Greg Judy – Pâturage tournant toute l’année, gestion naturelle du troupeau, limitation des intrants, régénération des sols et création de nouvelles sylvo-pâtures

Greg Judy est un des leader des Etats-Unis sur les réflexions de gestion du pâturage et des bovins viandes. Il réalise de nombreuses conférences à travers les Etats-Unis pour présenter son travail sur sa ferme. Sur sa ferme il utilise le pâturage tournant intensif pour entre autres régénérer les sols. Il a une gestion du troupeau sans utilisation de produits vétérinaires.

Greg est situé dans la région de Ozark dans le Missouri. La pluviométrie est d’environ 1000 mm/an avec des hivers froids et des étés très chauds et humides. Les parcelles sont vallonnées, avec des sols peu profonds à faible potentiel de production.

Greg, Jacob (en charge de la ferme) et un ou deux stagiaires font tourner au quotidien et toute l’année dans ses prairies un troupeau de bovins (naisseur/engraisseur). Tous les bovins finis à l’herbe sont vendus en vente directe. Un troupeau d’ovins viandes est aussi présent sur la ferme. Depuis peu un couple gère la production de poules pondeuses et de porcs sur la ferme, deux ateliers que Greg faisait lui-même auparavant.

Le texte qui suit est issu de deux rencontres à la ferme de Greg Judy (hiver et printemps) et de quelques unes de ses conférences auxquelles j’ai assisté durant l’hiver  2016-2017

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Greg Judy regarde l’activité biologique sous les restes de foin distribué à la pâture cet hiver

 

« L’herbe c’est mieux que de l’or car elle peut être mangée »

Un seul groupe de bovins

Greg possède un seul groupe de bovins viande. En effet, il ne sèvre pas les animaux depuis 12 ans. Depuis deux ans il ne sépare pas les taureaux et les autres mâles du troupeau. Les mâles du troupeau  ne sont pas castrés.

Au final un seul groupe de plus de 350 têtes évolue sur la ferme. Cette pratique permet de simplifier le travail au quotidien. De plus, il peut utiliser ce troupeau pour avoir un plus gros impact positif des animaux sur les zones qu’il souhaite restaurer.

Les demandes en qualité nutritionnelles de chaque animal du troupeau sont différentes. Le choix est de fournir une alimentation de qualité à tous les individus du troupeau au quotidien. Pour cela les animaux sont déplacés plusieurs fois par jour pour qu’ils puissent tous pâturer le premier tiers de l’herbe qui est le plus riche.  Lors de ma visite en pleine pousse printanière les animaux sont déplacés 4 à 6 fois par jour, tous les jours de la semaine. Il avance le plus rapidement possible les animaux pour avoir le moins d’herbe qui monte à graine. En 7 jours ils ont pâturé environ 300 acres (120ha) avec un peu plus de 350 bovins. Même si certaines vaches vêlent à cette période ils continuent à avancer.

Il n’y a pas de fils arrière. Les animaux restent toujours dans le nouveau paddock donné car la meilleure herbe a déjà été consommée.
Les animaux ont toujours accès à un abreuvoir. Les seuls retours en arrière des animaux sont pour aller à l’abreuvoir. Un même abreuvoir peut être utilisé au maximum pour 3 jours de rotation.

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Deuxième déplacement de la matinée vers 11h. Les animaux savent que la rotation allait arriver, les animaux se sont présentés tous seuls devant le paddock.

 

Infrastructure

L’infrastructure est assez limitée. Tous les contours des parcelles sont clôturés en High Tensil et électrifiés un fil sur deux. Il n’y a pas ou très peu de clôtures intérieures, ni de couloirs de circulation. Greg veut limiter tout blocage occasionné par des portes, fils intérieurs etc. Ceci permet de circuler plus facilement et le plus vite possible sur toute la ferme. Le système est plus flexible. Tous les paddocks (plusieurs par jour) sont posés avec du fils polywire électrifié et des piquets de clôtures plastiques amovibles.

Le fil du bas des clôtures extérieures est le fil pour la terre, il ne fait donc pas d’entretien de l’herbe sous la clôture.

Tout le système d’eau est assuré par des lacs collinaires qui alimentent des abreuvoirs par gravité. Pour que toute l’eau du lac ne gèle pas, il creuse le plus profond possible pour avoir une eau non gelée même en hiver. Dans les abreuvoirs il ajoute à chaque nouvelle utilisation de l’hypochlorine pour donner de l’eau de qualité aux bovins. Les lacs sont clôturés lorsqu’ils sont intégrés dans un paddock, car les bovins ne doivent pas avoir accès directement à cette eau.

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Clôture, le fils du bas est connecté à la terre

Mob Grazing, de l’herbe de qualité au quotidien mais pas que…

Le nombre conséquent de mouvements par jour permet une meilleure homogénéité de l’impact des bovins sur toute la surface de la ferme. Cette homogénéité est caractérisée par une meilleure répartition des déjections, un meilleur impact sur toute la flore, un meilleur piétinement de la flore non consommée etc…Tout en cherchant à donner la meilleure herbe pour ses bovins il cherche aussi à construire ses sols par un meilleur impact de ses animaux.

Avant de commencer cette technique appellée « Mob Grazing », Greg a longtemps pratiqué le Management Intensive Grazing (MIG) aussi appelé High Density Grazing. Cependant, cette technique n’était pas adaptée à son contexte climatique et de flore. En effet, cette pratique un peu plus semblable au système de la Nouvelle-Zélande avait tendance à laisser moins de résiduels d’herbe, des entrées sur des paddock avec de l’herbe plus basse et moins mâture, les temps de retour sur parcelles étaient plus court et il était difficile de construire assez de stocks sur pieds pour l’hiver.
En passant du MIG vers le Mob Grazing il a pu multiplier par 4 le nombre d’animaux présents sur la ferme toute l’année. Il n’a actuellement pratiquement plus besoin de foin pour l’hiver.

Il explique notamment que lorsqu’il faisait du MIG, en été dès que la pluie cessait pour quelques semaines la prairie se mettait en dormance et il fallait attendre la prochaine pluie pour espérer une pousse d’herbe. En sachant qu’il n’y avait pas forcément assez de résidus au sol pour permettre au sol d’infiltrer l’eau, l’efficacité de production de biomasse produite/mm d’eau pluie était moins bonne.
Aujourd’hui avec le Mob Grazing, il peut anticiper et passer l’été avec beaucoup moins de risques de se retrouver sans herbe à pâturer. En été, les temps de retour par parcelles peuvent être de 45 à 60 jours selon l’année.

En pâturant seulement un tiers de la plante à chaque rotation le résiduel de sortie de paddock est de plus en plus important à chaque nouvelle rotation. Les prairies à dominance de fétuque peuvent alors plus facilement pousser en été car elles ont plus de réserves en biomasse aérienne et racinaire. De plus, le stock sur pied pour l’hiver est élaboré par la même occasion. Le stock sur pied de l’hiver se construit donc dès le début du printemps. La fétuque est l’une des seules plantes de ses prairies qui reste verte et de bonne qualité durant l’hiver.

En pâturant des plantes plus hautes la qualité n’est pas forcément impactée et le coefficient de transformation n’est pas forcément impacté. En effet, les plantes sont en majorité pâturées avant qu’elles montent à graine. Le rapport énergie/protéine est alors idéal selon l’agriculteur. Lorsque l’herbe était pâturée trop jeune avec le MIG, la plante avait trop de protéine et pas assez d’énergie. L’animal n’arrivait pas à digérer, les performances animales n’étaient pas forcément les meilleures.

Les prairies de Greg sont extrêmement diversifiées. Selon lui avec le Mob Grazing la diversité de flore de ses pâtures a vraiment été améliorée. Les légumineuses, graminées estivales en C4 ( plantes endémiques : indian grass, switch grass, little blue stem et big blue stem) et autres dicotylédones sont très présentes.

En théorie, à l’échelle d’un paddock, sur toute la biomasse 1/3 est mangée par les bovins, 1/3 est couché au sol pour nourrir le sol, et 1/3 est du stock sur pied pour la suite de la pousse.

Il ne fertilise pas ses prairies depuis plusieurs années.

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Le troupeau dans un des paddocks de la journée

Gestion naturelle du troupeau

Greg a une gestion générale et sanitaire de son troupeau qu’il qualifie de « naturelle ». Il n’utilise pratiquement aucun produit vétérinaire sur ses animaux. Il essaie au plus de s’inspirer de l’organisation des troupeaux de bisons qui pâturaient aux Etats-Unis avant l’arrivée des colons.

Tous les bisons évoluaient dans un même groupe, les animaux n’étaient pas vaccinés, vermifugés, ne recevaient pas d’antibiotiques et bien d’autres produits.
Les mâles n’étaient pas castrés, ils restaient dans la même « meute » avec les vaches. Une certaine hiérarchie/organisation de groupe était présente entre les taureaux, les vaches et génisses. Selon les récits des premiers colons les troupeaux évoluaient calmement sans combats vers de nouveaux herbages au quotidien.
C’est sur ces idées que Greg Judy a souhaité travailler avec son troupeau. Tout d’abord il simplifie son travail et diminue ses coûts de production. Ensuite, pour la vente directe de ses produits, il peut espérer vendre un produit assez unique à ses clients.

Greg ne sèvre pas ses veaux depuis plus de 12 ans. La lactation de ses mères est moins importante au début comparé à des vaches normales, mais la production de lait est plus longue. Le lait fourni  jusqu’à la fin pour les veaux est de très bonne qualité et très riche. Pour l’agriculteur, ceci permet au veau d’obtenir une sorte de « concentré »quotidien qui améliore le GMQ.  Le sevrage se fait donc naturellement sans intervention de l’homme.
L’agriculteur fait remarquer que les mères qui donnent trop de lait (critère de sélection pour la plus part des Organismes de Sélection de bovin), donnent des veaux qui ne grossissent pas dans son mode de gestion. Car ces veaux ne vont pas beaucoup pâturer. Les animaux resteront petits et ne gagneront pas en masse. Il ne garde pas ce type de mère.

Greg ne fait plus de vaccins ou de vermifuge. Selon lui, beaucoup de maladies sont des maladies issues de problèmes d’animaux qui ont été sur des parcelles avec une mauvaise gestion : terre nue, herbe de mauvaise qualité, temps de retour par paddock trop court (voir tout simplement pas de pâturage tournant). Après plusieurs années de sélection il obtient des animaux qui ont des GMQ intéressants sans utiliser ces produits pharmaceutiques.

Lors des vêlages ils continuent les nombreuses rotations quotidiennes des animaux. Les animaux qui vêlent suivent, à leur rythme. Ils ne travaillent pas avec de fils arrière, donc la vache qui vient de vêler rejoindra à son rythme le troupeau. Selon l’agriculteur, ce n’est pas une gestion facile tous les jours, mais le résultat est-là.

Il ne castre pas les mâles à l’engraissement. L’agriculteur dit que l’on ne fait pas la différence en goût des animaux castrés ou non. De plus, une grande partie de ses animaux sont vendus en vente directe, la qualité et le goût de la viande doivent donc être au rendez-vous. Aucuns problèmes à signaler selon l’éleveur. Il ne pense pas avoir de perte de GMQ. Comme le troupeau se comporte comme une « meute » les mâles respectent une certaine hiérarchie de groupe. Le groupe reste très calme et il n’y a aucun problème de comportement dangereux. Lors de ma visite nous étions 8 personnes au milieu du troupeau à faire des aller-retours dans le paddock. Tous les animaux  continuaient à pâturer tranquillement (y compris les mâles et taureaux), voir à venir vers nous.

Depuis 2-3 ans il ne retire pas les taureaux des troupeaux. Selon lui, si une femelle se fait saillir en hors saison, ce n’est pas la faute au taureau, c’est la faute à la femelle qui est tombée en chaleur à la mauvaise période. Avec ce système, il vont obtenir des cycles de 11 mois au lieu de 12 mois. Les vêlages devraient être étalés sur une plus grande période.

Selon l’agriculteur, la consanguinité ne sera pas un problème dans l’élevage.

Il apporte des minéraux à la parcelle. Les animaux choisissent eux même les minéraux dont ils ont besoin. En effet le bac a minéraux est divisé en plusieurs compartiments. Chaque compartiment est rempli d’un seul minéral.

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Vaches et veaux au bac à minéraux

 

Génétique

Le croisement utilisée par Greg correspond à de la Red Angus/Hereford/Sanapol/Barzona. Cette génétique issue de la Louisiane (sud des Etats-Unis très chaud et humide) lui permet d’avoir des animaux adaptés aux fortes températures et à l’humidité de l’été du Missouri.

Les vaches et taureaux recherchés sont des petits gabarits avec un poids d’environ 1000-1100 lbs/vache (450-500kg/vache).

« We have to be the predator of our herd » : Nous devons être le prédateur de notre troupeau

Ce troupeau demande une gestion particulière et une anticipation des problèmes. Au démarrage beaucoup d’animaux n’ont pas bien réagi à ce mode de gestion. Selon l’agriculteur, ce n’est pas de sa faute. C’est l’animal qui n’est pas adapté à son mode de gestion. Il ne sert à rien de dépenser de l’argent dans ces animaux ne répondent pas à ses attentes. Les animaux sont donc sortis du troupeau.

Les premières années un grand travail de tri des animaux est réalisé. Il faut garder les animaux qui s’adaptent et sortir ceux qui font perdre de l’argent.

« We like to throw money in problem » : Nous aimons gaspiller de l’argent dans nos problèmes

Greg essaye de construire à chaque étape un animal avec le minimum de coût de production. Gaspiller de l’argent pour un problème ne fait pas vraiment parti de sa philosophie. Il préfère résoudre le problème en réfléchissant sur l’intégralité de son système.

Selon Greg le frein principal pour faire appliquer cette gestion « naturelle » (pas de sevrage, le taureau dans le troupeau, pas de médecine etc..) provient surtout de l’agriculteur. Le plus gros pas à franchir vient de la mentalité de l’agriculteur et non de la technique en elle-même. Aujourd’hui Greg et Jacob n’ont pas envie de revenir en arrière.

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Au premier plan un futur taureau qui sera vendu. Ce taureau évolue calmement au milieu des vaches, veaux et génisses et des hommes

 

Quelques mesures

Le pH de l’urine (taureaux, veaux, génisses, vaches) est pris plusieurs fois par semaine  pour évaluer la qualité des pâtures et adapter la rotation. Ils font un ou deux relevés par semaine. Ils utilisent un simple papier pH. Il font le prélèvement sur de l’urine qui vient d’être déposé sur un feuille d’herbe.

Les taux de sucre (unité :  degrés Brix) sont aussi suivis pour évaluer la qualité du fourrage des nouveaux paddocks. Le pH de l’eau est aussi mesuré dans chaque abreuvoir, ils utilisent un simple papier pH.

Nichoirs pour contrôle parasitaire

Un meilleur contrôle des mouches et des insectes parasites est en partie assuré par les quelques 450 nichoirs installés dans les pâtures. Ils sont tous espacés à plus ou moins tous les 100feet (30 m).
L’agriculteur dit vouloir généraliser cette pratique sur toute la ferme car l’impact est notable et positif.

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Des nichoirs pour un meilleur contrôle des parasites

Sylvo-pâture

Avant l’arrivée de colons aux Etats-Unis, dans la région du « mid-west » les bisons évoluaient dans un écosystème hybride entre les prairies et les forêts : la savane. Un milieu avec des prairies productives et quelques arbres (50% de canopée). Dans la continuité d’un élevage « naturel » Greg souhaite recréer plus de savanes. Nous pouvons aussi appeler cet écosystème : sylvo-pâtures.

L’herbe à l’ombre des arbres contient moins de lignine. L’herbe est donc plus digestible pour les bovins. Greg a observé que ses animaux apprécient et recherchent cette herbe dans les paddocks.

Lors de ma visite en Mai à  chaque changement de nouveau paddock les veaux vont manger en premier les feuilles de certains arbustes.

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Ces arbustes sont une composante importante des pâtures. Les veaux mangent en premier cet arbuste à chaque changement de paddock.

