de produire plus par unité de surface tant que les houppiers des arbres ne se touchent pas.

Plantation

Bill a choisi de planter du châtaignier chinois (Castanea mollissima?) . Ce châtaignier est résistant aux maladies, insectes et résiste aux températures très basses de cette région des Etats-Unis. Les variétés plantées sont : Ching  pour son très bon rendement, Peach pour la qualité visuelle de ses fruits, Core, Gédian et Sleeping giant.

L’espacement entre les arbres est de 20 pieds X 30 pieds (6 mètres X 9 mètres). Soit 70 arbres/acre (environ 185 arbres/ha). Il a choisi de planter plus dense que les recommandations normales. Dans quelques années, car les houppiers se toucheront, il souhaite couper un arbre sur deux pour retourner à la densité normale. Cette technique lui permet de produire plus de châtaignes dans les premières années où les arbres ne s’expriment pas complètement.

Les arbres sont plantés en quinconce et orientés nord-sud.

Avant la plantation il passe un chisel sur 60 cm de large. Puis il plante à la main au printemps.

Depuis le début il y a 7 ans, des nouveaux rangs de châtaigniers sont plantés, chaque année dans la continuité des plantations des années passées.

Protection

La protection au pied de l’arbre contre les mauvaises herbes est assurée principalement par la paille du blé.

Il essaie de nouvelles protections au sol car la paille de blé demande un peu trop de travail pour la gestion de l’enherbement. Il s’est alors orienté vers la bâche tissée. Le contrôle des adventices est très bon et l’humidité peu circuler tout au long de l’année. Cependant, l’avoir sur toute la ligne d’arbres coûte très cher. Dans le futur il pense poser seulement des carrés de toile tissée au pied de l’arbre.

La protection des arbres contre les chevreuils a dans un premier temps été assurée par des cages métalliques individuelles. Cependant, ces cages ont tendance à trop se salir en adventices, l’intervention sur l’arbre comme l’élagage étant trop complexe il a souhaité trouver une autre solution.  Il a donc installé des grillages de 3 mètres de haut tout autour de la parcelle. Ce dispositif est efficace.

Un tube en fer a été installé à chaque arbre pour qu’ils soient plus résistants au vent.

2Un châtaignier de 7 ans avec un tube en fer pour le soutenir et l’irrigation au pied de l’arbre

Irrigation

La totalité des châtaigniers et sureaux sont irrigués. Il utilise une irrigation au goutte à goutte au pied de chaque arbre.

L’eau provient d’un lac collinaire qu’il a créé au démarrage du projet. La totalité de cette eau d’irrigation est de l’eau récupérée lors des pluies.

Il utilise ce système aussi pour fertiliser. Il ferti-irrigue généralement 23 pound  N/acre (23kg N/ha) au débourrement des bourgeons et à la floraison.

Le nombre de tours d’eau varie énormément en fonction des années, il s’adapte en fonction du comportement des arbres. Il fait en sorte de ne jamais avoir de stress hydrique pour les arbres.

Récolte

Bill espère récolter 50 pounds à 70 pounds (23-32kg)/ arbre. Pour 70 arbre/acre (150 arbre/ha) la récolte espérée est donc de 4.5 à 6T/ha. La récolte devient satisfaisante à partir de la quatrième année.

Pour l’instant la récolte est assurée intégralement à la main. A l’aide d’un petit rouleau récolteur au bout d’un manche. Il  est encore physiquement capable d’assurer seul la récolte à la main. De plus les arbres ne s’expriment pas encore complètement. La récolte lui prend environ 6 semaines dans l’année.

Cependant, un investissement dans une récolteuse est à prévoir car il ne pense pas pouvoir assurer cela avec des grosses quantités de châtaignes. A ce moment-là, il ne sera plus possible de faire du blé car la paille viendra bourrer la récolteuse. Selon lui, la qualité de la châtaigne récoltée à la main est bien meilleure que celle récoltée à la machine.

Après la récolte il trie manuellement les châtaignes (une machine va être utilisée pour la saison prochaine). En suivant, il lave, stérilise les fruits et les met directement au frigo à 30°F (-1°C).

Vente

Il vend actuellement les fruits en direct aux consommateurs.  Le prix est de 4,5$/pound  (environ 9$/kg et 1$=1€). Aujourd’hui la demande, notamment de la communauté asiatique, est très forte pour la châtaigne entière.