 

Le projet

L’éleveur souhaite louer d’anciennes pâtures laissées à l’abandon et ré-ouvrir ces milieux pour installer de nouvelles pâtures. Il espère ainsi trouver un équilibre entre arbres et prairies.
Il n’a pas pour l’instant comme projet de planter des arbres sur ses pâtures actuelles. Il préfère limiter les investissements. Il laisse certains arbres qui poussent naturellement dans ses parcelles.

Ses plus vielles sylvo-pâtures ont 3 ans. Il en créé de nouvelles chaque année.

Comment

Pour ré-ouvrir certaines anciennes savanes à l’abandon qui ont été envahies par la forêt Greg utilise essentiellement les animaux, du foin, une tronçonneuse et un peu d’huile du coude pour installer de nouvelles pâtures. Il ne sème pas de prairies.

Dans un premier temps Greg ouvre la canopée à la tronçonneuse. Il enlève tous les buissons et arbres envahissants. Il laisse environ 20 à 30 arbres/acre soit 40-60 arbres/ha. La sélection des arbres est faite en fonction des objectifs et de la situation de la parcelle. Pour pouvoir dérouler le foin il empile les branches et récolte du bois de chauffage et du bois à scier.  Pour éviter les repousses d’arbres ou arbustes coupés, il applique dans les 3 heures après la coupe un mélange de diesel + crespo (herbicide) sur la souche.

Ensuite il relance la machine biologique du sol en ayant un impact positif maximal avec les animaux et du foin.

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Cette parcelle a été ré-ouverte cet hiver. Il y a eu un pâturage de foin pendant l’hiver et un pâturage au printemps
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Au sol, dans la pousse de la première année : des résidus de foin et la pousse spontanée de plantes qui seront pâturées

Pendant l’hiver il déroule au sol entre 1 et 3 balles de foin/acre soit 2 à 6 balles à l’ha. Cet hiver ils l’ont fait sur 33 acres (13 ha). Les bandes  de foin sont éparpillées à la fourche. Ceci permet de mettre du carbone sur toute la parcelle. Les vaches viennent ensuite manger ce foin. Les déjections des animaux (=activateur biologique) sont homogènement réparties.

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Répartition du foin pendant l’hiver avant pâturage. Photo issue d’une conférence

En hiver, les vaches sont à l’entretien. Leurs besoins alimentaires sont donc très limités. Il achète alors du foin de basse qualité à 15$-20$(15-20€) la balle de 1000-1200 lbs (450-550kg). Le gaspillage est d’environ 30 à 40%. Avec cette technique les animaux et le sol sont nourris ! Il essaie par la même occasion de rééquilibrer le ratio champignon/bactérie du sol vers 50%/50%. Dans une forêt, le ratio est plus important en champignons.
Dans toutes les parcelles dégradées (savane ou pâture) qu’il souhaite régénérer (matière organique, vie biologique, productivité) il utilise cette combinaison : animaux (activateur biologique) + foin (carbone)

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Fort chargement sur un paddock pendant 10 minutes. La taille du paddock fait environ la taille du troupeau

En été, il met un maximum d’animaux sur une petite surface pendant une période très limitée. Par exemple sur la photo au-dessus, avec 3 personnes ils ont mis tout le troupeau (350 bêtes), sur des nouveaux paddocks (avec fils avant et arrière) toutes les 10 minutes. Pendant 4-5 heures ils ont réalisé ce travail puis ont remis les animaux sur une pâture.  Ils ont commencé le matin vers 11 h car c’est à cette période que le taux de sucre dans les plantes (°Brix) commence à augmenter. Cette parcelle n’avait pas eu d’animaux d’élevage depuis plus de 70 ans

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Sylvo-pâture de 3 ans. Cette parcelle était remplie de buissons au démarrage. Cette parcelle a été pâturé 20 jours avant la prise de cette photo

Sur la photo du dessus, la sylvo-pâture a eu ce mode de gestion depuis 3 ans :

  • Pâturé 3 fois pendant la saison de pousse de l’herbe/an
  • Pâturé 1 fois pendant l’hiver/an
  • Les animaux ont été présents 4 fois dans ce bois/an pendant 3 ans. Il y a donc eu 12 passages depuis l’ouverture de cette nouvelle sylvo-pâture

Dans cette nouvelle sylvo-pâtures il ne connait pas encore la production de biomasse ou le GMQ des animaux. Ce qu’il a pu observer c’est que les animaux ont un comportement très calme lorsqu’ils rentrent dans ces nouvelles parcelles.

Selon Greg le plus important pour réussir l’implantation d’une sylvo-pâture :

Utiliser le plus de foin possible par unité de surface et avoir le plus d’impact positif (pâturage en rotation courte) des animaux  

L’hiver

La période hivernale nécessite une gestion de précision. La majeure partie du coût de production d’un animal est à cette période. Dans un système traditionnel bovin viande en hiver (alimentation en foin dans un corral fixe)  Greg dit que 80 % du coût de l’animal correspond à cette période.

Pour passer la période hivernale, ils utilisent majoritairement des stocks d’herbe sur pied (stock pile).

Il utilise du foin pendant l’hiver. Cette source de carbone est surtout utilisée car elle permet de construire des sols plus rapidement.

Aucun foin n’est produit sur la ferme. L’achat de bottes à 15$-20$/botte est largement inférieure au coût de production du foin que Greg ferait si il avait son matériel. De plus, chaque botte de foin rapporte du carbone et une partie de fertilisants (N,P,K,S…). Une technique économe.

Les stocks sur pieds sont créés dès les premières pousses de l’herbe au printemps. La gestion des résiduels en sortie de paddocks sont donc très importants à gérer.  Généralement, en janvier les animaux sont encore sur des stocks sur pieds. La fétuque est très bien pour ce type de gestion car elle reste verte l’hiver même après de fortes périodes de gel et de neige.

Louer les terres le moins cher possible

Greg est situé dans une zone où l’élevage est en très fort déclin depuis une cinquantaine d’années. Les terres sont peu à peu laissées à l’abandon. Ces terres sont pour Greg une source possible de création de pâtures qu’il souhaite louer le moins cher possible.

Selon l’agriculteur le coût de la location de terre est très significatif sur les coûts de production. Il cherche alors à réduire ce coût.

Greg préfère louer toutes ses terres et investir dans les animaux, les clôtures et les systèmes d’eau.

Greg cherche les terres qui ont été le moins bien entretenues, sans bonnes clôtures, ou système d’eau. Ceci lui permet de négocier des prix de location très bas. Il peut ensuite installer du matériel neuf et fonctionnel, qu’il pourra retirer et réutiliser ailleurs si le bail se termine.

Pour créer ce type de contrat il insiste sur l’importance de créer un lien social avec les propriétaires. La compréhension du propriétaire est nécessaire pour que l’éleveur ait « carte blanche » dans son travail et obtenir des locations longue durée.

Diversifier les sources de revenus

La résilience de cette entreprise repose aussi sur la diversité de sources de revenus.
En effet, en plus de l’atelier bovin, des ovins sont aussi présents. Le même mode de gestion « naturel » est suivi pour ce troupeau de quelques centaines de brebis. L’atelier est très apprécié sur la ferme car il permet une finition des animaux dans l’année. La circulation de l’argent est donc plus rapide.

A partir du bois récolté lors de l’entretien de la ferme ou de l’ouverture de nouvelles sylvopâtures, plusieurs produits sont vendus :

  • Champignons Shii-take produit sur les bûches : 8-9000$/an de revenu sont réalisés
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Le bois coupé dans les sylvo-pâtures est inoculé en champignons shii-take et mis en production sur ce site
  • Bois scié avec leur scie mobile
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Thuya plicata (Red Cedar) scié et prêt pour la vente
  • Bois de chauffage

Un couple vient de s’installer sur la ferme et produit des porcs et des œufs.
Ils finissent 50 porcs/an. Les porcs de race Red Wattle ou Berkshire sont dans les bois et sont aussi utilisés dans la démarche de régénération de certaines parcelles. Les porcs sont déplacés une fois par semaine. Les paddocks pour 25 porcs font 1 acre. Ils sont délimités par deux fils polywire.

Pour finir des porcs au gland de chênes l’agriculteur a remarqué qu’il ne fallait pas pousser très fort  le GMQ au démarrage pour pouvoir arriver lors des glandées avec des animaux qui peuvent valoriser une plus grande quantité de ces fruits peu onéreux.

Des poules pondeuses (250) en rotation sur pâture sont aussi présentes.

Avant l’installation de ces jeunes, Greg gérait ces deux ateliers (porc et poules).

La biodiversité a énormément augmenté ces dernières années sur la ferme. Il y a beaucoup plus de cerfs et d’animaux chassables. Il vend donc des autorisations de chasse sur ses parcelles.

Conclusion

Greg a mis en place un système bovin viande basé sur le pâturage tournant. Les nombreux changements quotidiens permettent au troupeau d’avoir toujours de l’herbe de qualité. Ce mode de gestion a un impact très positif sur la régénération des sols.

La gestion « naturelle » du troupeau est un challenge réussi sur l’exploitation.
Des sylvo-pâtures ont été créées en utilisant seulement des animaux, du foin et de la main d’œuvre. Les résultats actuels sont très prometteurs.

La gestion de la période hivernale grâce à des stocks d’herbe sur pied, et un peu de foin permettent à l’entreprise de gérer ses coûts de production. Les investissements très limités dans la location des terres permet de faire encore plus d’économies.
La diversification des sources de revenus permet à l’exploitation d’être encore un peu plus résiliente au quotidien.

Selon Greg pour réussir en élevage dans des systèmes basés sur l’herbe il faut à tout prix construire des sols en bonne santé grâce au mob-grazing et du carbone.

Seven Sons Farm – Poules pondeuses sur pâture, porcs dans les bois et bovins à l’herbe

La Seven Sons Farm produit sur 550 acres (220ha) 400 porcs sur pâtures et sous-bois, engraisse 150 bovins à l’herbe et élève 6 000 poules pondeuses grâce à 10 employés à pleins temps et 10 à 14 à temps partiel. Cette ferme familiale, située dans l’Indiana, a d’abord été montée par Lee & Beth Hitzfield, parents des 7 enfants. Agés de 18 à 31 ans ils ont aujourd’hui tous repris la ferme.  Au fils des années ils ont réussi à combiner technique agricole et marketing pour une ferme très viable sur le plan économique, social et environnemental.

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Deux des sept frères dans un des poulaillers mobile

Le travail est réparti de sorte que chaque frère ait une tâche attribuée ainsi qu’une certaine marge de manœuvre et un pouvoir décisionnel. Chaque atelier est officiellement géré et détenu par un frère, ils ont donc chacun leur indépendance. Chaque entreprise vend sa production à la structure de commercialisation/marketing de la ferme.

Poules pondeuses

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Les 3 serres côte à côte pour 3 000 poules pondeuses

Les 6 000 pondeuses sont séparées en 2 lots de 3 000 poules. Les animaux sont déplacés quotidiennement sur de nouvelles pâtures grâce à leurs serres mobiles construites sur mesure. L’hiver le bâtiment n’est pas déplacé mais les poules ont accès à de nouvelles pâtures tous les 2-3 jours.

De l’herbe fraiche au quotidien

Le plus important est de pouvoir fournir aux animaux un environnement sain. Le déplacement sur de l’herbe fraîche au quotidien est primordial. Ceci permet une meilleure gestion sanitaire et augmente le taux d’herbe consommée par les poules dans la ration quotidienne.

La hauteur d’herbe nécessaire est d’environ 6-8 inch (16-20 cm) minimum. Ceci permettra une repousse de l’herbe rapide. Si d’autres animaux (types bovins) viennent pâturer ensuite, le chargement est réduit de moitié. Le choix du pâturage ou non par les bovins est fonction de la disponibilité et de la pousse de l’herbe.

Sur 25 acres (soit 10ha) ils accueillent 3 000 poules pondeuses par an. Sur ces pâtures 3 rotations sont réalisées. Les animaux reviennent à 3 reprises sur le même paddock, la serre n’est pas forcément posée au même endroit.

Les clôtures amovibles spéciales volailles sont posées en carrés de 50 mètres de côtés. Cette surface représente 2 à 3 jours de pâture et encercle les serres amovibles déplacées quotidiennement à l’intérieur de ce paddock.

Démarrage des poules

Les pondeuses proviennent de naisseurs états-uniens. Selon un des frères, ne pas transporter les poussins lors de leurs trois premiers jours dans des camions améliore la ponte par la suite. Il préfère donc attendre et recevoir les poules à 17 semaines, prêtes à pondre.

L’Isa Brown est la race élevée cette année, ceci varie en fonction de l’approvisionnement. Ils renouvellent entre 2000 et 3000 poules/an sur les 6000 poules de la ferme.

Prédateurs

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Le chien de garde et les poules sur la pâture

Les prédateurs terriens et aériens n’ont pour l’instant pas été problématiques. Un chien de garde est néanmoins présent dans un lot ainsi que des oies chinoises dans l’autre lot. Le chien n’a pas été dressé pour ce rôle, il est donc difficile de déterminer si sa présence est efficace ou non.  Les oies sont normalement agressives et bruyantes à l’approche d’un intrus.

Alimentation

Ils comptent environ 0,27 lbs/poule/jour (0.135g/poule/jour) en moyenne pour toute l’année. En hiver ils sont plus à 0,35 lbs/poule/jour (0.175g/poule/jour). Le mélange est ajusté à plusieurs reprises tout au long du cycle de production pour garder des œufs de même calibre.

Le travail au quotidien

Le matin une première ronde, vers 9-10h, permet de s’assurer que tout se passe bien.

Les déplacements vers de l’herbe fraîche ont généralement lieu vers 12h. Grâce à un tracteur et un câble, les serres montées sur des glissières en forme de ski sont déplacées facilement.

La collecte des œufs a lieu vers 15h. Au même moment, les pondoirs sont condamnés pour éviter leur salissement par les animaux. Ils seront ré-ouverts le soir après 22h lorsque la lumière artificielle est éteinte et les poules « dorment ». Après le coucher du soleil les pondoirs sont réouverts par une personne. Le matin les poules pourront y pondre dès que le jour se lève. Un système automatique simple d’ouverture des pondoirs le soir est en réflexion. La nuit les poules sont généralement sous la serre amovible, cependant les déplacements entre l’extérieure et l’intérieure sont toujours possibles. Les filets amovibles électrifiés sont la seule protection de la nuit.

Le travail total est estimé à 3 heures/jour pour 3000 poules.  Certains jours demandent plus de travail que d’autres. Ce temps ne comprend pas le lavage des œufs.

Les clôtures sont déplacées tous les 2 ou 3 jours.
Les mangeoires et l’eau sont remplies deux fois par semaine.

Les oeufs sont lavés à deux reprises par semaine.

Des serres amovibles faites sur mesure

Les serres amovibles construites par la Seven Sons Farm constituent une sorte de révolution dans le monde de la poule pondeuse sur pâture. En effet, leur design permet une utilisation quotidienne qui allie les objectifs de base de cette production avec un gain de temps et d’efficacité sur de nombreux points.

Chaque bâtiment peut contenir environ 1000 poules pondeuses. L’hiver lorsque les mouvements de la serre sont moins importants, ils  mettent seulement 500 poules pondeuses par bâtiment. Ceci permet de donner aux animaux un peu plus d’espace dans la serre car ils se déplacent moins, la gestion sanitaire est aussi meilleure.

L’orientation de la serre n’est importante qu’en hiver. Afin de capter davantage de chaleur et de lumière par le côté, les cages sont disposées selon un axe est-ouest.

L’armature de la serre est soudée sur des « skis » : des tubes ronds galvanisés qui glissent sur le sol.

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Les glissières soudées sur l’armature de la serre

Chaque serre est composée de :

  • 20 nourrisseurs
  • 1 abreuvoir vertical pour 12 poules,
  • une unité de pondoir pour 45 poules pondeuses.