Le prix de vente est largement au-dessus de ce qu’il avait prévu dans ses calculs financiers avant l’investissement. Il sait qu’il peut descendre jusqu’à 2.5$/pound (5$/kg) et continuer à gagner de l’argent.
Il pense que le prix de vente va diminuer quand sa production va augmenter. Cependant il reste très confiant quant à la rentabilité de son investissement.

Il vend également des greffons à 75cts par brin. L’intervention est assez simple. Il coupe au sécateur une pousse de l’année et vend cette pousse.

Du blé comme culture intercalaire

Lors de la première culture en 2009 il avait fait de la citrouille en semis direct. L’année suivante il avait fait du maïs consommation, cependant il avait été totalement détruit par la faune sauvage.

Ainsi, depuis 5 ans il fait du blé sur blé. Les rendements restent stables et semblables aux moyennes de la région (70 bu/acre, soit 55qtx/ha) malgré cette rotation normalement déconseillée.

Le blé est économiquement intéressant et la vente d’autres cultures d’hiver est complexe dans la région.

Le blé est un très bon compagnon du châtaignier. En effet, le blé permet de gérer les excès d’humidité de l’hiver. Il est récolté lorsque l’arbre commence à avoir des demandes importantes en eau. La paille produite par le blé est réutilisée pour gérer l’enherbement au pied de l’arbre.

Le blé est semé en direct à l’aide d’un semoir de 3mètres. Le pulvérisateur fait la taille de l’inter rangs.

Le blé est fertilisé, désherbé, et deux fongicides sont faits.

6Blé et châtaignier, une association très positive

Sureaux

Depuis 2-3 ans il produit aussi du sureau pour le fruit sur 5 acres (2ha). Il vend la totalité de sa production à un groupe de producteurs qui ensuite transforme cette marchandise.

3Sureau détruit au broyeur à gauche et non détruit à droite

Plantation

Il a planté 4 cultivars américains. Sur ces cultivars américains le fruit est produit sur la pousse de l’année. Les cultivars sont : Ranch, Bob girdon, Wylde Wood et  Adams.

Il gère l’enherbement sur le rang avec une bâche plastique noire.  L’entretien de l’inter rang sera fait au broyeur.

Il avait commencé par planter  les cultivars avec des racines mais  le taux de reprise n’était pas aussi satisfaisant que les bouturages. Il ne réalise à présent que des bouturages.

Irrigation et fertilisation

L’irrigation au goutte à goutte est placée en dessous de la bâche plastique. Il fait aussi de la ferti-irrigation.

Il met en début de saison environ 1 pound (500 grammes) de 10-10-10 au pied de chaque individu.

Santé de la plante

Les sureaux ne sont pas impactés par des maladies fongiques.

Cependant un mouche qui impacte très fortement les rendements est systématiquement présente.  Il passe donc toutes les 2 semaines  avec un insecticide de début juillet (début formation du fruit) jusqu’à la récolte.

A cause de ce parasite, il est très difficile de conduire cette culture en agriculture biologique.

Récolte et vente

4 Séparatrice des ombelles et des fruits

La récolte manuelle est faite en 6 semaines avec généralement une seule personne.

Après la récolte il passe le broyeur à fléaux pour détruire la pousse de l’année qui ne sera plus productrice de fruits.

Il récolte actuellement 3000 pounds pour 5 acres (1400 kg/2ha).  Le rendement attendu lors de la pleine production est de 5000 pounds/ 5 acres (2300 kg/2ha).

Le prix de vente est de 2$/pound (4$/kg).

Il utilise une machine qui permet de séparer les ombelles des fruits.  En suivant il lave, met en sachet et congèle les fruits.

Il est extrêmement satisfait de cette production.

5Laboratoire de triage, lavage et conservation du sureau et de la châtaigne

Conclusion

La châtaigne est la production principale. Le sureau et la châtaigne  doivent être gérés précisément en terme d’irrigation, de l’azote et des adventices. Il possède une marge de manœuvre très intéressante pour continuer à être rentable.  Bill Stouffer et sa femme son très satisfaits de cet investissement pour eux, leurs enfants et petits-enfants.