Tous ces éléments sont accrochés à l’armature de la serre et ne touchent pas le sol de sorte que seuls les skis soient en contact avec celui-ci.  Lors des déplacements de la serre tous ces éléments sont aussi déplacés. La charge de travail est donc minimisée et l’efficacité améliorée.

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L’intérieur de la serre

Les pondoirs permettent d’obtenir des œufs propres. Ils ont un sol qui est légèrement incliné ce qui fait que dès que la poule sort du pondoir, l’œuf roule vers un endroit non accessible pour elle. Le clapet de protection est simplement relevé lors de la récolte des œufs.

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Récolte des œufs, le clapet de protection s’ouvre pour accéder aux œufs lors du ramassage

Le système d’eau est assez simple. Grâce à la gravité l’eau circule vers les deux séries de pipettes de chaque côté de la serre. L’utilisation de pipettes verticales est privilégiée en période hors gel. Pendant l’hiver ces pipettes verticales gèlent à l’extrémité, où la boule d’eau se forme. Ils utilisent donc des pipettes horizontales pendant l’hiver dans lequel un flux d’eau constant circule.

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Les pipettes

Sur toute la serre un maximum de perchoirs ont été placés pour permettre une répartition homogène des poules et des déjections sous la serre.

Un système d’éclairage est ajouté aux serres. A l’aide d’un panneau solaire fixé sur le toit de la serre une batterie est rechargée. Un automate permet d’allumer la lumière le matin et le soir pour fournir 14 à 16 heures de « lumière » dans la journée. Les 4 à 5 ampoules sont fixées au centre de la serre.

Une bâche plastique est fixée sur le toit. Elle fournit 90% d’ombre.  Sur les côtés une bâche amovible permet la gestion de la circulation de l’air sous la serre.

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Ajustement du flux d’air à l’intérieur de la serre

La serre est facilement déplacée par leur tracteur de 40 chevaux. La puissance nécessaire n’est pas forcément très importante, il faut surtout de l’adhérence au sol pour pouvoir passer même dans des conditions humides.

Lavage des œufs

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Laveuse d’oeufs

Ils ont investi dernièrement dans une machine à laver les œufs. Cette machine permet de laver/calibrer/emballer entre 80 et 100 œufs/minute par 4 personnes. Cette machine achetée à 45 000 US$ auprès de la National Poultry Equipment permet de gagner en temps et main d’œuvre grâce à son débit important. Ils espèrent ainsi la rentabiliser en 2 ans avec une utilisation d’au minimum 10 ans. L’ancienne machine avait un coût de production de 0.30cts/douzaine d’œufs. La nouvelle est à environ 0.10 cts/douzaine d’œufs.

 http://www.nationalpoultryequipment.com/model_20csg.htm

Ils regrettent de n’avoir pas investi plus tôt dans cette machine. Même si la production d’œufs sur pâture est basé sur de la technologie simple et peu onéreuse, ils pensent qu’il ne faut surtout pas hésiter à investir dans ce type de machine. Elle permet de diminuer les coûts de production, d’être plus efficace, d’obtenir un produit propre et des lots d’œufs homogènes. Un gage de qualité difficile à garantir sans cette machine.

Vente

Les œufs sont vendus 3$ (3€) la douzaine aux grossistes et 4,75$ (4,75€) en vente en direct au consommateur.

Conclusion pour la production d’oeufs

Selon notre jeune éleveur, pour réussir en production d’œufs sur pâture il faut à tout prix penser à :

  • Avoir de la lumière pour fournir les besoins nécessaires de 14-16h de lumière quotidienne
  • Utiliser des poules hybrides pour avoir des taux de pontes réguliers et élevés  (90% de taux de ponte)
  • Investir dans du matériel de lavage efficace
  • Chercher à être efficace dans les tâches du quotidien (collecte, alimentation, rotation etc..)

Les frères de la Seven Sons Farm ont beaucoup réfléchit à l’amélioration de cette activité. Leur efficacité technique permet d’avoir un cheptel conséquent et de vendre à un prix rémunérateur grâce à un conditionnement et un marketing performants.

 

Bovins à l’herbe

Blake s’occupe des bovins. Il ne finit que des bovins à l’herbe car le manque de surface les force à produire des animaux qui peuvent espérer une forte valeur ajoutée. Les bovins proviennent de différents élevages. Il peut donc engraisser de la Black Angus, du Hereford, des croisements Angus X Hereford etc…

Le troupeau est déplacé au quotidien sur de nouveaux paddocks de prairies ou de couverts végétaux.

Sur les 150 bovins finis par an, aucun ne reçoit de concentrés. L’hiver, du foin de bonne qualité est donné aux animaux.

Le système est en cours d’évolution, notamment suite à un travail avec l’éleveur et conseiller en pâturage tournant, Jim Gerrish (je conseille de lire/écouter ses conférences et livres). Il souhaite notamment arrêter l’engraissement pendant l’hiver. En effet, l’engraissement a lieu toute l’année dans le but de répondre à la demande. Néanmoins, l’engraissement hivernal est coûteux. La ration à base de foin coûte plus cher à l’agriculteur que l’herbe pâturée.

A titre d’exemple, nourrir 4 bovins au foin pendant l’hiver coûte $300 tandis que le stockage en chambre froide de 4 bovins transformés ne coûte que $30. Il semble donc beaucoup plus rentable de terminer le maximum de bêtes à l’herbe lorsque celle-ci est disponible et d’abattre avant l’hiver. Le foin n’est quasiment plus nécessaire et le travail hivernal s’en trouve grandement facilité.

Blake suit la croissance de l’herbe de ses pâtures et répertorie sur des cartes de pâturage. Il peut ainsi prévoir à l’avance en fonction de la saison, l’évolution de sa rotation.

Le GMQ sur l’année est d’environ 2 lbs/jour (1kg/jour).

Blake n’aime pas parler de hauteur de pâturage. Selon lui, c’est plus le stade de la plante qui est important contrairement à la hauteur d’herbe pour suivre la production des prairies. En effet, une fétuque (épiant à 3 feuilles) et un ray grass (épiant à 2-3 feuilles) épient à des hauteurs d’herbe différentes.  Un fétuque peut faire 30 cm et être seulement au stade 3 feuilles et ne pas avoir épié alors qu’un ray grass peut faire 10 cm et épier. Le meilleur stade de la plante (équilibre énergie/protéine, teneur en fibre) est atteint selon lui, juste au moment de la dernière feuille pointante.  Il faut donc observer l’évolution de l’herbe dans chaque paddock et savoir reconnaitre correctement les flores. Le suivi du taux de sucre au refractomètre (degrés Brix) est un outil qu’il utilise pour affiner son évaluation de la maturité.

Des annuelles pâturées

Blake fait pâturer des parcelles d’annuelles pour augmenter le GMQ de ses animaux, et ainsi produire plus de kg viande/ha.

Pour pâturer de l’herbe de qualité en début d’année, des sur-semis de graminées annuelles (blé ou seigle) sont réalisés dans les pâtures pérennes d’été (mix de luzerne, trèfles, graminées estivales). Environ 21 jours de pâturage sont gagnés sur la saison grâce à ces semis.   Lors de notre visite, les bovins pâturaient du blé qui avait épié. Selon Blake, ce blé épié à environ 18-20% de protéine, a un très bon rapport en fibre et un très bon rapport énergie/protéine. Attendre pour avoir le meilleur ratio énergie/protéine, permet d’avoir de très bons GMQ car l’alimentation est équilibrée. Les graminées annuelles ont des taux largement supérieurs aux graminées pérennes d’hiver (18°Brix pour le blé et 11°B pour les graminées pérennes).

Il fait aussi pâturer du sorgho fourrager avec du cow peas (légumineuse ressemblant au soja) qu’il sème dans  des parcelles qui ont eu un couvert d’hiver pâturé. Ces parcelles ne reçoivent que des plantes annuelles. Elles sont intégrées dans des rotations avec les parcelles « sacrifiées » en hiver par le stockage des bovins ou porcins.

Dans leur rotation, les serres amovibles ne peuvent pas suivre le rythme de déplacement de bovins pour avoir un effet déparasitant significatif. Pour cela, ils utilisent une centaine de vielles poules pondeuses  des années précédentes .Une cabane a été placée sur une remorque pour que les poules aient une protection pour la nuit.   Elles sont placées sans filets dans les paddocks précédents. Ils ne donnent pas de nourriture. Elles sont donc forcées d’aller chercher des vers et insectes pour se nourrir. Ce petit troupeau suit à la même vitesse de rotation les bovins et a un effet positif sur la gestion des parasites. Une vidéo explicative de cette activité : https://www.youtube.com/watch?v=ZJAheGRp_Uo&list=PL8F3WxJA_ll8qtpVKWxVz9cy_y9WQAuaI

Conclusion bovins

Pour Blake, les éléments importants de la réussite et de la rentabilité de l’engraissement à l’herbe sont :

  • Eviter toute alimentation en foin pendant l’hiver. Dans l’idéal ne pas avoir du tout de bovins.
  •  Connaitre et suivre le GMQ de ses bovins au fil de la saison. Il faut peser les animaux (bascule) pour adapter la gestion du troupeau en fonction des évolutions.
  • Savoir identifier à quel stade se trouvent les graminées.

Porc dans les bois et sur prairie

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Porcs dans les bois

Blake engraisse aussi 400 porcs par an dans les bois et sur prairie. En instantané, il a environ 150 ou 250 porcs divisés en 3-4 groupes. Ces groupes ne seront pas mélangés jusqu’à leur finition. Tout mélange après l’arrivée des animaux sur la ferme causera de nombreux problèmes de gestion plus tard.

Il s’approvisionne sur 3 élevages en porcelets de 70 à 80 lbs (30 à 35 kg). Il les achète 80$ (80€). En 6 mois, il essaie d’atteindre 280-300 lbs (125-135 kg). Soit un GMQ de 0.55kg.

Les deux races généralement engraissées sont des Large Black et du Duroc. Il préfère engraisser du Duroc car ils produisent moins de gras, ce qui pour les clients est un critère important.

Les porcs sont toute l’année dehors. La majeure partie du temps dans les bois, et parfois dans les pâtures. Les animaux ont de meilleurs gains dans les bois. Cependant, introduire les cochons sur prairies permet de diversifier la pression animale sur la flore, qui se diversifie à son tour. Une flore diversifiée implique une meilleure résilience de la pâture face aux aléas.

Dans chaque paddock de 1 acre ( 0,41 ha) il met 56 cochons pendant une 1 semaine. Les parcelles sont clôturées avec deux fils électrifiés et des piquets temporaires. Il met moins de 15 minutes pour mettre en place un nouveau paddock.

Dans chaque paddock il y a un nourrisseur et 1 abreuvoir relié au système d’eau des bovins qui est enterré.  Dans les paddocks dans les bois il ne met pas de « cabane de protection », il le fait quand les animaux sont sur pâtures.

Les paddocks sont contrôlés deux fois par jour. Il peut ainsi s’assurer que les porcs ne s’échappent pas.

Alimentation

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Le mangeoire amovible

Les cochons sont déplacés une fois par semaine. Selon l’agriculteur, les changements hebdomadaires permettent d’économiser au total 15 % d’alimentation.

Blake change à 4 reprises le contenu en protéine de son alimentation non-OGM :

  • Porc de 100-150 lbs (45-70kg) : 16.5%  de protéines
  • Porc de  150-200 lbs (70–90kg) : 14% de protéines
  • Porc de 200-250 lbs  (90 -115) : 12% de protéines
  • Porc de  250-300lbs (115-135kg) : moins de 10% protéines

Il utilise entre 800-900 lbs (360- 400 kg) d’alimentation au total pour l’engraissement d’un porc. Le coût de l’alimentation est d’environ 100$ (100€).

Pour économiser de la main d’œuvre et de l’alimentation il a à plusieurs reprises mis des cochons  dans du maïs sur pied. Les porcs avait accès à la même alimentation qu’à l’accoutumé. Cette technique permet de réduire les coûts de production.

Le maïs a été conduit comme si c’était une culture de vente en bio. Il a été sursemé au dernier binage en ray grass. La parcelle était évidemment redivisée en paddock pour avoir un maximum de maïs consommé. Cette technique nécessite la présence des porcs à proximité des parcelles cultivées. Ce qui n’arrive pas chaque année.

Conclusion pour les porcs

Pour réussir en engraissement de porcs charcutiers plein-air, l’éleveur souligne plusieurs points :

  • Il faut acheter des porcelets en bonne santé. Un bon démarrage est le plus important. Il ne faut donc pas hésiter à payer un peu plus cher pour avoir de la bonne qualité.
  • Faire tourner les cochons sur de nouveaux paddocks offrant de la nourriture nouvelle.
  • Adapter la nourriture en fonction de l’âge des porcs

L’équipement pour élever les porcs est assez simple. La gestion avec précision des porcs dans les bois et sur les pâtures permet à l’agriculteur d’être très rentable.

Blake espère faire 25% de marge brute lors de la vente des porcs vivants à leur entreprise responsable de la commercialisation. Laquelle fait ensuite également 25% de marge lors de la vente en direct.  Les porcs sont donc très bien valorisés grâce à la technicité de Blake et au marketing de ses frères.

Vente et clientèle

Les 5 000 clients sont principalement des particuliers et des grossistes mais très peu de restaurateurs. Leur présence à proximité de grandes villes permet l’accès à une clientèle nombreuse. Les clients sont davantage des personnes éduquées qu’aisées, recherchant des valeurs, un autre mode de production et une certaine authenticité.

Depuis peu, ils ont commencé à développer la vente à domicile de la viande. Cette livraison est déléguée à une autre entreprise qui vient chercher les colis à la ferme.

Les ventes hebdomadaires se résument à 30 à 40 commandes livrées à domicile et 150 à 200 commandes livrées en point relais.

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Leur camion de livraison

Les œufs sont calibrés par taille et vendus par douzaine. La viande est vendue en grande partie en caissette de 36 lbs (16kg) qui contiennent un mix de différentes pièces de viandes. Plusieurs types de mélanges sont disponibles mais le client ne peut pas élaborer son propre mélange à la carte.

Le prix de la viande est d’environ 6-7$/lbs (12-14€/kg) en porc et 8,5$/lbs (17€/kg) en bovin. La livraison est d’environ 7,5$ (7,5€) quel que soit le poids du colis.  Ils espèrent dans le futur avoir assez de livraisons pour commencer à offrir des livraisons gratuites.

Les volumes produits aujourd’hui permettent d’aborder la grande distribution, notamment avec les œufs.

Les animaux ne sont pas abattus et découpés à la ferme. Cependant tout le stockage et la préparation des livraisons à lieu dans le nouveau bâtiment qu’ils finissent de construire. Ils pourront ainsi stocker la viande dans différentes chambres froides et préparer les commandes chaque semaine.

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Une partie du nouveau bâtiment de préparation des commandes

Bilan stratégique et marketing

Concentrer la valeur ajoutée

L’efficacité du système réside dans l’extériorisation de toute étape de la production qui ne produit pas/peu de valeur ajoutée. Reproduction, naissance et engraissement des poules comme des bovins ou des porcins sont délégués à d’autres agriculteurs de sorte que chaque animal présent sur l’exploitation est un animal prêt à être engraissé et/ou en production. Outre la réduction des besoins en bâtiments et matériels, ce fonctionnement permet aux 7 frères de concentrer la valeur ajoutée dans leur exploitation et de se recentrer sur ce qu’ils savent faire (engraisser et vendre). L’exploitation a su conserver une multitude de petits ateliers pour conserver le caractère traditionnel de la production mais qui permet également de produire, par addition, des volumes assez importants pour aujourd’hui commencer à négocier avec les grandes surfaces.

Le marketing, très important dans la stratégie de la ferme

Le marketing est probablement la partie la plus déterminante dans la réussite de l’entreprise et à ce titre, malgré l’importance en volume de la production, elle concentre quasi 50% de la force de travail de la structure. Le but étant de mettre en avant le mode de production inédit de la ferme (sur pâture, sans antibiotiques ni OGM) ainsi que de raconter très régulièrement l’aventure des exploitants. Page Facebook, chaine Youtube, mailing et site internet assurent une présence quotidienne et une transparence sur les produits. Des vidéos/reportages sont régulièrement postés sur un ton décontracté et tout public. Le packaging, le logo, le site internet et même les camions de livraison sont très reconnaissables par leur référence constante au pâturage et à l’authenticité auxquels leurs clients sont très sensibles.

Raisonner l’endettement

La simplicité des infrastructures et équipements de production ne laisse pas indifférents lors de la visite de cette exploitation. Tous les animaux sont en extérieurs et ce malgré une moyenne basse de -7.2°C en janvier et d’une moyenne haute de 1.9°C. Le 100% pâture limite énormément les besoins en matériels (ex : fenaison, transport, stockage et distribution) de sorte que seuls quelques tracteurs de faible puissance suffisent à réaliser les quelques travaux quotidiens. L’investissement de départ est faible, c’est tout le génie des 7 frères qui ont pu alors se concentrer davantage sur la vente. L’innovation la plus emblématique de ce mode de pensé réside dans la conception des logements des pondeuses qui revient à environ 12 000 $ pour 1 000 places (structure + pondoirs) sachant que les éléments sont facilement réparables.

L’efficacité à tous les niveaux

L’efficacité est aussi le maître mot dans la partie transformation et vente. De grands entrepôts facilitent la constitution des commandes, une laveuse/trieuse d’œufs a permis d’accélérer considérablement cette tâche coûteuse en temps et personnel. L’accroissement de la capacité de transformation et de vente permet de tabler sur une stratégie de volume qui accroît la profitabilité de l’ensemble de la structure. La prise de commande se fait uniquement par internet, le client est ensuite automatiquement attribué à un point relais avec la date et l’heure de livraison. Les coûts sont drastiquement réduits car une livraison est constituée de 3 à 4 point relais qui représentent à chaque fois 25 personnes en moyenne. Ce système dit de « buying club » couplé à la vente en caisse de minimum 10kg permet de déplacer des camions avec un maximum de marchandise. Dans la même logique de baisse des coûts, la vente directe sur la ferme se fait sur un système de libre-service basé sur la confiance, le client se sert dans des frigos et laisse la somme dans une urne prévue à cet effet.

Le responsable marketing résume son approche par trois points :

  • Visibilité : grâce aux moyens décrits précédemment
  • Accessibilité : par un maillage de plus en plus dense rendu rentable par les « buying club »
  • Disponibilité : toute l’année les produits sont disponibles grâce à l’accroissement des capacités de stockage

Absorber la concurrence

Vis-à-vis de la concurrence, la stratégie réside dans la constitution de partenariat avec ces derniers ce qui permet de mutualiser la force de vente tout en élargissant la gamme proposée aux consommateurs. Ceci est possible par une différenciation réfléchie entre chaque partenaire, l’un se concentre sur la production de poulets de chair sur pâtures, et non d’œufs, l’autre sur des dindes … La gamme référencée sur le site de la Seven Sons Farm est ainsi très large.

La grande distribution devient néanmoins un concurrent grandissant, notamment par le développement des gammes bio.

Une équipe de 4 personnes à plein temps travaille uniquement sur la vente des produits de la ferme. L’importance apportée à la vente des produits de la ferme permet une bonne valorisation des produits. Les 150 bovins finis à l’herbe, 400 porcs et les œufs des 6000 poules pondeuses sont entièrement vendus grâce à cette équipe.

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Yann Janin & Sylvain Cournet

Jason Mauck – Du soja en culture relais dans du blé

Jason Mauck finit plusieurs dizaines de milliers de porcs par an. Il fait aussi du Maïs, Soja, Blé sur sa ferme dans l’Indiana.

L’abondance  en lisier permet de baser son système de grande culture autour de ce type de fertilisant. Jason réfléchit énormément sur l’optimisation du l’utilisation de  cette ressource. Depuis trois ans il réfléchit à une utilisation maximale de ses parcelles en combinant des blés d’hiver à haut rendement avec une culture relais de soja. Soit deux récoltes en un an.

Blé : maximiser la photosynthèse

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L’effet buissonnant sur le blé est recherché pour optimiser la photosynthèse du blé…mais aussi du soja

Dans sa parcelle expérimentale,  il a d’abord appliqué 6000 gallons/acre (68 mètre cubes/ha) de lisier et des pellets de chaux. En suivant, il réalise un léger travail du sol et implante  au semoir à céréales son blé.

Pour pouvoir laisser de la lumière au soja au printemps il a bouché une partie des descentes du semoir de blé. Il sème 2 rangs à 7.5’’ (19 cm) puis bouche 4 descentes soit un espacement de  30’’ (76.2cm) puis semés 2 rangs et ainsi de suite. Le nombre de grain/m² a été réduit.

A la même période de semis Il a semé à la volée en plein du radis fourrager. Ce radis sera sera détruit par le gel pendant l’hiver.

L’espace libéré permet un tallage maximal du blé pouvant atteindre 60 talles/pied sur certains pieds (la moyenne du nombre talle/pied est mois important). Un régulateur est utilisé pour former des talles plus droites et résistantes. Ceci permet aussi de laisser plus de lumière au futur soja.

La photosynthèse est également favorisée par rapport au semis à 7.5’’, car dans ce cas la plante ne capte pas seulement la lumière par le dessus du rang mais également par les côtés. La forme arrondie des rangs présente en effet une surface d’absorption plus grande qu’un semis conventionnel.

La compétition au sein du peuplement est plus faible et la présence du lisier accélère le développement de la culture dès l’automne. Pour ne pas que cette dernière n’atteigne un stade trop avancé avant les premiers froids, le semis est plus tardif qu’à l’ordinaire.

L’air circule davantage dans les rangs, la culture est plus saine selon Jason.

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Le radis et le blé en entrée d’hiver (photo : Jason-Mauck)

Implantation du soja dans le blé

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Le soja est semé à la perpendiculaire des rangs de blé

Afin de couvrir l’entre-rang, un soja a été semé à 15’’ (38 cm) perpendiculairement au rang de blé. L’objectif étant de limiter les zones de compaction en ne repassant pas sur les traces du semis de blé. Cette étape n’impacte que très faiblement le blé qui s’est relevé par la suite. Début mai, les passages de roues n’étaient quasiment plus visibles.

Le semis de soja doit donc se faire plus tôt qu’une implantation normale, de sorte que le blé ne soit pas endommagé par le passage des machines. Le semis précoce donne aussi une chance au soja pour qu’il se développe plutôt avant que le blé devienne très agressif. Alors que les semis étaient en cours dans la région, le soja était déjà au stade 2/3 feuilles début mai ce qui lui permet de rester compétitif.

Seules les plantes de soja situées au centre de l’inter-rang sont viables, ce qui représente une perte non négligeable de grain. Cependant, avec la fertilisation apportée et l’effet buissonnant du soja, il espère que la plante compense en rendement.

Des rendements espérés au-dessus de sa moyenne de ferme en blé (100 bu/acre (6.7T/ha) en blé et 50bu/acre (3,3T/ha) pour le soja associé) et des coûts d’implantation passés de 275$ (275€) à 150$  (150€)font espérer à Jason une marge de $1000/acre (soit 2000€/ha).

Conclusion

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Le blé en interseeding (à droite) est plus sain que le blé semé à espacement normal (à gauche)

Jason est plein d’idées et d’énergie qui le conduisent à mener différentes expérimentations pour mettre à profit les ressources de son exploitation dans une rotation blé/maïs/soja.

L’essai décrit ci-dessus démontre pour lui l’importance de l’espacement entre plantes sur la vigueur, le développement et in fine le rendement de la culture. Il est convaincu qu’il est possible de gagner en rentabilité en jouant sur la densité de semis et nombre de talles par plantes et la réalisation d’une double culture en optimisant l’utilisation de la lumière.

Le système n’en est qu’à ses balbutiements mais Jason Mauck est très satisfait de cette nouvelle piste de recherche. Il compte apporter de nombreuses améliorations via notamment un meilleur contrôle des déplacements des engins sur la parcelle (control trafic farming) ou encore l’exploration de nouvelles variétés plus adaptées à ce type de conduite.

Jason Mauck est très présent sur twitter, vous pouvez le suivre l’évolution de la culture sur @jasonmauck1

Affaire à suivre !

Yann Janin & Sylvain Cournet

Dale Strickler – Pâturage tournant et utilisation de graminées estivales à fort potentiel

Dale Strickler est un double actif,  il est plein temps commercial de semences de couverts et  gère en parallèle un troupeau de Black Angus dans le nord du Kansas. Ses 60 vaches sont déplacées au quotidien et toute l’année sur de nouveaux paddocks sur les 150 acres (60ha) de pâtures  et de couverts végétaux. Tous les veaux sont vendus après le sevrage. Il estime à 15-20 minutes de travail par jour. Éventuellement, le week-end il travaille plus lorsqu’il doit semer les couverts ou dérouler du foin.

Dale a limité ses investissements. Sur ses terres il a investi dans des clôtures électrifiées, un tracteur, un semoir direct et un pulvérisateur (reconditionné après une récupération en décharge).  Les animaux sont dehors toute l’année, il n’a pas de bâtiments pour son troupeau.

C’est un système  très limité en investissement mais très intense en gestion.

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Le troupeau dans un prairie d’automne/printemps composée de brômes, fétuques, trèfles etc…

 

 

Gama Grass

Dale est passionné par une de ses graminées estivales : Eastern Gama grass  (Tripsacum dactyloides). Cette plante est une graminée estivale, originaire des États-Unis. C’est une graminée estivale pérenne en C4.

Dans ses parcelles, l’agriculteur espère des productions de biomasse d’environ  16 000lbs MS/acre (16T MS/ha). Comme toute graminée estivale en C4, la plante possède une grande quantité d’énergie  et de fibre dans ses feuilles. Il y a environ 12-14% de protéines.

En mélange prairial, l’agriculteur espère des GMQ qui peuvent atteindre les 3lbs/jour/tête soit 1,5kg de viande/jour/tête. La Gamma Grass est mélangée  avec différents trèfles (T incarnat, T blanc, T Landino etc..),  de la luzerne, de la chicorée et un peu de plantain à certains endroits.

Le système racinaire de cette graminée estivale est très intéressant. Dans les zones compactées et anaérobiques la plante réussit à se développer. En effet, par le biais de canaux spécifiques les racines apportent elles même l’oxygène nécessaire au développement de la racine.  Dans ses parcelles Dale avait beaucoup de semelles de travail du sol, aujourd’hui il a des systèmes racinaires très denses jusqu’à 3 m de profondeur. La nappe d’eau est à ce niveau.
C’est une plante qui reste verte tout l’été, elle est très tolérante aux sécheresses.  Lors de l’installation de ce type de mélange, il avait installé un système d’irrigation souterrain. Il ne la cependant jamais utilisé, même lors des grands épisodes de sécheresse.

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La graminée Eastern Gama Grass et son système racinaire très dense

 

 

Cette plante fait essentiellement sa production de biomasse en mai, juin, juillet.

Concernant le type de pâturage, Dale aime faire pâturer seulement le premier tiers de la plante, pour prendre seulement la qualité et laisser assez de réserve pour qu’elle puisse repartir. L’énergie pour la repousse est située dans le dernier tiers de la plante, donc il faut faire attention à ne pas la sur-pâturer.

Dans les mélanges ou les légumineuses sont présentes, il ne fait pas d’apports de fertilisants.

L’installation de cette graminée prend une année. A l’automne il sème la graminée dans un mélange avec des graminées annuelles d’hiver (seigle, triticale, orge..).  Le gel ou les températures froides sur des périodes prolongées sont nécessaires pour réveiller la dormance des graines. Au printemps, lorsque que la Gama grass fait ses premières feuilles, il fauche le couvert. Puis sème un maïs en direct pour récolter le grain. La prairie s’installe lentement à l’ombre du maïs.

La plante met du temps à s’installer et tolère bien l’ombre. La production de maïs en même temps permet d’avoir un revenu la première année d’installation.

Le coût de la semence est supérieure à 100$/acre (>200€/ha)

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Les graminées pérennes (Eastern Gama Grass) font 60 cm de haut sur la photo. Les légumineuses et la chicorée viennent compléter ce mélange riche.

 

 

Couverts pâturés

Les bovins ont accès à des couverts  végétaux d’interculture pour leur alimentation.

Pour l’automne, l’éleveur loue 20$/acre (40$/ha) des terres de son voisin qui y fait pousser du maïs ou soja. Après la moisson, Dale sème un couvert de graminées annuelles qu’il pâturera une à deux reprises à l’automne et une à deux fois au printemps.

Le pâturage d’automne de couverts  (Octobre à Décembre) lui permet de faire  en parallèle des stocks sur pieds d’herbe sur les prairies de plantes pérennes d’hiver (fétuques, brôme, trèfles etc…).  Ce stock sur pied sera pâturé à partir du mois de janvier.

Dans le pâturage de couverts de seigle l’énergie est un élément manquant.  La quantité trop importante de protéine ne permet pas d’équilibrer la ration. Pour pallier à ce manque Dale rajoute de ray grass annuel.  En effet c’est la graminée annuelle qui a la plus grande quantité de sucres dans ses tissus. Le pâturage des couverts est alors plus bénéfique pour les bovins.

Dans certaines parcelles qu’il possède, il utilise uniquement des couverts d’annuelles.  Dans les parcelles avec seulement des couverts d’annuelles il fait 6 rotations/an ( 2 rotations au printemps, 2 rotations l’été, 2 rotations l’automne). Dans les  parcelles avec des prairies permanentes il ne fait que 4 rotations.

En hiver, il fait le mélange Seigle+ Ray Grass annuel. Ce couvert est détruit au glyphosate puis semé en direct avec une graminée estivale annuelle qui sera aussi pâturée. Il sème au semoir à céréale soit du sorgho sudan, soit un mélange de Crab Grass + Maïs population BMR.
Le maïs population est choisi car il coûte moins cher en semence. Le gène BMR permet d’avoir un maïs  avec moins de fibre donc plus facilement digestible pour le bovin. La Crab Grass est une graminée annuelle utilisée pour combler les trous et récolter toute la lumière disponible. Elle a un plus de protéine dans ses feuilles. Le sorgho et le maïs sont des plantes avec beaucoup d’énergie et de fibre dans les feuilles.
Un apport d’azote est fait dès que nécessaire après le semis du maïs. Il n’utilise pas de fertilisants starter. Ce mélange est pâturé dès que le maïs commence à fleurir.

Le maïs ou le sorgho sont pâturés un jour sur deux alternés avec de la luzerne.

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Le maïs population BMR associé avec la graminée “Crab Grass” semés dans un couvert de seigle + ray gras annuel détruit au glyphosate avant semis

L’hiver

Même si l’agriculteur est double actif, il déplace tout de même au quotidien ses bovins sur de nouveaux paddocks. Les années précédentes il a été capable de pâturer plus de 330 jours/an.
Cependant, il réutilise de plus en plus de foin. En effet, l’agriculteur utilise le foin comme un outil de gestion de croissance de l’herbe et de fertilité des parcelles.

Il utilise du foin pour gérer les périodes de transition d’automne et d’été. Ceci permet à  certains paddocks d’avoir de plus longues périodes de repos, et ainsi d’avoir de meilleures biomasses aériennes et racinaires.
Le foin est aussi utilisé comme un fertilisant. En déroulant la balle dans des paddocks pauvres il rajoute du carbone au système sol et répartit au mieux les déjections des bovins, tout en limitant le tassement du sol.  Dans ces périodes il continue de bouger ses animaux au quotidien, sur de nouvelles balles. Comme il a un autre travail à plein temps, il déroule le foin le samedi pour toute la semaine suivante.
L’agriculteur achète tout son foin à un autre agriculteur aux alentours de 30€ la balle de 500kg environ.

Dans son système le foin n’est donc pas une alimentation majeure pour l’hiver, mais plus un outil de réglage de rotation. L’agriculteur qualifie le foin comme « un outil de gestion ».

Conclusion

Dale Strickler déplace ses bovins sur de nouveaux paddocks au quotidien, toute l’année même si il a un autre travail à plein temps.
La diversification des sources de pâturage est nécessaire pour pouvoir pâturer toute l’année. Il a ajouté différents types de pâtures à sa source principale de prairies permanentes d’automne/printemps. En effet, il a ajouté des parcelles basées sur des graminées pérennes estivales en C4  comme Eastern Gama Grass ou des plantes annuelles comme le maïs population BMR ou le sorgho sudan.

Dale a construit un système qui permet d’utiliser différentes ressources fourragères de qualité toute l’année. La gestion et l’anticipation de la pousse des fourrages est la clef de la réussite dans ce système.

 

Luke Linnenbringer – Bovin viande en pâturage tournant, semis direct sur couvert et poules pondeuse sur pâture

Luke Linnenbringer est un éleveur- céréalier. Le troupeau de 150 vaches à viande est mené en pâturage tournant toute l’année sur prairie ou sur couverts végétaux. Tous les animaux sont finis au grain sur la ferme.  Il fait du semis direct sous couvert de soja, maïs et blé.  Quelques poules pondeuses sont déplacées quotidiennement sur pâture.

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Luke dans un couvert qui a été pâturé en avril. Le couvert va être roulé et semé en même temps en maïs ou soja. La vesce est à pleine floraison et le seigle commence le remplissage des grains.

Bovin viande

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Les vaches et les veaux avant le changement de paddock

Lors de ma visite à la fin mai, le troupeau de 150 vaches suitées sur des paddocks est déplacé quotidiennement sur de nouveaux paddocks de 3 acres. La délimitation est faite au quotidien avec du fil polywire.

La génétique du troupeau est majoritairement composée de Black Angus, Red Angus, Hereford  et de la génétique de l’entreprise américaine Pharo  (http://www.pharocattle.com/).

Cet hiver Luke a utilisé seulement 20 bottes de foin, certaines années il n’a pas besoin d’utiliser de foin. Luke achète tout son foin. Pour arriver à ce résultat il fait des stocks sur pieds (stockpile) d’herbe. Ce processus de création de stock sur pied démarre dès le début des pousses au printemps par la gestion de l’herbe et des résiduels en sortie de paddock.

Il fait pâturer les couverts végétaux de ses intercultures de début août jusqu’au 10 octobre.  La qualité fourragère des couverts végétaux stimule les vaches (flush) qui vont être mises au taureau en même temps.

Pâturer les couverts lui permet d’agrandir sa surface pâturable pour l’hiver en laissant certaines prairies créer les stocks sur pieds pour plus tard.

Tous les vêlages ont lieu au printemps.

Après quelques années de tâtonnement, il a décidé d’augmenter ses résiduels en sortie de paddock pour mieux affronter les périodes de sécheresse. A présent l’idée est de faire pâturer seulement le premier tiers des plantes pour leur fournir une alimentation de qualité au quotidien. Selon lui, avoir plus de résiduels permet d’avoir des repousses plus importantes en été. De plus les résidus  au sol sont plus importants, l’infiltration est meilleure et il y a moins d’évaporation. Selon lui, il est plus efficace car il obtient une pousse d’herbe tout au long de l’année. Il est ainsi passé de 2 acres à 3 acres (0.8-1.2ha) pour ses 150 vaches.

Les broutards sont conduit à la pâture jusqu’à 700-900 lbs (350-450kg) puis il les finit dans son feed lot. Il finit ses bovins en moins de 24 mois pour un poids vif de 1100 lbs (550kg).

Pâturage des couverts

Les bovins pâturent des couverts d’été. Ces couverts sont soit intégrés dans la rotation des cultures (après moisson du blé), ou sur des parcelles qui sont uniquement semées en couverts pour le pâturage.

Les mélanges de couverts d’été pâturés  possèdent entre autre du maïs et du soja. Il produit environ 1000 à 1200 lbs de viande/acre de (1000 à 1200kg de viande/ha) en 60 jours de pâturage. A contrario sur une pâture il estime des gains de 500lbs de viande/acre (500kg de viande/ha).

La différence de gain entre une prairie et un couvert est de 700lbs de viande/acre (700kg de viande/ha). Selon l’éleveur, en feed lot il lui faut 0,5$ d’aliment pour faire 1 lbs de viande (1€ d’aliment pour 1 kg de viande).

Économiquement, la différence à l’hectare est la suivante :  700*0.5 = 350$/acre  (700€/ha) de gain de viande.

Le coût d’implantation du couvert (100$acre  soit 200€/ha) et du terrain (150$/acre soit 300€/ha) est de 100+150 = 250 $/acre (500€/ha).

Avec ce calcul fait sur le quad avec l’éleveur, il estime gagner environ 350-250 = 100$/acre (200€/ha) en plus grâce au pâturage de couverts d’été en comparant à un système sur pâture.

Le pâturage de couverts d’été est donc une pratique gagnant selon l’agriculteur. Cependant, ce système est plus risqué car le semis peut être loupé et demande plus de gestion contrairement à une prairie déjà installée.

Certaines parcelles sont essentiellement des enchainements de couverts d’hiver et d’été. Dans ce cas, il ne détruit jamais chimiquement le couvert lors du semis du nouveau mélange.

Les parcelles de couverts de graminées d’hiver sont souvent déséquilibrées dans leur ration Énergie/Protéine. En effet, les couverts ont souvent trop de protéines. Il apporte donc de temps en temps de l’énergie (maïs ou foin).

Taille des paddocks en temps réel grâce à son téléphone

Luke utilise sur son Iphone une application  pour connaître au champ la taille exacte des paddocks qu’il est en train d’utiliser. L’application « PlanImeter » utilise le GPS du téléphone mais n’a pas besoin d’internet dans la parcelle.  Lorsqu’il roule dans une prairie avec son véhicule utilitaire l’application lui donne en temps réel la taille actuelle  du paddock qu’il est en train de faire.
C’est un outil très simple à utiliser et instantané.

Cultures

Sur la ferme, maïs soja et blé sont produits en semis direct sous couvert depuis 7 ans.

Maïs

Le maïs est généralement semé dans un couvert de seigle ou de seigle/vesce.
Il ajoute dans la ligne de semis 3 gallons/acre de SP-1 (activateur biologique : http://agrienergy.net/wp-content/uploads/2013/10/Label-13-SP-1-051612.pdf) avec 2gallons/acre 21-1-4

En même temps en fertilisation liquide 2X2 (5cm à côté de la graine et 5 cm en dessous du niveau de la graine) il rajoute 20 gallons/acre (180L/ha) d’urée et du  Potassium Thiosulfate + Ammonium Thiosulfate et de la Mélasse.

Il reviendra plus tard pour faire un apport d’urée en solide à l’épandeur d’engrais.

Rouleau faca sur le semoir

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Le rouleau faca fixé sur la poutre des éléments fertilisants 2X2

Luke vient tout juste d’installer un rouleau faca sur la poutre de son semoir.

Le but est d’éviter un passage en roulant le couvert en même temps que le semis de la culture. Pour l’instant, le couvert sera tout de même détruit avec de la chimie.

Sur son semoir Max Ermerge 2 Luke n’utilise pas de chasse débris ou de disque ouvreurs. Ces options sont inutiles et déplacent trop de terre selon le SDiste.

Poules pondeuses en rotation sur pâture

Un atelier de quelques centaines de poules pondeuses est présent sur la ferme. Deux lots de poules sont sur la ferme. Un lot pour la production d’œufs, et un autre lot pour le déparasitage des parcelles.

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Lot de poules pondeuse produisant les oeufs. La remorque est déplacée au quotidien.

Cet atelier permet au jeune agriculteur d’avoir une rentrée d’argent régulièrement et ainsi gérer avec plus de flexibilité les finances de l’exploitation.
Il livre ses œufs une fois par semaine à ses clients avec ses colis de viande.
Sur des remorques aménagées il déplace tous les matins les poules vers de nouvelles parcelles. Son quad déplace facilement la remorque la majeure partie du temps (si vraiment humide : utilise tracteur)
La remorque possède entre autre une porte qui s’ouvre et se ferme automatiquement pour que les poules soient protégées des prédateurs la nuit.  Les abreuvoirs et les mangeoires sont à l’intérieur de la remorque. Les pondoirs ont un système à œufs propres grâce à une légère inclinaison de sol du pondoir. Une lumière à l’intérieur de la cabane permet aux poules d’avoir les 14-16h de lumière quotidiens. Cette lumière est reliée à une batterie qui est chargée par un panneau solaire.

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L’intérieur de la remorque/cabane

La ration a été établie par l’entreprise Fertrell. Cette entreprise est très connue dans la production de volailles sur pâtures. Elle est composée de : Maïs (45%), Soja extrudé (25%), Avoine (15%), Calcium (8.75%), mélange de minéraux de Fertrell( 3%), coquille d’huitres (2.5%).

Le deuxième lot de poules en deuxième rotation de ponte suit le troupeau de vaches à quelques jours d’intervalles. A quelques jours d’intervalles les poules sont dans le même paddock que les vaches. Elles sont libres et vont aller chercher les insectes et vers dans les déjections des animaux passés précédemment. La pression en parasites des bovins est ainsi diminuée. Quelques œufs sont produits par les poules. Le système fonctionne bien selon l’éleveur

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Les vaches prêtes à changer de paddock et le lot de poules pondeuses déparasitantes

Les deux lots de poules pondeuses n’ont pas de filets de protection pour délimiter leur paddock et pour les protéger des prédateurs terriens. A chaque cabane un chien attaché à une chaine sert à protéger les poules. Cependant cela n’est pas suffisant, les prédateurs prennent beaucoup de poules. Luke avoue que les pertes sont assez conséquentes mais il ne souhaite pas déplacer au quotidien les filets de protection. Donc il est obligé de faire avec.

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Une bouse de vache qui a été “déparasitée” par les poules

Conclusion

Le pâturage tournant et le semis direct fonctionnent très bien sur la ferme de Luke. La combinaison de ces deux ateliers permet à l’éleveur d’améliorer sa rentabilité et d’aller plus vite et plus loin dans sa démarche agronomique.

Selon l’éleveur céréalier pour réussir au quotidien:

  •  Il n’a pas peur de faire des erreurs. Il préfère apprendre en essayant plutôt que ne pas essayer du tout
  • Il pâture des annuels. Le retour sur investissement est intéressant  et très rapide
  • Il réalise des déplacements au quotidien de tous les animaux sur de nouveaux paddocks

 

Mickaël Thompson – La gestion de l’eau et des coûts de production sont clef dans un environnement rude

Michael est situé dans région à faible pluviométrie («  Dryland ») au nord du Kansas à la frontière du Nebraska. Sur des sols limoneux considérés comme très dégradés il fait des cultures en semis direct sur couvert sur environ 2700 acres(1100ha) et possède environ 2000 acres (800ha) de pâtures. Il possède un troupeau de 200 mères de plusieurs races anglaises (Black angus, Red Angus, British White…). Ses animaux évoluent sur ses pâtures et ses couverts végétaux.

La gestion de l’eau est l’élément clef pour la réussite de la ferme. Les pratiques adoptées et adaptées au fils des années montrent des résultats très concluants.

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Michael dans son blé

L’importance du sol dans les Drylands (région à faible pluviométrie)

La pluviométrie annuelle est d’environ 22 inch (558mm)/an. Les pluies ont généralement lieu en  Avril, Mai, Juin et en Septembre. Les premiers gels peuvent arriver à la fin octobre.

La gestion de l’eau et de l’humidité des sols est primordiale. Le challenge au quotidien est de pouvoir infiltrer chaque millimètre de pluie et de pouvoir la stocker pour une utilisation ultérieure par la culture.

Produire des cultures et pâturer dans ces conditions demandent une gestion précise de l’environnement. Selon Michael, chaque  millimètre d’eau doit être transformé en dollars. Ils ne peuvent pas se permettre de gaspiller cette ressource.

Les sols agricoles sont  en majorité limoneux. Les sols sont considérés comme extrêmement dégradés. Lorsque le semis direct a démarré sur la ferme les sols avaient moins de 1% de matière organique. Aujourd’hui, après 20 dans de semis direct et un peu moins de 10 ans d’utilisation de couverts d’intercultures, pâturés ou non, ils arrivent à un peu moins de 2% de MO.

Le semis direct n’était pas suffisant. Il permettait seulement de conserver un ressource –son sol- trop dégradé. Ce n’était pas suffisant. Lorsqu’il a commencé à utiliser les couverts végétaux et par la même occasion à les faire pâturer un grand changement  à lieu. Il est passé de la conservation d’une ressource dégradée (son sol) à la régénération de ses sols. Il reconstruit ses sols. Les taux de matières organiques augmentent. Les cultures sont plus saines et vigoureuses.
Aujourd’hui il peut se permettre d’être économiquement plus rentable tout en utilisant moins d’intrants. Une philosophie primordiale pour Michael lorsque le plus grand facteur limitant (pluie) est imprévisible.

Semis direct

L’agriculteur produit deux cultures sur sa ferme, du blé et du maïs. Le soja n’est pas rentable car les rendements ne sont pas toujours bons à cause du manque de pluie en fin de cycle. Le sorgho grain ou le millet ont des rendements pratiquement équivalents mais ils sont toujours moins chers à la vente. Les génétiques actuelles en maïs pour des régions à faible pluviométrie  sont plutôt bonnes et fiables selon l’agriculteur.

La rotation typique est la suivante : Blé – couvert été – Maïs – Couvert d’hiver si humidité suffisante –  Maïs – Couvert de printemps- destruction du couvert en juillet pour gérer l’eau avant le retour du blé/ suivant les choix et les parcelles il remettra la parcelle en rotation avec le blé ou fera une ou deux saisons de couverts pâturés.

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Même parcelle, itinéraire technique du blé identique, deux rendements en blé différents. A gauche : précédent couvert de printemps pâturé + couvert d’été pâturé à deux reprises. A droite : couvert de printemps pâturé détruit chimiquement en juillet, pas de couverts d’été. La gestion de l’eau dans ce contexte pédoclimatique très singulier est à anticiper en avance

Le rendement espéré en blé est de 50bu/acre(3.1T/ha). La seule fertilisation est faite avant le semis en incorporation dans le sol de 50 UN d’azote 28%. Il ne fait généralement pas d’apports au printemps.
Le seule herbicide est fait avant le semis. Il fait généralement un glyphosate. Il ne fait pas de fongicides.

Pour toutes ses cultures il essaie de limiter l’utilisation de produits phytosanitaires, pour limiter ses coûts de production et surtout pour essayer de favoriser au maximum la vie du sol pour sa culture.  Il ne fait plus de fongicides ou d’insecticide sur sa ferme.

Pour le maïs il sème à 30inch (76 cm) d’écartement avec son semoir direct case IH 1230. Cette année il a semé à 2-2.25 inch (5 à 6 cm) de profondeur  car l’humidité du sol était très satisfaisante. Certaines années, il peut semer plus profond  lorsqu’il n’y a pas assez d’humidité.

Les rendements espérés sont de 100 à 120 bu/acre (6,2 à 7,5 T/ha).

La fertilisation azotée liquide est appliqué au-dessus de la ligne de semis. Il met 70U N (32% -UAN) mélangées à 10U N de soufre. C’est la seule fertilisation qu’il fait en temps normal. Si la pluviométrie de l’année et très bonne il peut envisager de faire un deuxième apport.

Il ne fait pas d’apports de micro-fertilisants comme du zinc ou du manganèse. Les couverts de printemps ou d’été sont des plantes à pivots (radis, tournesol etc..), elles sont censées aller chercher ces nutriments en profondeur et les remettre en jeu dans  le sol.

Le Haney test (test sur la biologie du sol) est utilisé pour évaluer les restitutions en N de ses couverts, des résidus de cultures et de la minéralisation du sol. Même si cette technique est controversée, il aime utiliser cet outil pour mieux gérer ses parcelles.

L’efficacité d’utilisation de l’azote est de 0.5 à 0.7 U N /bu de maïs. C’est un très bon résultat. Ses voisins qui travaillent encore le sol sont aux alentours de 1 à 1.25 U N /bu.

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Maïs sur maïs. Un couvert n’a pas pu être semé car il n’y avait pas d’humidité dans le sol au moment de la récolte

Couvert végétaux

Michael utilise depuis pratiquement 10 ans des couverts végétaux d’interculture qui seront pâturés ou non.
Pour l’agriculteur les couverts ont été l’élément majeur de la réussite dans son environnement difficile. Il a réussi à avoir plus de résidus au sol pour garder l’humidité et construire des sols.

Il investit au maximum 15 à 20$/acre  (30 à 40$/ha) dans la semence de ses couverts. Ce sont principalement des mélanges. Il ne veut pas dépenser trop d’argent dans la semence car leur réussite est très dépendante de l’eau qu’il aura. Le faible pourcentage de légumineuses dans ses mélanges permet d’abaisser le coût final.

Pour les couverts de printemps après un maïs et avant un blé il sème : avoine, orge, lin, pois, navet, radis. Ce couvert est généralement pâturé en juin – juillet. Ce couvert est détruit en juillet pour commencer à stocker de l’eau pour le futur blé qui sera semé en septembre-octobre.

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Couvert de printemps, un mélange qui sera pâturé le lendemain de la photo (début juin)
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Vue générale du couvert de printemps

Les couverts d’été après un blé et avant un maïs sont composés de : cow pea (type de soja à cycle long), mung bean (soja vert), Sorgho Sudan, Millet, Radis, Navet, Tournesol. Selon les années et les conditions Il peut être éventuellement semé après un couvert de printemps.

Pâturage

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Le troupeau sur la prairie de vêlage

Le troupeau de 200 vaches pour la vente de veaux sevrés est un élément clef du système.

L’utilisation de bovins dans les parcelles a permis de développer une meilleure vie biologique dans ses sols. Michael a surtout observé au fils des années des plantes plus saines et vigoureuses. C’est selon lui grâce à une meilleure nutrition de la plante.

En juin-juillet les couverts de printemps sont pâturés. Puis les animaux sont transférés sur les couverts d’été. Dans les couverts d’été, les broutards peuvent avoir des GMQ de 2.5 lbs (1,25 kg)/jour/tête.  Ce résultat est aussi possible lors du deuxième pâturage du couvert d’été.  Il rentre généralement dans le paddock lorsque le couvert est à hauteur de hanche et sort lorsque le couvert est à hauteur de genoux.

En octobre les animaux sont généralement sur les résidus de culture.

Les couverts d’été sont généralement de nouveau pâturés de novembre à janvier.

De janvier au mois d’avril ils utilisent généralement les pâtures et quelques couverts d’hiver. Ensuite, les animaux sont mis sur les pâtures. L’alimentation en foin est raisonnée pour limiter les dépenses en alimentation.

Les pâtures sont gérées généralement en pâturage tournant, suivant la période de l’année et la main d’œuvre disponible. Cette pratique a permis de régénérer la flore et la productivité des pâtures.
Dans sa région, la pâtures mal gérées sont dominées par un herbe appelée Buffalo Grass. C’est un graminée qui se reproduit par stolon et ne fait pas trop de biomasse aérienne.

Cependant, grâce au pâturage tournant il a réussi à inverser la flore sans semer de nouveaux mélanges. Il a de plus en plus de plantes natives qui apparaissent, comme des graminées pérennes  estivales en C4 (Switch Grass, Indian Grass, Little Blue stem et Big blue stem) et des légumineuses.  Cette gestion de l’herbe avec des temps de retour par paddock qui peuvent aller jusqu’à un an sont très prometteuses selon l’agriculteur. Il observe notamment des vaches avec des conditions corporelles bien meilleures tout au long de l’année.

Laisser  de bon résiduels d’herbe en sortie de paddock des prairies et surtout des couverts est primordial selon l’éleveur. Trop souvent ses voisins ne laissent pas assez de résiduels, car ils veulent  transformer toute la biomasse végétale en viande à  un instant T. Cependant, pour toute la suite de la rotation et pour le sol il est nécessaire de laisser assez de résidus pour que l’effet du couvert soit plus long.

Dans le futur, Michael envisage de faire plus de pâturages et moins de cultures. L’effet des animaux sur ses sols l’intéresse fortement. Il pense notamment mettre plus de pâture pour laisser plus de temps à la biologie du sol de se mettre en place et faire par la même occasion moins de perturbations sur le système sol (semis, récolte, engrais, herbicides etc..) chaque année.

Conclusion

Michael Thompson est dans un contexte pédo -climatique très complexe. L’ajout de couverts végétaux et du pâturage dans ses rotations en semis direct ont permis de régénérer ses sols très dégradés. Produire autant voir plus avec moins d’intrants tout en régénérant  les sols est un but majeur sur l’exploitation.

L’innovation et l’expérimentation sont  importants pour Michael. Il dit : «  Je ne suis pas effrayé de ne pas réussir quand j’expérimente quelque chose de nouveau » .

Le succès de l’agriculteur ses dernières années a été possible selon lui  :

– Par la présence de plus de résidus au sol qui permettent une meilleur gestion de l’eau

–  En laissant pousser les couverts le plus longtemps possible

– En transformant chaque goutte d’eau en dollars

 

Dan DeSutter – Semis direct, élevage : de nouveaux challenges au quotidien

Dan DeSutter exploite 4500 acres (1800ha) dans le sud de l’Indiana. Depuis 1990, il pratique le semis direct de maïs, soja, blé. Auparavant, son père faisait du ridge tillage depuis 1983. Depuis une 15aine d’années il finit des bovins à l’herbe de race Black Angus.

Dan est un passionné d’agronomie. Au quotidien, il essaie d’améliorer ses pratiques pour la santé de ses sols et pour plus de rentabilité de son entreprise. L’agriculteur a de nouveaux objectifs : l’intégration de bovins dans les couverts végétaux et la transition vers l’agriculture biologique.

Dan réalise la rotation classique soja/blé/maïs. Les couverts sont généralement du seigle en pur semé au semoir à céréale. Les hivers très froids et la récolte tardive du maïs ne lui permettent pas d’introduire de légumineuses dans ses couverts avant soja.

Blé

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Parcelle de blé en semis direct après soja. La gestion des adventices sur cette parcelle est très bonne.

L’intégration du blé dans sa rotation a été un élément important pour plus de réussite dans son système de semis direct.

Il implante au semoir à céréale le blé toujours après un soja. Il ne met pas de fertilisant starter au semis. Il estime que la vie biologique du sol à ce moment de l’année est assez active pour fournir au blé ce dont il a besoin.

La première fertilisation a lieu en février avec 30 unités d’N en liquide avec 28% d’azote. Il diminue la dose si le nombre de talles n’est pas suffisant. Un autre apport sera fait à hauteur de 90 unités avec un mix liquide de 28% d’azote ainsi que du sulfate d’ammonium. Ce dernier permet d’apporter du soufre, élément essentiel de l’assimilation de l’azote par les plantes.

La fertilisation liquide sur blé est pour lui le meilleur moyen d’avoir une application homogène et rapide.

Il fera un ou deux fongicides en fonction de la pression.

La récolte est réalisée courant juillet ce qui permet d’implanter un couvert « cocktail » composé de très nombreuses espèces (graminées comme légumineuses) dont une partie est gélive.

Maïs

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Le semoir à maïs est prêt pour attaquer la saison des semis

Dan sème tous ses maïs dans ce couvert multispécifique tué chimiquement en amont du semis. La diversité des espèces permet de limiter les problèmes liés à la Noctuelle à point blanc (Mythimna unipuncta), fréquents lors du semis sur seigle pur.

Il implante très peu de ses maïs dans un couvert vivant. De plus, il essaie de limiter l’utilisation d’insecticides au semis pour ne pas impacter les auxiliaires. Il préfère donc terminer son couvert en amont du semis.

Cette année il ne va pas utiliser d’insecticides dans l’enrobage de ses semences, ni appliquer d’insecticides. Tous ses maïs seront non-OGM.

Lors du semis au semoir monograine John Deere il met dans la ligne de semis du 10-30-0 avec du zinc.  Il n’utilise pas de fertilisant starter lorsque ses sols sont assez réchauffés. Dans ses sols la fertilisation starter du maïs n’est utile que si les sols sont froids et la minéralisation biologique faible.

Il revient dès que le maïs est à hauteur du genou avec de la fertilisation liquide 28% N.  Il  complètera pour arriver à environ 120 unités N / ha pour tout le cycle du maïs.

Son coefficient d’utilisation d’azote est d’environ 1 unité N pour 1.5 bu ( soit 0.66 U N pour 1 bu de Maïs (62.77kg de maïs). Ce qui est un très bon résultat.

Soja

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Le rouleau crimper qui permet de tuer le couvert de seigle

Il sème son soja à 15’’ (38.4 cm) dans des couverts de seigle.

L’année dernière le seigle a été roulé au rouleau crimper (rouleau faca de chez I&J). Le roulage est effectué avant ou après le semis. Le résultat est le même. Le roulage a très bien fonctionné et certaines parcelles n’ont pas eu besoin de rattrapages en herbicides. Il souhaite donc rouler le plus possible ses couverts cette année.

Il ne met pas de fertilisant starter avec le soja.

Une grande partie de ses sojas est non-OGM. Il dit pouvoir être autant, voir plus rentable avec ces variétés non-OGM. Selon lui le surcoût des semences OGM n’égale pas l’économie en herbicides permises par ces dernières. D’autant plus que par ses couverts, la pression en adventices est moindre.

Sols

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Construire les sols grâce des couverts végétaux…pâturés

Les sols qu’il possède depuis 27 ans ont vu leur taux de matière organique passer de 1.4 à 4.2%. Il estime un gain de 1%  de matière organique tous les 10 ans. Pour chaque point de matière organique gagné, ce sont 30 U d’azote minéralisées en plus chaque année et disponibles pour la culture.
En intégrant l’élevage il espère aller plus vite dans la construction de ses sols. Il pense pouvoir augmenter de 1% de MO tous les 5 ans.

Depuis plusieurs années, il applique 1 tonne/acre (2T/ha) de fientes de poules après récolte du maïs. La tonne de ce fertilisant biologique lui coûte 40$.  Après plusieurs années de pratiques, il n’a pratiquement plus besoin d’appliquer de P, K ni de micronutriments. De plus, il perçoit ces fientes comme un inoculant biologique bénéfique sur le long terme pour le sol et toute la rotation. Le couvert de seigle semé en suivant est le premier bénéficiaire de cet apport.

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Un sol noir avec une très belle structure

Des bovins sur les couverts

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Les taurillons dans le couvert de seigle

Pendant plus de 15 ans il a fini des bovins à l’herbe (poids vif fini 1100-1300lbs soit 500-590 kg) sur prairie permanente. Très récemment, il a recommencé à clôturer et installer des systèmes d’eau pour les abreuvoirs sur ses parcelles agricoles pour pouvoir faire conduire les bovins en pâturage tournant sur ses couverts. Avec cette pratique il espère pouvoir construire la fertilité de ses sols plus rapidement et aider son fils à s’installer sur la ferme.

Depuis cette année, il pâture les couverts d’interculture. Les bovins ont uniquement accès à du seigle.

Pour pouvoir circuler plus facilement avec les animaux et simplifier les mouvements il espère pouvoir échanger ou acheter des parcelles avec ses voisins pour avoir à proximité tout son parcellaire pâturable.

Lors de notre visite, il y avait en rotation quotidienne sur du seigle épié, 150 bovins de 900 lbs (400kg) sur 1-1.5 acres (0,4-0,6 ha).

Le futur challenge de l’agriculture biologique

Dan est un SDiste convaincu de longue date. Le nouveau challenge des bovins sur les couverts est un tournant majeur pour son exploitation. Cependant, l’agriculteur n’est pas en manque de nouveaux défis. Depuis un an une partie de ses parcelles agricoles sont en transition pour être labélisées agriculture biologique.

Il explique son choix par le fait qu’il souhaite être plus indépendant voir ne pas utiliser du tout des intrants de certaines firmes. La plus-value économique des produits est un facteur très intéressant aussi selon lui.

Il espère autant que possible utiliser le semis direct pour implanter ses cultures. La réussite du roulage au rouleau crimper du seigle pour implanter un soja le conforte dans ses choix. Après 30 ans de semis direct, il n’exclut pas d’utiliser le travail du sol pour détruire certains couverts permanents et/ou maitriser le salissement en bio.  Selon lui, un léger travail du sol ne sera pas compromettant car ses pratiques pourront réparer cette destruction temporaire.

Conclusion

Dan a plus de 30 ans d’expériences de semis direct. Ses pratiques lui ont permis d’augmenter certaines parcelles à plus de 3% de MO. Ses rendements étant les plus élevés de tout son voisinage et la diminution des coûts en intrant (N,P,K, herbicides) lui permettent d’avoir une entreprise très rentable.
Son intérêt pour la santé de ses sols et les résultats techniques et économiques de sa ferme le conforte dans ses futurs projets pour aller vers plus d’intégration d’animaux et un challenge vers l’agriculture biologique.

Affaire à suivre !

Yann JANIN & Sylvain COURNET

Dave Brandt – Semis direct sous couvert depuis 40 ans

Rencontre et photos au 11 mai 2017

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Dave Brandt et Yann dans un couvert prêt à être roulé et semé.

Dave Brandt est une des légendes vivantes du semis direct sous couvert aux États-Unis. Son influence dépasse facilement les frontières du pays nord-américain. Ses 40 ans de pratique de semis direct avec presque autant d’années d’utilisation de couverts végétaux ont un effet tellement positif sur la qualité de ses sols, de ses cultures et du fonctionnement économique de son exploitation qu’il est difficile de contester la légitimité de ses pratiques.

Sur certaines parcelles, cela fait 7 ans qu’il n’a pas utilisé ni engrais ni herbicide. Sur d’autres parcelles l’utilisation de produits de synthèse est très faible. Les rendements à l’hectare, la qualité du grain et les marges  économiques à l’hectare sont très bonnes. Le niveau des éléments chimiques (N,P,K,S etc..) ne cesse d’augmenter.

Que fait Dave Brandt pour obtenir de si bons résultats ? Quel est ce monstre biologique qu’il développe sous ses pieds ?

Dave Brandt reste très simple et minimaliste dans ses interventions. Sur ses 1150 acres (460ha)  Il pratique une rotation classique blé (1/3 de la sole)/maïs(1/3 de la sole)/soja (1/3 de la sole) avec des  couverts d’été et/ou d’hiver d’interculture multi-espèces.

L’implantation du couvert après le blé et avant un maïs est composé d’un mélange multi-espèces  d’été et d’hiver. Le couvert entre le maïs et le soja et aussi un couvert multi-espèce d’hiver.

Les rendements en maïs peuvent atteindre jusqu’à 230 bu/acre (14T/ha) en maïs pour seulement 50 U N apportés. Ses soja peuvent atteindre jusqu’à 90 bu/acre (6T/ha). Il a des rendements moyens en blé de 125 bu/acre (8T/ha)  alors que la moyenne de ses voisins est de 45-50 bu/acre (3,3T/ha) (moyenne du county).

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Un des parcelles gérée depuis 40 ans en semis direct avec couvert végétaux. Un sol noir, sur une très grande profondeur. A ses débuts en 1971, ses sols argileux étaient de couleur “jaune”.

Couverts végétaux

Les couverts végétaux constituent le principal levier de gestion du système. Comme David a répété à plusieurs reprises, chaque couvert doit être élaboré en fonction d’un objectif précis.

Le 11 mai, le couvert qui allait être roulé et semé en maïs était composé de pois d’hiver, vesce, seigle et trèfle incarnat. Ce dernier est apprécié pour sa floraison homogène, plutôt précoce et sa bonne destruction par roulage.

Les couverts sont parfois clairs mais David en reste satisfait, mettant en avant un réchauffement plus rapide du sol et évitant des phénomènes de  bourrage lors du semis.

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Un couvert qui peut sembler clair mais qui permet le réchauffement du sol

Construction des sols, moyens et objectifs

La qualité des sols sur l’exploitation en termes de fertilité, vie biologique, matière organique et capacité d’infiltration a été nettement améliorée lors du passage de couverts mono-spécifiques à des mélanges de plusieurs espèces. Il implante minimum 6 espèces afin de répondre aux différentes attentes d’un couvert et de diversifier la vie du sol par des exsudats racinaires de nature différente.

Lorsqu’il reprend une nouvelle parcelle qui a été menée en conventionnel, le premier couvert implanté est riche en graminées estivales. Ceci permet d’introduire un maximum de carbone dans le système.

Il évite d’utiliser des couverts avec trop de légumineuses. Sur certaines parcelles où la production d’azote a été trop importante, il y a eu un déséquilibre du C/N, ce qui a conduit à une consommation de carbone et donc une baisse du taux de matière organique. Ceci a été observé sur des couverts de légumineuses laissant 550 kg/ha d’azote. Le C/N d’un couvert idéal est selon lui de 30:1.

Depuis 2 ans quelques bovins ont été engraissés sur une partie des couverts avant maïs. L’objectif étant d’accélérer la construction du sol et de sortir en 6 mois des bêtes de 350 à 450kg (achetées à 175kg)

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Sols avec quelques années de semis direct et de couverts, le carbone des biomasses produites colonise progressivement les sols argileux de couleur ocre. Le gradient de couleur est généralement plus progressif dans ses autres parcelles.

Destruction des couverts

Les couverts sont roulés au rouleau faca (roller crimper de chez I&J)  4 à 5 jours après semis. Le roulage sera efficace sur le seigle à floraison. Il nous a fait remarquer que même quelques jours avant la floraison, après un cassage à la main des tiges de seigle, celles-ci ne se relèvent pas.

Sur les légumineuses, le roulage est efficace à pleine floraison. Si on attend trop tard, l’azote racinaire migre vers les graines et sera donc moins disponible pour la culture. Le pois peut être roulé jusqu’à formation des premières gousses.

Toutes les espèces du même mélange arrivent ici à maturité en même temps, optimisant l’efficacité du roulage.

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Couvert de seigle, pois, vesce, orge, trèfle incarnat prêt à être roulé

Adventices de plantes pérennes et limaces, rien à signaler

Les limaces et les plantes pérennes ne sont pas un problème pour l’agriculteur. Un certain équilibre est  atteint dans son système.

Dave ne se soucie plus des limaces dans ses parcelles. Lors de grosses attaques, Il préconise l’application de nuit (lorsque les limaces sont de sortie) de 6 à 7 gallons (27-30 littres) d’azote 28% en liquide. Ceci permet d’éliminer, par simple contact avec le fertilisant, 70% des limaces. Les anti-limaces peut également être utilisés, cependant il souligne que l’impact négatif sur les auxiliaires de cultures est très fort.

Les couverts diversifiés et la rotation lui permettent de gérer la plus part des adventices pérennes. Si une parcelle présente quelques problèmes de salissement, les adventices sont gérées facilement avec les herbicides.

Blé

Le blé est implanté après soja au semoir à céréale 7’’ (18 cm), ou au monograine 15’’ (38cm).  Il associe son blé avec du radis qui sera tué par le gel de l’hiver.

Le monograine permet un semis plus uniforme : profondeur et espacement des grains sur le rang. Le nombre de talles est plus uniforme et elles sont plus vigoureuses. L’économie de graine est également non négligeable, 10lbs (5kg) en moyenne ce qui représente environ $15/acre (30€/ha). Cependant un écartement plus conséquent des rangs oblige le recours à un herbicide en début de cycle.

La profondeur de semis est de 1’’. La culture reçoit de l’azote 28% en liquide. La biomasse produite par la culture suffit à gérer l’enherbement quand il n’utilise pas d’herbicides.

Pour cette année, le seigle pour la production de semences de couverts a pris en partie la place du blé. Il a fertilisé en liquide avec du 28% d’azote, il n’a pas fait de désherbage.

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Seigle qui va être récolté

Maïs

Le maïs est semé à 30’’ (76 cm) à une profondeur de  1-3/4 inch  (4.5 cm)  afin qu’il lève le plus rapidement possible et soit vigoureux.

La température du sol déclenche le semis. Il veut des températures de sol stables, de jour comme de nuit aux alentours de 55 à 60°F (15°C). A ce moment l’activité microbienne minéralise davantage, la fertilisation starter n’est pas forcément nécessaire.

Du 9-24-3 est appliqué dans la ligne de semis si nécessaire dans des sols non réchauffés.

Lorsque le maïs atteint la hauteur de genoux il apporte du 28%  d’azote en liquide, enfoui. A l’avenir l’urée en plein en surface à raison de 30 à 40 unités sera préférée pour une infiltration plus progressive.

En moyenne, ses maïs sont plus denses en nutriments (9.1% de protéines contre 5.2 en conventionnel). David n’exclut pas d’en tirer partie en vendant un maïs « premium » pour ses qualités nutritionnelles supérieures (concept de « nutrient dense food »).

Du soja peut être associé au maïs. Le semis a lieu en même temps.

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Couvert prêt à être roulé puis semé en maïs

Soja

Le soja est implanté dans un couvert multi-espèce qui sera ensuite roulé sans application d’herbicides. Si le soja reste propre il ne fera pas d’application d’herbicides.

Un engrais starter 2-1-6  est utilisé si le sol n’est pas assez réchauffé.

Fertilisation

Principes de fertilisation

La fertilisation est un poste de dépense qui a drastiquement diminué sur l’exploitation. Les niveaux de N, P, K, S etc augmentent d’année en année dans ses sols et ce malgré les exportations de grains avec des rendements records et les très faibles niveaux d’intrants. La vie biologique de ses sols est extrêmement développée par les 40 ans de SD et les couverts. Les éléments minéraux de la roche mère et du sol sont alors de plus en plus disponibles.

Par ailleurs le tournesol dans les couverts permet de rendre disponible le zinc (Zn), il n’a donc pas besoin d’en mettre dans sa fertilisation starter du maïs. Le seigle mobilise le calcium (Ca). Sur les parcelles récemment acquises il implante à chaque fois du sarrasin dans le couvert. Ceci permet de réduire les apports en phosphore de 15lbs/acre (15kg/ha).

Du fumier de poulet est parfois appliqué sur les couverts mais reste un intrant cher pour David.

Le semis de précision de ses couverts permet de mettre le maïs à proximité des anciens rangs de radis, ce qui permet un relargage des  nutriments au plus près des racines du maïs.

Effet du couvert sur la fertilisation azotée en maïs (retour d’expérience)

Pendant 5 ans ils ont cherché à identifier la quantité exacte que fournissent différents couverts de légumineuses. Pour cela,  ils ont semé en direct le maïs dans différents couverts de légumineuses en pur. Dans chaque modalité ils ont fertilisé en azote à différentes doses. Ils ont alors comparé les rendements et les modalités qui avaient les mêmes rendements avec 200lbs (100 kg) d’N. La restitution d’azote pour la culture suivante pour chaque couvert est de :

  • Trèfle incarnat : 60Lbs/acre (60kg/ha)
  • Mélilot : 80lbs/acre (80 kg/ha)
  • Trèfle violet : 75lbs/acre (75 kg/ha)
  • Vesce :  150 lbs/acre (150 kg/ha)
  • Vesce chikling: 30 lbs/acre (30 kg/ha)
  • Pois d’hiver : 125 lbs/acre (125 kg/ha)
  • Cow pea (type de soja): 50 lbs/acre (50 kg/ha)
  • Sunn Hemp (légumineuse): 100 lbs/acre (100 kg/ha)

Il espère au minimum sur les couverts qu’il sème au printemps 50lbs N /acre (50kg/ha). Il enlève cette quantité d’azote sur la quantité finale de fertilisation azotée de ses maïs

Semis à la volée

Soja sur blé

A plusieurs reprises, Dave a eu l’opportunité de semer à la volée du soja dans le blé. Ces semis ont été réalisés dans un blé qui n’avait pas une biomasse importante mais qui restait assez intéressant à moissonner. Le blé a finalement fait 50 bu/acre (3.3T/ha) et le soja semé à la volée 50 bu/acre (3.3T/ha).

Les quelques clefs importantes pour un soja à la volée :

  •  Avoir une surface du sol grumeleuse. Sur un sol travaillé la technique ne va pas très bien fonctionner car la surface du sol ressemble plus à une dalle de béton que un lit de semence. Pour l’agriculteur en semis direct la surface du sol sera plus apte à cette structure.
  • Semer avant une bonne pluie
  •  Augmenter la dose de semis de 20-25%

Le soja a été inoculé et semé dans le blé qui venait juste d’épier. Les années où les pluies en début de cycle étaient suffisantes ont été une réussite.

Semis de couverts

Les semis à la volée des couverts font partie intégrante du système de la ferme. Tout type de graine peut être semé à la volée dans le soja et le maïs encore vert ou après leur récolte.  La pluie n’est pas souvent un facteur limitant à cette période de l’année (mi-Août à Novembre). Il est important d’avoir une bonne structure du sol en surface pour permettre à la graine de germer.

Généralement il ne fait pas d’enrobage spécial sur la graine. Lors des premiers semis à la volée sur une parcelle récemment reprise il enrobe la semence avec de l’acide fulvique et humique. Cet enrobage doit permettre de stimuler la vie biologique autour de la graine.

Un enjambeur reconditionné pour semer à la volée

Dave a construit lui-même la machine qui sert au semis à la volée à partir d’un enjambeur d’occasion.

La machine a coûté au total 125 000$. Ce prix comprend 80 000 $ pour la trémie/distribution pneumatique Montag.

La machine peut semer jusqu’à  500 acres/jour (200ha/jour).  Elle peut semer de 4 lbs à 60 lbs/acre (4-60kg/ha) de semence et jusqu’à 120 lbs/acre (120kg/ha) avec du fertilisant.

Le coût à l’acre est de 10$ pour la machine plus 5$ pour l’opérateur. Soit 15$/acre.

L’éclateur fixé pour semer dans du soja répartit des graines homogènement sur un diamètre de 34 inch (86.36cm).

Pour semer dans du maïs il fixe grâce à des attaches rapides des tubes qui permettent une descente à travers les feuilles et ainsi s’assurer que la graine arrive au sol. Il n’y a pas d’éclateurs au bout des tubes.

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L’enjambeur semoir de couverts et de cultures de vente

Semis dans des couverts permanents :

Le semis direct sur couverture permanente vivante est aujourd’hui une piste que Dave essaie d’approfondir. Les résultats sont plus ou moins concluants, mais il continue ses recherches.
Son but principal de la couverture permanente est de réduire l’investissement en semence et l’implantation de couverts.

Il a essayé plusieurs années d’affilé avec des couverts en pur. Il a essayé 3 trèfles différents pour du maïs et 3 fétuques différentes pour le soja.  Cependant, les rendements ont diminué de 20% lorsque les couverts restaient vivants. D’autres couverts sont morts à cause de l’ombre.

Pour éviter la disparition des couverts il recherche des plantes avec un port de feuilles plus pointant vers le ciel pour laisser un peu de lumière rentrer pour la couverture permanente.

Un semis plus tardif du maïs (environ 1er juin) permettrait d’obtenir les mêmes rendements que le semis traditionnels du 1er mai. Cependant la couverture permanente aurait un peu plus de temps pour bien s’établir.

Pour le soja il pense semer deux semaines plus tôt que le maïs pour  garder un bon rendement.

La densité optimale en maïs  serait de 28000 graines /acre (69 160 graines/ha). La densité optimale de soja serait de 100 000 graines/acre (247 000 graines/ha).

Le semis de maïs sur de la luzerne OGM résistante au glyphosate a très bien fonctionné. Il  y avait entre les rangs de maïs 3 rangs de luzerne.  Après deux années de couvert il n’avait plus besoin d’herbicides.  Il a fait plusieurs années d’affilé du maïs sur luzerne. Cependant il n’aime pas faire de la monoculture de maïs, il a donc abandonné cet itinéraire technique.

Conclusion

Selon Dave passer du temps dans les parcelles pour observer et appréhender les changements  est l’élément principal pour réussir en semis direct.

L’utilisation de mélanges de couverts végétaux et la réduction d’utilisation des intrants (produits phytosanitaires et engrais) lui ont permis d’aller loin dans la construction de son système. Les changements sur ses sols sont le meilleur exemple.
Aujourd’hui et demain, Dave souhaite continuer à aller vers des itinéraires avec le moins d’intrants possibles. Il souhaite continuer à produire du grain de haute qualité (maïs à  9% de protéine).
La construction du nouveau centre de tri, nettoyage et ensachage  de semences de couverts  est un nouveau challenge pour  Dave et sa famille.

Un très bel exemple. Affaire à suivre.

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Le nouvel ensemble pour la commercialisation de graines de couverts

 Yann JANIN & Sylvain COURNET

Jack Erisman – Travail du sol minimum en AB

Jack Erisman est en agriculture biologique depuis 1990. Il exploite 2000 acres (800ha) en grande culture : soja, maïs, seigle, blé pluri-annnuel Kernza et de temps en temps un peu d’avoine ou de maïs pop-corn. Il possède un troupeau de bovins viandes naisseur engraisseur de 120 vaches Murrey Grey. Les pâtures sont intégrées dans la rotation des cultures.  Les animaux pâturent lors de la saison de pousse de l’herbe et restent dehors au foin pendant l’hiver.

Ses sols sont des limons argileux avec  3% de MO en moyenne et un minimum de 2% et quelques rares parcelles à 4%.

Après 27 ans d’agriculture biologique,  il espérait avoir des niveaux de matière organique plus élevés et une vie biologique plus présente. Même s’il pratique du travail du sol minimum (maximum 5-10 cm) il souhaite à présent intégrer autant que possible le semis direct pour les cultures de vente. Il souhaite par ce biais continuer de développer la machine biologique de ses sols pour plus de fertilité et un meilleur contrôle des adventices.

Rotation des cultures

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Échantillon des différentes cultures produites sur la ferme

La rotation de culture qu’il pratique est celle la plus répandue dans la région :

Maïs/Couvert de Seigle/Soja/Seigle ou Avoine (pour récolte)/ Prairie temporaire de 2-3 ans (semée l’hiver dans la céréale) ou couvert de vesce

Fertilisation

Il ne fait aucune fertilisation N, P, K. Il fait de temps en temps si nécessaire des apports de micronutriments (surtout du soufre et du magnésium). Avant de passer en bio il avait beaucoup travaillé sur les équilibres des éléments minéraux du sol.

En développant encore plus la vie biologique de ses sols grâce au semis direct, il espère que les équilibres minéraux et la fertilité de ses sols se réguleront naturellement.  Beaucoup d’agronomes des Etats-Unis développent ce concept. Il espère suivre le bon chemin.

Maïs

Il sème trois types d’hybrides de maïs : Blue corn (Maïs pour la consommation humaine à épis bleu), Yellow Corn (maïs pour alimentation animale),  White corn (Maïs pour la consommation humaine à épis blanc). Ces maïs ont pour objectif de finir en consommation humaine. Il signe des contrats pour la plus part de ses ventes.
Le Blue Corn (épis bleu-noir) a un cycle de développement un peu plus long, mais il répond très bien quand il n’y a pas de fertilisation azotée.
Dans sa conduite et sa forme, le maïs White Corn (grains blancs) est très semblable au maïs traditionnel Yellow Corn.

Les rendements espérés sont :

  • Blue corn : 100bu/acre (7T/ha) , en contrat il vend ce maïs de 12 à 18$/bu ( 12 à 18euros/acre)
  • Yellow corn : 125-150 bu/acre (8.5-10T/ha)
  • Les voisins en conventionnel : 180 bu/acre (12T/ha)

Les maïs sont implantés soit derrière prairie soit après un couvert de vesce. La prairie ou le couvert sont détruits avec un ou deux passages à 5-10 cm à l’aide d’une fraise rotative, ou  avec deux passages très superficiels de disque. Il n’a aucun problème de repousse dans le maïs.
Les prairies sont pâturées jusqu’au dernier moment. La destruction a lieu une ou deux semaines avant les semis.

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Les voisins sèment le maïs, les bovins à l’engraissement sont encore en train de pâturer une parcelle qui sera un champ de maïs dans deux trois semaines

L’itinéraire classique

Il sème le maïs à 90 cm d’espacement.

L’itinéraire de gestion des adventices est le suivant :

  • 3 jours après semis : herse
  • 8 jours après semis : houe rotative
  • 15 jours  après semis (pas toujours ) : houe rotative
  • Deux ou trois  binages en suivant si nécessaire avant la fermeture de la canopée
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La fraise rotative utilisée à 5-10 cm pour détruire les prairies

L’itinéraire prévu en semis direct

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Le couvert de vesce avant semis du maïs

Cette année il souhaite implanter dans une vesce à pleine floraison le maïs Blue Corn. Il n’utilisera pas de fertilisants starter, ni de fertilisation de fond, il compte sur l’azote du couvert. Le couvert sera détruit au rouleau faca à un autre moment que le semis. Il sera détruit avant ou après le semis en fonction de  la période de floraison du couvert.

Le but est de supprimer tous les passages pour désherber.

Il suit l’itinéraire établi par Jeff Moyer du Rodale Institute.

Des essais de semis à 15 cm du maïs seront réalisés. Selon lui, les écartements actuels en maïs sont les écartements utilisés à l’époque pour permettre le passage des chevaux pour le binage.
Si la récolte ne se fait pas facilement au cueilleur à maïs il le fera à la barre de coupe à céréale.

Soja

Depuis plus de 20 ans, le soja est semé  (15 cm entre rang) avec du seigle (57kg/ha)  en culture compagne. Le  seigle est semé à la volée  en amont du disque semeur du soja et est appuyé au sol par un rouleau cage.

L’espacement réduit permet une fermeture rapide de la canopée et le seigle a pour but de rentrer en compétition des adventices. Le contrôle jusqu’à la fermeture de la canopée est très bon et permet d’avoir un contrôle maximal des adventices

Le seigle  se développe  et végète dans le soja puis disparait avant la récolte.

Les rendements espérés sont de 30-40 bu/acre (2-2.5T/ha), les voisins en conventionnels font entre 60-80 bu/acres (4-5.5T/ha).

Cette année à cause des conditions climatiques il a récolté en février une parcelle. D’après les analyses, la qualité n’a pas trop changé, les tests de germination sont de 95%. Il y avait un tout petit peu de perte de rendement.

Du semis direct pour le soja

Sur prairie

L’année dernière  il a semé du soja dans une prairie vieillissante qui va être détruite cette année.
Il a semé en direct puis broyé au broyeur horizontal la prairie quand le soja a commencé à émerger. Le rendement était de moitié à celui de l’année en conduite traditionnelle. Il souhaite re-essayer cette année mais en faisant  un léger passage de fraise rotative après semis.

Sur du seigle

Il souhaite implanter du soja en semis direct dans un couvert de seigle à pleine floraison. Le soja sera semé à 15 cm et le couvert  sera laissé vivant. Selon lui, le soja n’est pas impacté par la présence du seigle. De plus le couvert continuera à faire un très bon contrôle des adventices.
Pour rappel, c’est un seigle pour la vente et semé après la récolte du soja. Il n’y aura donc pas de problèmes s’il y a des repousses.

Seigle

Il ne souhaite pas mettre de blé dans sa rotation. Car des repousses de seigle devraient être triées à cause du seigle dans le soja.

Un léger discage (5cm) ou passage d’outils à dent est utilisé avant le semis.

Lors des moissons tardives il peut être amené à semer du seigle très tard (jusqu’en février). Il sèmera donc à la volée  sans travail du sol sur sol gelé. Le seigle pousse très bien, mais les rendements sont généralement moins bons.

Il fait parfois du foin de seigle. Ce n’est pas très facile à faire et il n’a pas forcément la meilleure qualité, mais cela correspond aux besoins des animaux en hiver.  Le seigle fait 1m20-1m50 lorsqu’il le fauche.

Kernza

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Les parcelles en Kernza sont très propres

Il est l’un des premiers agriculteurs à avoir semé ce « blé pluri-annuel » appelé Kernza (Thinopyrum intermedium). Ce blé est issu d’un croisement de graminées pérennes. Cette culture permet de faire du grain pour la consommation humaine, du pâturage et du foin.  Il a sursemé en trèfle incarnat dans la graminée.

Jack a eu des rendements en grains de 300 lbs/acre (300kg/ha). Il vend le blé 2$/lbs (4€/kg). La récolte a lieu 6 semaines après la récolte de blé.
Les chercheurs  espéraient plus de rendement entre 500kg/ha et 1T/ha. Mais le climat est peut être un peu trop humide ( 1000mm/an) pour cette graminée.

Lorsqu’il ne moissonne pas, il fait généralement une coupe de foin par an. Il n’a pas eu encore l’opportunité de pâturer car il n’avait pas accès à l’eau sur ces  parcelles.

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Le blé Kernza a été sur semé en trèfle

Les bovins

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Le troupeau de Murrey Grey avec des croisements de Black Angus (robe chocolat)

Il possède un troupeau de bovins naisseur/engraisseur de Murrey Grey. Certains croisements sont fait avec de la Black Angus. Il préfère cette race  de robe claire car elles sont beaucoup plus aptes à résister aux chaleurs estivales.

Il a 120 mères. Il finit à l’herbe environ 70 bovins de 18 à 24 mois (certains en 30 mois).

Les vêlages ont lieu fin juin. Selon lui, c’est le mieux car dans la nature beaucoup d’animaux naissent à cette période.  Il pense que cela correspond donc aux mieux aux besoins des animaux. Il sèvre à 10 mois.

Conclusion

Jack a 27 ans d’expériences en agriculture biologique. Selon lui, il n’a toujours pas trouvé la bonne manière de cultiver en bio. Le semis direct est un axe principal à développer. Dans les années à venir, il souhaite au maximum utiliser cet outil pour plus de fertilité et un meilleur contrôle des adventices. Il compte tout de même garder certains outils de travail du sol car il n’a toujours pas trouvé la solution pour sortir d’une prairie sans travail du sol.

Jack fait toutes ses expérimentations sur des parcelles entières de plusieurs hectares. C’est une démarche personnelle  qui peut lui coûter cher. Mais il pense que ce sont des étapes indispensables pour un avenir plus fertile de son exploitation.

Three brothers farm – Poules pondeuses en rotation sur pâture

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Michael en pleine récolte des œufs sur l’un des deux pondoirs amovibles

Michael et sa compagne sont installés depuis 5 ans sur une ferme maraichère avec une production de poules pondeuses au pâturage. Ils sont situés dans le Wisconsin à proximité Milwaukee, une ville de 600 000 habitants.

Lorsqu’ils se sont installés en maraichage un restaurateur les a contactés pour leur demander s’ils pouvaient le fournir hebdomadairement en œufs produit sur pâtures. Avant cet appel, ils n’avaient pas envisagés cette production.

Aujourd’hui ils ont 950 poules pondeuses de race « Gold star » (très proche de la Red Sex, plus fréquemment utilisée). Cette race produit des œufs marrons, les poules sont assez rustiques pour être à l’extérieur et produire régulièrement pendant leur cycle de production.

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Les poules de race Gold Star en plein travail

Il reçoit les animaux en septembre âgés de 18 semaines. Il les abat lui-même en novembre de l’année d’après. Il préfère ces poulettes achetées prêtes à pondre à 7$ (=7€) car cela lui permet principalement d’économiser du temps et d’avoir des soucis en moins à gérer sur la ferme.

Michael estime son travail quotidien : nourrissage, récolte des oeufs, déplacement de paddock, lavage des oeufs à 1h30 minutes par jour.

Les animaux sont à la pâture sauf l’hiver. La production actuelle d’avril/mai est de 650 œufs/jour pour 950 poules. En hiver, elles sont placées dans une serre double parois non utilisée  pour le maraichage à cette période.

Avec 1000 poules pondeuses, pour éviter le retour trop fréquent sur un même paddock il estime la surface nécessaire à 15 acres (6 ha), cela reste une estimation large. L’année dernière il a fait des temps de retour sur paddock un peu moins longs et à déplacé les animaux sur seulement  4 ha. Il n’a eu aucun problème.

L’impact « fertilisant » entre les paddocks utilisés ou non par les poules est visible sur la même saison.

Il n’est pas certifié agriculture biologique, il  nourrit ses animaux en alimentation certifiée non-OGM. Il donne à manger une fois l’après – midi et une fois à la tombée de la nuit. Il donne environ  125 g de farine pré-mixée/poule pondeuse/jour.

Il vend principalement ses œufs aux restaurateurs à 4 dollars (=4€) la douzaine livrée au restaurant. Il réalise une livraison par semaine. Il vend aussi sur sa ferme tous les Vendredi aux particuliers à 5$ (=5€) la douzaine.

Deux déplacements hebdomadaires

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Vue général du paddock : à l’extérieur du paddock la remorque de stockage de l’alimentation. A l’intérieur des clôtures : 950 poules, quelques brebis suitées, deux pondoirs amovibles,  trois mangeoires,  un abreuvoir, une remorque à plateau qui fait office de toit, et un spot de lumière

Il réalise lors de la période de pousse de l’herbe deux mouvements par semaine. Selon Michael, ces mouvements quotidiens sur de l’herbe fraiche et jeune permet une économie le jour après le déplacement de 20% de l’alimentation consommée quotidiennement. Lorsque la pousse de l’herbe est plus importante que la vitesse de rotation des animaux, il choisit de tondre la prairie en amont pour fournir quotidiennement une herbe jeune.

Le matériel

Les pondoirs ont été auto-fabriqués. Ils sont placés sur deux remorques facilement déplaçables avec un petit tracteur.

Le sol est fait en taquet en bois et grillage à poule, il permet la chute des déjections au sol.

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L’intérieur des pondoirs

Les pondoirs sont des bacs plastiques achetés en grande surface. Il les remplit en copeaux de bois une fois par semaine. L’accès aux pondoirs pour la récolte se fait par le côté de la remorque avec une porte facilement ouvrable.

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Vue de l’extérieur des pondoirs, pendant la récolte des oeufs

L’intérieur de la remorque pondoir est très difficilement accessible pour l’agriculteur.

L’alimentation est placée dans trois mangeoires en bois auto construites. Un grillage a été rajouté par-dessus pour que les brebis ne mangent pas l’alimentation.

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Mangeoires avec grillage pour que l’alimentation ne soit pas consommée par les moutons

L’eau est fournie à un seul endroit du paddock. Il fournit un flux d’eau « fraiche » constamment.  C’est un système d’attache rapide de tuyaux avec flotteur, relié à un bac acheté en grande surface.

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Le seul abreuvoir du paddock

Le paddock est délimité par trois filets électrifiés spécial volaille de 45 m de long.

Il stocke toute son alimentation dans une remorque à côté du paddock.

Il a rajouté une remorque à plateau au centre du paddock pour pouvoir fournir un abri supplémentaire en cas d’attaque de prédateurs ou de pluie.

Il allume un spot de lumière vers 5h30 du matin pour pouvoir fournir les 15-16h de lumière nécessaire à la stimulation des poules pour une production constante.

Gestion des prédateurs

La gestion des prédateurs terrestres et aériens est très importante.

Le filet électrique type volailles est le principal outil utilisé. Cependant les filets ne peuvent pas épouser parfaitement les formes de la prairie. Il faut donc lors de la pause être rigoureux et ne pas hésiter à rajouter quelques piquets de clôture temporaires pour coller le fils du bas au sol.

Pour les prédateurs aériens, il n’a pas trouvé beaucoup de solutions. Il effraye les prédateurs lorsqu’ils sont à proximité. Il a rajouté depuis peu quelques brebis suitées pour ajouter une présence supplémentaire dans le paddock. Ceci est efficace. Il souhaite à l’avenir avoir aussi un chien de garde.

Lavage des œufs et stockage :

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La machine pour laver les oeufs

Après les deux récoltes quotidiennes il transporte les œufs dans le sous-sol de la maison de ses parents. Cette double récolte permet de limiter la casse des œufs et  de limiter leur salissement.

Les œufs peuvent être lavés 30 jours après leur récolte et peuvent être conservés 30 jours après lavage. Généralement, il vend sa production hebdomadaire dans la même semaine.

Le lavage des œufs est assuré par une machine achetée 1800 $ (=1800€). Elle permet de faire 30 œufs / minute. Ils passent généralement 30 minutes par jour au lavage et mise en paquet. Ce qui est suffisant pour passer la production quotidienne.

Le lieu de stockage et lavage est situé dans le sous-sol de la maison de ses parents, cela a été validé par les organismes de certification.

La production en quelques chiffres :

L’activité est selon Michael très intéressante économiquement, peu gourmande en temps et facilite la gestion de la trésorerie sur la ferme.

Il présente la partie économique de la ferme comme ceci pour 950 poules pondeuses :

  •  Il achète à 1 100$ (1 100€) soit 5000lbs (2.5T) de farine non-OGM pré-mixée toutes les 3 semaines (cette quantité est suffisante pour 3.5 semaines). Cela fait environ 370$ (=370€) d’aliments pour une semaine
  •  Il vend 1 200$ (=1200€) d’œufs/semaine
  • Les charges fixe : animal, terrain etc… sont de : 100$

Il travaille environ 1,5 heure/jour pour le nourrissage, lavage, changement de parcelles… Soit 10,5 heures par semaines.

Il estime donc rémunérer sa main d’œuvre à environ à 60$ (=60€)/heure.

Qui a dit qu’il était impossible de gagner sa vie en étant agriculteur ?

Quelques pistes pour plus d’efficacité :

Dans cette production Michael identifie trois points clefs de la production pour avoir une très bonne rentabilité à l’heure travaillée :

  • De bons pondoirs pour des œufs propres : il faut récolter régulièrement, pour avoir des œufs propres, donc passer moins de temps au lavage. Le système de ponte est aussi très important. Les bacs plastiques qu’il utilise actuellement ne sont pas assez efficaces. Il souhaite investir sur des systèmes de pondoirs à pente. Ce qui lui permettra de laver finalement beaucoup moins d’œufs.
  • Rotation des pâturages : Il est important de donner de l’herbe fraîche et jeune. Ceci permet  d’économiser 20-30% d’aliment  à chaque nouveau changement de paddock.
  • Efficacité au travail : l’optimisation des manipulations quotidiennes (nourrissage, déplacements…) permet d’améliorer la rentabilité de manière exponentielle.

Pour améliorer ces différents points et avoir plus de poules pondeuses sur son exploitation Michael souhaite faire quelques changements :

  • Un serre amovible avec les pondoirs, l’alimentation et l’eau accrochée. Elle sera déplacée par un tracteur, il n’aura qu’un seul module de ponte à déplacer, contrairement à deux actuellement
  • Utilisation de pondoirs à pente pour obtenir des œufs plus propres
  • Augmenter le nombre de moutons et achat d’un chien de garde pour dissuader les prédateurs terrestres et aériens

Ces investissements permettront de simplifier et d’améliorer le travail quotidien.

Pour les curieux qui souhaitent voir à peu près à quoi pourrait ressembler ses nouveaux investissements : https://hengear.com/

Conclusion :

L’activité poule pondeuse en pâturage avec vente directe des œufs est une activité très lucrative. Sa rentabilité est assurée par un équipement simple, des tâches quotidiennes limitées et une bonne valorisation du produit final. Ceci est possible grâce à un matériel adéquat et une vente du produit à son vrai coût.

Michael est très satisfait de cette activité. La très forte demande de nouveaux clients et l’expérience prise au fil des années lui conforte dans son choix pour dans le futur pour doubler le nombre de poules pondeuse présentes sur sa ferme.